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Devenir mère... à l’adolescence

L' Heure bleue
Photo courtoisie, Éric Myre

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Clara, Rosalie, Anaïs, Edwidge. Quatre adolescentes aux parcours et aux tempéraments différents. Quatre jeunes femmes qui ne bénéficient pas du même soutien, mais qui vivent une préoccupation commune : elles attendent toutes un enfant. En l’espace d’une année, le thème de la grossesse à l’adolescence a intéressé plusieurs auteurs de séries qui ont donné naissance à des personnages­­­ affrontant de difficiles décisions­­­ en bas âge.

Il semblerait que des adolescentes de 15 à 19 ans accouchent de 11 % des bébés dans le monde. « On dit toujours que les auteurs ont des antennes, observe l’auteur de L’Heure bleue Michel D’Astous. » La saison dernière, la grossesse de la jeune Clara était une des intrigues principales de la populaire série. En parallèle, l’autrice Danielle Trottier disait au revoir à ses détenues et planchait sur le quotidien de filles enceintes dans une école spécialisée. La semaine dernière, Rosalie, pensionnaire de L’Échappée, apprenait sa grossesse.

« Ce qui est intéressant, c’est que chacun de nous a une façon différente d’aborder la question. Michelle Allen, avec les enjeux du centre jeunesse [dans L’Échappée], joue avec la notion de suspense. Anne [Boyer] et moi n’avons pas misé sur une situation de détresse. On n’est pas dans la catastrophe parce que le tissu social dans lequel se trouve Clara a accepté la grossesse. La famille s’est solidarisée. On n’est pas dans des problèmes d’abandon, de consommation, d’isolement. C’est plus ce que l’on retrouve avec les jeunes filles dans la série de Danielle, Toute la vie. »

Clara, de fille rebelle à mère responsable

L' Heure bleue
Photo courtoisie, Yan Turcotte

Clara (Alice Morel-Michaud) n’a pas été ménagée depuis le début de la série. Elle a perdu son frère. Ce deuil a entraîné la fuite de sa mère, la séparation de ses parents. Parallèlement, son père a eu d’autres chats à fouetter. La jeune fille a donc perdu tous ses repères. C’est là que Thomas est venu combler ce vide et profiter de sa vulnérabilité. « Clara est en fait une petite bourgeoise sous l’emprise d’un chum qui la manipule. Elle est passée de la petite fille rebelle et inconsciente à être une mère capable d’être responsable », explique Michel D’Astous. 

La saison dernière n’a pas été de tout repos pour la jeune fille. « Thomas a refusé sa paternité. Son père a été très hostile envers Clara, proférant des menaces si elle n’avortait pas, poursuit l’auteur. Mais pour elle, ça s’inscrivait dans une volonté de s’affirmer, de dire qu’elle existe et peut-être même de réparer la mort de son frère. » Si Bernard, son père, ne s’est pas montré contre cette grossesse, sa mère, Anne-Sophie, a dû apprivoiser l’idée. 

Si Clara a pensé à l’adoption, elle a finalement choisi de garder son petit Charlot. La maternité a ressoudé sa relation avec sa mère. Son soutien lui a permis de retourner aux études. Thomas l’a d’ailleurs rejoint au Cégep. Il réclame même sa paternité. « Cette saison, le défi pour Clara sera de maintenir sa ligne. Elle accepte que Thomas entre dans la vie de Charles, mais elle s’ouvre aussi à une nouvelle relation avec un jeune père rencontré à la garderie. Et c’est drôle de lire les commentaires sur Facebook, car 50 % des téléspectateurs pensent que Clara devrait se méfier de Thomas, que ses intentions ne sont pas bonnes, alors que l’autre 50 % dit qu’il a des droits et qu’il peut avoir changé. C’est un sujet qui polarise beaucoup », observe Michel D’Astous.

Anaïs, prendre le contrôle de sa vie

L' Heure bleue
Photo courtoisie, Véro Boncompagni

La nouvelle série de Danielle Trottier, Toute la vie, suit le quotidien de jeunes filles enceintes qui vivent et étudient à l’école Marie-Labrecque, un institut qui pourrait être inspiré de l’école Rosalie-Jetté­­­ à Montréal. C’est là que cohabitent Den, Flora, Jolène, Camille. C’est aussi là qu’Anaïs (Cassandra Latreille) aimerait aller. Elle n’a que 13 ans quand on lui annonce qu’elle est enceinte. Son compagnon, un garçon de 16 ans rencontré dans une fête, ne cherche pas à fuir, mais est influencé par un père autoritaire qui ne veut rien savoir de cette grossesse. Pour le jeune homme, ça nécessite réflexion, pour Anaïs, il n’y a aucun doute. « Anaïs a des désirs et personne ne peut se mettre au travers de son chemin, confirme Cassandra Latreille, qui l’interprète. Elle ne veut pas entendre parler des conséquences. » 

Anaïs aurait pu être mal dans sa peau. Son noyau familial est bancal. Sa mère, tombée enceinte trop jeune, veut un meilleur avenir pour ses filles. Son père travaille dur pour joindre les deux bouts. Il est intransigeant. Sa phobie : être la risée du village. Mais Anaïs s’affirme. Un rôle souvent dans la confrontation. « À l’audition, je n’avais pas pris conscience de toute la portée d’Anaïs, explique­­­ la jeune actrice. Pour son caractère, j’y suis allée au feeling. On a aussi la chance de répéter avec Mélanie Pilon (comédienne et coach) qui nous aide à travailler le texte et les sentiments. Des fois, quand les émotions sont plus difficiles à jouer, on tourne la scène une première fois, puis l’émotion monte et on la reprend tout de suite une seconde fois, alors qu’elle est encore vive. » 

Camille, Flora, Jolene et 
Den dans Toute la vie.
Photo courtoisie, Véro Boncompagni
Camille, Flora, Jolene et Den dans Toute la vie.

 

Edwidge, solitude et deuil supplémentaire

L' Heure bleue
Photo courtoisie, Véro Boncompagni

Edwidge (Naïla Victoria Louidort-Biassou) est la nouvelle pensionnaire de Marie-Labrecque. Endeuillée par la mort de ses parents, elle a été mise à la porte de chez sa tante quand elle a su qu’elle était enceinte. Edwidge vit une révolte intérieure. À première vue, cet enfant, elle n’en veut pas. Elle s’automutile et entre difficilement en contact avec les autres. Un personnage qui a de lourdes émotions à porter pour une actrice qui en est à sa première expérience professionnelle. « Je me suis présentée à l’audition sans juger Edwidge. J’ai cherché à me connecter à elle, à la comprendre, affirme Naïla. La première semaine de tournage, il m’arrivait de pleurer. Bien que ce soit un personnage, j’avais envie de lui porter secours. 

 
« Cet enfant-là aurait pu lui apporter une dose d’amour devant tous ces rejets et deuils. Sa vie est une montagne russe. Edwidge est blessée, mais très sensible. » Pour l’incarner, l’actrice a fait des recherches sur la grossesse, le deuil, la mutilation. Elle aussi travaillé sur sa démarche, sa posture. « Elle est avancée dans sa grossesse et elle est frustrée dans son corps. J’ai travaillé la démarche en pingouin, la façon de me lever ou de m’asseoir d’une chaise. Et contrairement aux autres filles, je ne touche jamais mon ventre parce que ce serait un geste trop fort. »

Rosalie, tiraillée par les valeurs familiales

L' Heure bleue
Photo courtoisie, Éric Myre

Rosalie (Mylia Corbeil-Gauvreau) s’est retrouvée à L’Échappée parce que sa situation familiale était déséquilibrée. Son père mène les siens comme une secte. La jeune fille a même été forcée de se marier avec un homme plus vieux. À L’Échappée, elle a dû se reconstruire, s’affirmer, devenir autonome. Sa grossesse aura donc une importance significative tout au long de la saison. 

Et ce sera un choc pour ses parents ultra conservateurs qui voudront taire la situation. « Elle ne doit pas en parler sinon on pourrait lui enlever son bébé, mentionne d’ailleurs Michelle Allen. Ils vont tout prendre en charge, accouchement inclus, mais les choses ne se dérouleront pas tout à fait comme ils avaient prévu. Elles vont se dérouler plutôt mal en réalité. » L’attachement de Rosalie à son bébé sera fortement ébranlé à cause des pressions que lui feront subir ses parents. « Même si naturellement, elle s’attacherait à son enfant, elle va avoir mille obstacles à surmonter pour y arriver. Les éducateurs vont travailler fort sur la création de ce lien. »