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Le rendez-vous manqué d’Andrew Scheer

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Photo capture d'écran TVA Nouvelles En manquant grandement de transparence sur ses propres convictions personnelles, Andrew Scheer a commis une grave erreur.

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Dans cette campagne jusqu’ici incolore et inodore, le Face-à-Face de mercredi s’est avéré être l’équivalent d’une transfusion sanguine urgente. Enfin un peu de vie, un brin de passion et un civisme réjouissant. Exit, pour une fois, la politique spectacle. Il y avait en effet des idées étayées, des valeurs bien assumées et de la clarté. Sauf pour le chef conservateur Andrew Scheer, sans nul doute le grand perdant de la soirée.

Sans surprise, c’est sur le terrain glissant de son conservatisme social qu’un large fossé s’est confirmé entre lui et l’opinion publique québécoise. Talonné par le chef libéral Justin Trudeau et le chef néo-démocrate Jagmeet Singh sur le droit à l’avortement, le mariage gai et l’aide médicale à mourir, M. Scheer, un catholique pratiquant, s’est refusé à expliquer l’essentiel.

À savoir quelles sont ses propres convictions. Parce qu’une fois au pouvoir, les valeurs d’un chef se traduisent en politiques, son silence soulève les pires soupçons s’il devenait premier ministre.

Courage

Y a-t-il pour autant un seul gagnant dans ce Face-à-Face ? Je ne crois pas. Autant Justin Trudeau que Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet se sont démarqués par leur clarté sur les grands enjeux. Les électeurs ne pourront plus dire qu’ils n’ont pas de contenu.

Sur les changements climatiques, le chef du NPD s’est démarqué comme celui qui en comprend le mieux l’urgence. En cela, il a su profiter de l’absence d’Elizabeth May, chef du Parti vert. Malgré l’opposition connue du Canada anglais, M. Singh a aussi eu le courage de dénoncer l’« injustice » de l’exclusion du Québec de la Constitution canadienne de 1982.

Même sur la loi québécoise sur la laïcité, les trois chefs ont été d’une honnêteté désarmante. Justin Trudeau, on le sait, y est opposé. Or, il n’a pas craint non plus, par conviction personnelle, de continuer à laisser la porte ouverte à une possible intervention du fédéral devant les tribunaux.

Crédible

Yves-François Blanchet, redoutable communicateur, s’est imposé comme un chef crédible. Devenu le porte-voix du populaire gouvernement Legault en toutes choses, son relooking nationaliste du Bloc lui réussit. Se disant « souverainiste », il s’en est même vite délesté en ajoutant qu’il « va falloir qu’il se passe quelque chose à Québec avant ». Vu la faiblesse du PQ, les électeurs comprendront qu’à leur instar, le Bloc est rendu « ailleurs ».

Il reste maintenant à voir quel impact le Face-à-Face TVA aura ou non sur les intentions de vote des Québécois, dont près de la moitié, à trois semaines des élections, se disent encore indécis. Sans compter qu’il met aussi la table pour les deux prochains débats de la semaine prochaine. Le débat en anglais s’annonçant déterminant pour le vote hors Québec.

Pour Andrew Scheer, il se fait tard. Son espoir de ravir le pouvoir à Justin Trudeau est-il même encore réaliste ? Au Québec, s’il devait aussi se voir doublé par le Bloc dans l’isoloir, le pire serait alors arrivé aux troupes conservatrices.