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15 ans de grenailles

La cour de l’école primaire de la Myriade, à Québec, n’a pas grand chose d’attrayant à offrir.
Photo Jean-François Desgagnés La cour de l’école primaire de la Myriade, à Québec, n’a pas grand chose d’attrayant à offrir.

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En prenant connaissance du dossier du Journal sur les cours d’école, ça m’a fait drôle.

Quand je rédigeais les discours de la première ministre du Québec, j’avais repassé pourtant sur un texte ou deux où on annonçait un investissement pour remettre tout ça à jour. Comment se fait-il alors que l’état de nos cours d’école ait si peu progressé depuis que Le Journal a fait l’exercice, en 2006 ?

J’ai donc consulté mes archives. Ça m’a permis de constater qu’en 2013, une somme d’un peu moins de 3 millions $ avait été annoncée pour contribuer au financement d’environ 140 projets d’amélioration de cours d’école dans une quarantaine de commissions scolaires.

Ce sont des pinottes. Ça ne fait que quelques dizaines de milliers de dollars par école. Il en coûte autour de 100 000 $ rien que pour retirer le vieil asphalte d’une cour d’école et pour planter quelques arbres.

Le même communiqué

J’ai quand même poursuivi mes recherches en me demandant si d’autres investissements avaient eu lieu depuis. Ce que j’ai découvert est plutôt déprimant.

C’est en 2005 que le gouvernement libéral s’est mis à réinvestir un peu dans les cours d’école. Chaque printemps, depuis lors, rebelote. En 2018, Sébastien Proulx annonçait 3 millions $ d’investissement pour soutenir 148 projets dans 54 commissions scolaires.

En 2019, c’était au tour de Jean-François Roberge de s’engager à verser 3 millions $ pour 140 projets dans 49 commissions scolaires.

On me dirait que c’est le même fonctionnaire qui reprend le même communiqué de presse chaque année en changeant juste le nom du ministre, je ne serais même pas surpris.

Bref, en 2006, plus de la moitié des cours d’école faisaient plus que dur. Maintenant, c’est plus que le tiers. Ça ne bouge pas vite.

Nos enfants méritent mieux

Un ancien ministre libéral de l’Éducation a déjà dit que des bibliothèques scolaires aux rayons dégarnis, « il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça ». On dirait bien que le même raisonnement a prévalu pour les cours d’école.

Ce n’est pas un espace marginal dans la vocation d’un établissement d’enseignement. C’est souvent le lieu préféré des écoliers, d’abord, un ancrage fondamental pour développer leur attachement à la vie scolaire.

C’est aussi un endroit pour dépenser son énergie. N’importe quel enseignant vous dira que c’est plus facile d’enseigner à des enfants qui reviennent de dehors.

Sauf que ça ne passe jamais en priorité quand vient le temps d’investir pour retaper une école. On peut comprendre les personnes qui gèrent les immobilisations dans les commissions scolaires.

Les plafonds et les fenêtres coulent, il y a de la moisissure dans les murs et les installations sanitaires ont parfois l’air d’avoir été jadis utilisées par des gens qui devaient relever une soutane pour ce faire.

C’est clair que le nouveau module de jeu va toujours passer en dernier.

Il faut donc de l’argent dans des enveloppes dédiées, et ça va prendre beaucoup plus que les grenailles que les libéraux se sont mis à donner il y a 15 ans, imités ensuite par les gouvernements du PQ et de la CAQ.

On a trop dépensé en infrastructures routières, trop chères payées pour que les entrepreneurs puissent prendre leur cote, et on a trop sacrifié à l’austérité pour penser que nos enfants ne méritent pas mieux.

 

Les drôles de priorités de la CAQ

En annonçant de petites sommes pour les cours d’école en mai dernier, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a rappelé que les écoliers devraient désormais avoir droit à au moins deux récréations de 20 minutes par jour.

C’est très bien et c’est une décision du ministre que tout le monde a bien reçue, à part les établissements qui ont eu peu de temps pour s’ajuster.

Sauf que, comme ça arrive souvent avec la CAQ, l’annonce et sa recherche de bénéfices politiques attendus précèdent souvent la réflexion sur sa faisabilité, et même sur son bien-fondé.

Gestion de base

Ainsi, exiger que les élèves puissent sortir deux fois par jour, est-ce que ça a vraiment du sens s’ils doivent le faire dans des installations qui ne conviennent pas à leurs besoins ?

N’aurait-on pas pu intervenir sur les deux aspects en même temps ? En faisant davantage que recycler l’annonce de l’année d’avant, je veux dire.

Ainsi en va-t-il des maternelles 4 ans. Les écoles débordent déjà et, à plusieurs endroits, l’espace de la cour d’école est grevé par la présence de roulottes modulaires qui tiennent lieu de classes temporaires.

Si on a des millions à consacrer au bien-être et à la réussite de nos élèves, construire de nouvelles classes pour sortir les enfants des CPE et les rentrer plus tôt à l’école est-il vraiment une priorité ? Et si on investissait d’abord là où tous les écoliers en bénéficieront ?

Ce n’est pas un faux dilemme, mais un principe de gestion de base. Quand on consacre des ressources à quelque chose, c’est nécessairement qu’on ne les investira pas ailleurs.

De 153 millions $ en campagne électorale, le coût anticipé pour la construction des maternelles 4 ans est passé à 1,04 milliard. Leur coût d’exploitation est passé, lui, de 249 à 436 millions $.

Des questionnements

Personne ne doute que plus de services éducatifs à la petite enfance dès quatre ans, ce serait une bonne chose.

Sauf qu’alors que l’on constate que les écoles manquent déjà d’orthopédagogues, ont déjà des toits qui coulent et des cours envahies par les mauvaises herbes, il y a lieu de se demander si la CAQ a les bonnes priorités.