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Des enquêtes nécessaires sur la lucrative industrie pharmaceutique

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Le travail de notre Bureau d’enquête a mis les projecteurs sur une industrie qui préférerait sans doute rester à l’ombre des regards : la lucrative industrie pharmaceutique.

Encore cette semaine, nous avons révélé que 200 pharmaciens étaient l’objet d’une enquête de leur ordre professionnel pour avoir échangé des informations confidentielles de leurs clients contre de généreuses ristournes financières sur le prix de médicaments.

Non seulement les Québécois dépensent plus de six milliards par année en médicaments de toutes sortes, via le régime public ou leurs assurances privées, mais ils en consomment plus qu’ailleurs au pays.

Bref, c’est une grosse industrie... qui n’est pas transparente. Plusieurs gros joueurs refusent de répondre à nos questions, incluant parfois même la Régie de l’assurance maladie du Québec. De plus, cette industrie est complexe et difficile à vulgariser pour le grand public, ce qui explique sans doute pourquoi si peu de journalistes s’y sont vraiment attardés.

Notre spécialiste en santé, Éric-Yvan Lemay, lui, a fait plus que sa part depuis sept ans. En voici quelques exemples :

MAI 2014

Nous exposions déjà des stratagèmes utilisés par les compagnies pharmaceutiques pour obtenir les informations contenues dans vos prescriptions. Les pharmaceutiques et leurs intermédiaires utilisaient notamment des programmes de suivi ou d’accompagnement des patients pour collecter des données, comme les médicaments, leur durée, mais aussi leur numéro de téléphone, leurs courriels ou leur adresse personnelle.

FÉVRIER 2015

Chaque pilule consommée au Québec coûte dix sous de plus qu’en Ontario, révèle une enquête du Journal. L’un des problèmes réside dans le fait qu’il faut renouveler nos médicaments au mois, alors que plusieurs Ontariens ne le font que tous les trois mois, évitant ainsi de payer des honoraires mensuellement.

AVRIL 2015

Les fabricants de médicaments génériques ont versé plus d’un milliard $ en ristournes aux pharmaciens entre 2008 et 2013, alors que ces mêmes ristournes ont été abolies en Ontario. Cela représente près de 80 000 $ par année par pharmacie. L’argent doit servir à des fins spécifiques, comme payer du personnel ou l’acquisition d’équipements.

SEPTEMBRE 2015

Plus de 300 pharmaciens sont mis à l’amende par leur ordre professionnel, pour un total de 1,4 million $. On leur reproche d’avoir adhéré à un programme de conformité mis en place par la multinationale McKesson dans les pharmacies Proxim. En échange de chèques et d’autres avantages, ils favorisaient les médicaments fournis par la multinationale. La RAMQ avait aussi obtenu le versement de 40 M$ de McKesson dans le même dossier, en 2013.

OCTOBRE 2016

Une poignée de pharmaciens s’arrachent le marché des résidences pour aînés avec toutes sortes de tactiques. Embauche de médecins ou d’infirmières, versement en argent comptant ou encore exploitation à perte de dépanneurs, tous les moyens sont bons pour devenir le fournisseur prioritaire d’une résidence. Certains des pharmaciens visés par notre enquête ont également fait l’objet d’enquêtes de l’Ordre des pharmaciens.

NOVEMBRE 2016

Les piluliers hors de contrôle. Les coûts ont explosé pour le régime public en dix ans, pour atteindre 495 millions $. Les piluliers représentent 35 % de toutes les dépenses en médicaments de l’État, alors qu’ils devaient se limiter à 25 % selon une entente entre le ministère de la Santé et l’Association des pharmaciens propriétaires.

JANVIER 2017

Des propriétaires de résidences pour aînés de la Beauce facturent des frais de 50 $ par mois aux résidents qui ne veulent pas faire affaire avec les pharmaciens qui leur sont imposés.

FÉVRIER 2017

Une lettre obtenue par notre Bureau d’enquête force Québec à ouvrir une enquête sur la chaîne Brunet. La lettre du patron de Brunet nomme cinq compagnies pharmaceutiques « partenaires » pour favoriser l’efficacité de l’approvisionnement. Selon nos informations, en plus de la ristourne aux pharmaciens, les fabricants choisis par Brunet versent aussi directement à la bannière pour assurer leur place parmi les « partenaires ».

JUILLET 2017

Celui qu’on surnomme le Roi de la pharmacie, Jonathan-Yan Perreault, est condamné à 32 ans de radiation. C’est notre Bureau d’enquête qui avait révélé un an plus tôt que ce dernier avait monté un petit empire en utilisant notamment des prête-noms pour acquérir des pharmacies. Il a été reconnu coupable d’avoir vendu des médicaments périmés, avoir fait de fausses ordonnances ou obtenu des ristournes illégales. Il a pu compter sur l’aide financière du distributeur de médicaments McKesson et de l’appui de la direction d’Uniprix pour acquérir une quarantaine de pharmacies en seulement six ans.

OCTOBRE 2017

Les compagnies de médicaments génériques renoncent à financer des congrès de pharmaciens qui ont eu lieu au Club Med de Nice, en France, et Niagara Falls. Depuis des années, elles versaient des dizaines de milliers de dollars pour ces congrès. L’adoption du projet de loi 92 encadrant les pratiques commerciales sur les médicaments les a convaincues de cesser ce genre de financement.

JANVIER 2019

La RAMQ réclame 2,7 millions $ à des pharmaciens qui ont facturé en trop. Six d’entre eux se sont fait réclamer jusqu’à 650 000 $ par Québec après avoir notamment facturé des services qu’ils disaient avoir rendus à des patients... pourtant décédés.

JANVIER 2019

Notre Bureau d’enquête écrit que la Régie de l’assurance maladie a de nouveau le distributeur de médicaments McKesson dans le viseur. Cette fois, elle soupçonne l’entreprise d’avoir versé des ristournes illégales à des centaines de pharmaciens affiliés à la bannière Uniprix. Elle s’intéresse notamment à un programme de fidélité appelé FIT. Les pharmaciens qui y adhèrent ont certains avantages, comme la collecte des ristournes. Officiellement, les pharmaciens ont la liberté d’y adhérer, mais des pressions auraient été faites sur certains qui ne voulaient pas y participer.

MAI 2019

Notre Bureau d’enquête révèle que l’Ordre des pharmaciens a aussi ouvert une enquête sur plusieurs pharmaciens liés à Uniprix. Selon différentes sources, les pharmaciens avaient droit à plusieurs avantages en adhérant au programme FIT. Selon le syndic de l’Ordre, parmi les avantages fournis aux pharmaciens on retrouvait des fioles, du matériel promotionnel, des ristournes plus élevées que celles permises par la loi, et une réduction des frais d’affiliation et de publicité.

-Dany Doucet, Rédacteur en chef