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Tomber malade le dimanche ? Au secours !

Tomber malade le dimanche ? Au secours !
Photo d'archives, Chantal Poirier

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Parlons santé. Parlons crûment du cauchemar dans lequel on bascule lorsqu’on a le malheur de tomber malade le dimanche. Si je le fais, c’est pour illustrer le dysfonctionnement choquant des soins de « première ligne » que subissent de nombreux Québécois. Il faut que ça cesse.

Dans la nuit du 21 au 22 septembre, je me réveille soudainement. Incapable d’avaler. Mal de tête. Sueurs abondantes. Frissons. Difficulté à respirer. Toux d’outre-tombe et 101,7 de fièvre. Un train venait de me passer sur le corps, mais le 22 était un dimanche. Oh shit !

Que faire pour voir un médecin, question d’enclencher vite un traitement contre l’infection respiratoire qui m’envahissait ? J’ai cherché sur le web. Les « super-cliniques » tant vantées par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, dont le rôle devait être d’aider à désengorger les urgences, elles étaient où ?

Je découvre que les super-cliniques sont en fait des groupes de médecine familiale (GMF) financés spécialement par l’État pour assurer leur ouverture 7 jours/7, 12 heures/jour. Sur le site du gouvernement, on nous dit qu’elles offrent un « service de première ligne accru pour les besoins semi-urgents et urgents simples », pour éviter aux patients « de se présenter à l’urgence [...] et d’y subir une attente prolongée ».

Un méchant hic

Eurêka ! C’était mon cas. Le hic ? Impossible d’avoir un rendez-vous à leur « sans rendez-vous » le jour même où l’on tombe malade. Désespérée, j’ai pris un abonnement payant à Bonjour Santé. J’ai envoyé des courriels auxdites cliniques. Rien à faire. Zéro rendez-vous. Je ne vis pourtant pas dans la brousse, mais dans un quartier central de Montréal.

Au moment même où je commençais ma longue attente à l’urgence de l’hôpital Notre-Dame, l’appel providentiel d’un ami médecin m’a sauvée. Sans la prescription qu’il m’a faite contre l’infection qui m’envahissait, j’y aurais sûrement dépéri pendant des heures.

J’appelle alors un pharmacien. Sans prescription d’un médecin, il ne peut rien faire ! Même pas pour 24 heures, le temps de trouver un médecin. Et l’urgence ? Très affaiblie, mais ne saignant pas de tous mes pores, je savais que j’y poiroterais beaucoup trop longtemps.

Puis, j’ai compris. Tomber malade le dimanche n’est pas le vrai problème. Le vrai problème est bien pire encore. Quand on est sans médecin de famille et qu’on a vraiment besoin de voir un médecin le JOUR MÊME où l’on tombe malade, à moins d’un miracle du frère André, on est fait à l’os. Et ce, quel que soit le jour de la semaine.

Les « super-cliniques », voyez-vous, ne sont pas accessibles à leur « sans rendez-vous » avant le lendemain. Et encore, faut-il avoir la chance d’obtenir un rendez-vous en ligne pour le lendemain en passant par Bonjour Santé après 20 h. Comme panacée, on repassera. C’est la maison qui rend fou et malade.

Que faire ?

Ne me restait plus que l’urgence de l’hôpital Notre-Dame. Je m’y suis donc rendue, faible comme un petit poulet. In extremis, j’avais laissé un message à un ami médecin. Comme j’arrivais à l’urgence, mon téléphone sonne. C’était lui ! Il m’a sauvée en me prescrivant le début d’un traitement, en attendant que je puisse peut-être voir un médecin le lendemain. Sans lui, j’aurais dépéri à l’urgence jusqu’à ce que j’en perde connaissance.

Rien de cela n’est normal. Il n’est pas normal que, sans médecin de famille, on ne puisse pas voir un docteur lorsque nécessaire, le jour même, dans une clinique sans rendez-vous ouverte 7 jours/7. Avec tous les milliards lancés aux médecins – qu’on aime néanmoins beaucoup –, par le gouvernement précédent, c’est inacceptable.

Mon humble suggestion à la ministre de la Santé. Que les super-cliniques soient accessibles par téléphone pendant leurs heures d’ouverture 7 jours/7. Pour les patients sans médecin de famille, qu’elles aient obligatoirement des plages libérées à leur « sans rendez-vous », le jour même, pour des cas qui, à l’urgence, y croupiraient dangereusement pendant de longues heures.