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Climat: la fable des règlements et de l’exode des entreprises

Climat: la fable des règlements et de l’exode des entreprises
Photo d'archive, Karyne Boudreau

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Le chantage des puissants 

C’est toujours la même rengaine entonnée par les politiciens et le patronat. Un mélange de chantage et de grosses peurs largués afin de faire très peur au monde, et ainsi de les soumettre. Si on règlemente l’environnement et si on ne détaxe pas les riches, les compagnies et les cerveaux autoproclamés, alors ils vont tous partir, selon la légende. Et ça sera la faillite du Québec, rien de moins. Ce ne sont que des prétentions fallacieuses formulées afin de maintenir en place les vaches sacrées et les privilèges acquis des puissants et de continuer à accentuer paisiblement les odieuses inégalités économiques.   

CAQ: Pragmatique comme dans «il faut laisser faire» 

Le premier ministre l’a dit: Legault veut une CAQ “verte” mais “pragmatique”.   

Pragmatique dans le sens énoncé par lui-même: «Je suis quelqu’un de pragmatique. Je ne suis pas un pelleteux de nuages.» Alors ceux qui s’opposent au troisième lien à Québec, à l’usine de gaz liquéfié (GNL) à Saguenay, à l’agrandissement du port de Québec, au passe-droit accordé aux pesticides «tueurs d’abeilles» et à la protection des milieux humides ne sont pas des gens pragmatiques et réalistes aux yeux de François Legault et de son ministre de l’Environnement, Benoît Charrette. Ce sont des pelleteux de nuages, voilà! Legault veut un Québec plus riche dans le sens de rendre certains encore plus riches... 

Il faudrait dire aux bonzes de la CAQ que le Québec est aussi riche qu’ailleurs si on utilise comme base de calculs autre chose que les chiffres trompeurs du produit intérieur brut (PIB), des revenus «brut» en lieu et place du revenu net disponible qui tient compte du coût des services publics souvent privatisés ailleurs, comme la santé, l’éducation, l’internet, le logement et les garderies et du coût de la vie en général. 

À qui les surplus? 

Le premier ministre a aussi dit, entre autres, ces belles paroles pleines de pragmatisme: Les surplus ne sont pas pour les syndicats, prévient Legault

Même si au cours des années passées les commis d’État, surtout sous le règne de l’austérité libérale, n’ont eu droit qu’à de minimes augmentations de salaire et que pour des emplois comparables, ils sont moins bien payés, incluant tous les avantages sociaux, que dans le privé, la CAQ veut réserver les surplus à d’autres comme celui de subventionner davantage les transnationales comme les GAFA, les jeux vidéos, les mines, les pharmaceutiques, etc. Et il faut aussi en laisser aux médecins, sinon ils vont déménager ailleurs leurs pénates. 

Le pragmatisme de la CAQ... va aider les gros pollueurs 

Preuve indubitable que les surplus n’iront pas aux commis d’État ordinaires et que le gouvernement est foncièrement pragmatique: la CAQ va aider les grands pollueurs du Québec à polluer davantage. C’est une obligation, sinon ils vont partir que les élus caquistes nous ont dit le plus sérieusement du monde. Tous les moyens sont bons pour rire un bon coup et ne point irriter nos supposés créateurs de richesse avec des peccadilles comme la protection de l’environnement: Québec. L’aide de l’État aux grands pollueurs dénoncée.  

Qui peut bien dénoncer l’aide à polluer? Des pelleteux de nuage, voyons donc.  

La cimenterie McInnis en Gaspésie 

Le ministre des Finances, l’ex-banquier et ex-candidat conservateur, Éric Girard, et monsieur le ministre de l’Environnement, le sauveur Benoît Charrette, disent n’importe quoi et ils nous prennent pour des pieds de céleri. Voyons donc, l’usine la plus polluante au Québec, la cimenterie McInnis à Port-Daniel en Gaspésie, dont la majorité de la production est exportée aux États-Unis et ailleurs, va déménager où? Dites-le-moi. Je suppose que des États américains comme le Maine, le New Hampshire, le Massachusetts, le Vermont et New York vont se battre pour accueillir à bras ouverts ce pollueur notoire, en plus de le graisser d’aide gouvernementale? 

Si beaucoup de ciment est exporté dans le nord-est des States, pourquoi les Américains n’ont-ils pas installé cette usine, qui crée peu d’emplois (même pas 200) mais qui pollue beaucoup, chez eux afin d’épargner des millions de dollars en frais de transport? 

Généralement, les riches pays occidentaux vont exporter leurs usines très polluantes qui créent peu de jobs et de richesse dans les pays en voie de développement. Voilà pourquoi la cimenterie est située au Québec et nos politiciens colonisés l’ont en plus subventionné grassement avec nos fonds publics. Les Américains sont morts de rire de les voir aller et de les entendre dire aux Québécois naïfs que si on empêche la cimenterie McInnis de beaucoup polluer, elle va déménager. Partir où?  

Les alumineries vont aussi partir 

Les alumineries, très énormément subventionnées (entre autres par des tarifs d’électricité ridiculement bas), et la cimenterie McInnis sont les deux principaux pollueurs industriels au Québec. Des alumineries qui, malgré l’aide gouvernementale reçue, ne transforment rien au Québec comme elles le font dans les pays sous-développés. Qu’à cela ne tienne, la CAQ veut les aider encore plus, avec notre argent, à contaminer davantage notre environnement. Je suppose que les alumineries vont également sacrer leur camp si on resserre un tant soit peu notre réglementation environnementale?  

C’est davantage par idéologie et par intérêt politique que la CAQ et ses ministres vont accorder d’autres passe-droits à nos grands pollueurs.    

Les faits versus les prétentions caquistes 

Que vois-je comme titre d’article du Journal de Montréal: Gaz à effet de serre. Québec (CAQ) pourrait abaisser ses cibles pour 2020

Et afin de ne pas déplaire aux pollueurs, le pragmatisme inné chez la CAQ fait qu’elle change d’idée: Environnement. Réduction des GES: l’atteinte des cibles reportée à 2030

Et s’il y en a qui pensent qu’en 2030 on ne reportera pas une fois de plus les objectifs de réduction des gaz à effet de serre sont politiquement intoxiqués.  

Chimères et mythes entourant les exodes 

Je m’adresse ici plus particulièrement à François Legault, qui est comptable agréé et qui a été copropriétaire et gestionnaire d’Air Transat, et au ministre caquiste des Finances, qui est économiste et qui a été vice-président finances à la Banque Nationale. L’impôt sur le revenu et les paradis fiscaux, ils connaissent? À cet effet, je ne mets aucunement en doute leurs connaissances pratiques.  

En 2012, en France, le gouvernement socialiste de François Hollande a augmenté significativement l’impôt sur le revenu et l’impôt sur la richesse des plus nantis. C’est alors, comme c’est à leur habitude, que des politiciens, comme on en a ici, le patronat, les économistes universitaires de service et les médias asservis ont crié au loup: les riches vont quitter la France en masse. Il se trouve qu’à part le comédien Gérard Depardieu, qui est parti (sans vraiment partir) s’établir en Russie, il n’y a pas eu d’exode des cerveaux, des riches et des entreprises: «Pas de signe évident d’exode fiscal. La fuite annoncée après l’annonce d’une taxe de 75% sur les revenus au-delà d’un million d’euros ne semble pas s’être produite» (Le Devoir, 28 juillet 2012).  

Alors, par respect pour la population, qu’ils fassent donc preuve de retenue. Afin de rendre le Québec plus riche et de mettre plus d’argent dans les poches des Québécois, qu’ils s’attaquent donc à un sujet qu’ils connaissent très bien à titre d’ex-banquier et d’ex-gestionnaire: l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux.