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Andrew Scheer : l’homme d’une époque révolue

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Photo AFP

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Après s’être entêté depuis des mois – y compris au Face-Face TVA de ce mercredi soir -, le chat sort enfin officiellement du sac du chef conservateur Andrew Scheer. Le chat, c’est en fait un immense secret de Polichinelle. 

Sous pression de nombreuses critiques dénonçant avec raison son manque de transparence sur un enjeu aussi fondamental que le droit des femmes à l’avortement, il a enfin confirmé ce qui sautait déjà aux yeux. Soit que, personnellement, il y est opposé en tant que catholique pratiquant. 

«Je suis personnellement pro-vie», a-t-il reconnu au lendemain du Face-à-Face. Il a aussi répété que s’il devenait premier ministre, il ne rouvrirait pas pour autant le débat. 

Bon. De la clarté, dit-on, nait la lumière. 

En cela, la question se pose dorénavant encore plus fortement : les Canadiens et les Canadiennes veulent-ils d’un possible premier ministre opposé au droit des femmes à disposer elles-mêmes de leur corps? 

La question est cruciale pour plusieurs raisons. 

De une, on voit là un homme dont les croyances, qu’elles soient religieuses ou non n’y change rien, vont à l’encontre de l’égalité des femmes. 

De deux, rappelons que ce même droit des femmes à l’avortement est le produit de longues décennies de lutte du mouvement féministe, et d’alliés précieux comme le Dr. Henry Morgentaler. Qu’un chef qui ambitionne de gouverner un jour le Canada soit convaincu, personnellement, du contraire, est inquiétant. 

Car M. Scheer a beau dire qu’il n’ouvrirait pas le débat, sa position personnelle anti-libre choix montre un homme d’une époque que l’on croyait pourtant révolue au pays. 

Pis encore, contrairement au chef libéral Justin Trudeau, M. Scheer se refuse à imposer à son caucus une «ligne de parti» sur le sujet. Le chef conservateur laissera ainsi ses députés «libres» de présenter des projets de loi privés visant à limiter le droit des femmes à l’avortement. Nonobstant ses convictions personnelles, s’il était véritablement sincère lorsqu’il jure ne pas vouloir rouvrir ce débat, il imposerait une ligne de parti à son caucus allant précisément dans ce même sens. 

La position de M. Scheer inquiète aussi parce qu’en même temps, aux États-Unis, on assiste depuis plusieurs mois à une dangereuse montée d’une droite religieuse opposée, elle aussi, au droit des femmes à l’avortement. 

D’y ajouter un premier ministre éventuel de la même eau ne ferait que nourrir encore plus cette même montée au Canada même. 

La position personnelle anti-libre choix du chef conservateur ne va pas non plus sans rappeler la grande proximité du Parti conservateur du Canada avec des mouvements canadiens dits «pro-vie». Lesquels, dans les faits, sont anti-libre choix des femmes. La nuance n’est pas un détail. 

Déjà, qu’en soi, la vision personnelle de M. Scheer en 2019 contre la liberté reproductive des femmes est troublante. Quand on y ajoute un contexte similaire aux États-Unis, de même que des groupes américains et canadiens de la droite religieuse et anti-livre choix qui, travaillent à soutenir des candidats du Parti conservateur, l’ensemble de l’œuvre devrait inquiéter au Canada. 

Finalement, le problème ultime est celui-ci. 

Comme je l’expliquais dans ma chronique de jeudi, une fois au pouvoir, les valeurs profondes d’un chef finissent invariablement par se traduire en politiques.