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Enquête demandée sur Saint-Lambert

Le maire avait lancé une chasse aux fuites médiatiques

Pierre Brodeur
Photo d'archives Le maire de Saint-Lambert, Pierre Brodeur, a fait fouiller des courriels.

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Québec demande une enquête sur les agissements du maire de Saint-Lambert, qui a fait fouiller les courriels de conseillers municipaux.

C’est la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, qui en a fait la demande hier, à la suite d’un reportage de notre Bureau d’enquête sur une chasse aux sources journalistiques en cours à la Ville de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud.

Le maire Pierre Brodeur a embauché en juillet une firme externe pour interroger des élus après la fuite d’informations dans un journal local.

Lors d’une réunion lundi, les élus ont appris que leurs courriels avaient aussi été espionnés dans le cadre de cette enquête.

Inquiétant

« Les faits relatés sont inquiétants s’ils sont avérés. Dans ces circonstances, afin de faire la lumière dans ce dossier, j’ai demandé au Commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes de se pencher dès maintenant sur la situation à Saint-Lambert. Les élus municipaux se doivent d’avoir une conduite irréprochable », a commenté hier la ministre Laforest.

Plus tôt cette semaine, le maire Brodeur avait refusé à plusieurs reprises de nous accorder une entrevue ou de nous dévoiler l’identité de la firme embauchée, la nature exacte de son mandat ou encore les coûts reliés à cette enquête.

Il avait simplement indiqué par voie de communiqué que l’enquête avait été entreprise conformément à l’article 52 de la Loi sur les cités et villes qui accorde au maire un pouvoir de surveillance, d’investigation et de contrôle.

Or, selon le ministère des Affaires municipales, ce pouvoir d’investigation ne « confère pas le droit d’intervenir dans le travail des conseillers, ceux-ci n’étant pas des fonctionnaires, ni d’obtenir leurs courriels à leur insu ».

Le maire pourrait-il donc avoir enfreint la loi ? C’est l’une des questions qui seront analysées par le Commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes.

Scandalisé

Notre Bureau d’enquête a joint plusieurs conseillers municipaux de Saint-Lambert hier. Certains, sous le choc, ont préféré s’abstenir de tout commentaire. D’autres se sont dits furieux.

« Je suis scandalisé par le fait que le maire a outrepassé la loi. On peut se questionner sur la légalité et la légitimité de ses actions. Ça a dépassé les limites de l’acceptable. Il a utilisé de l’argent public pour une vendetta partisane », a déploré le conseiller Loïc Blancquaert.

« C’est dérangeant [...] qu’on n’ait pas le cadre législatif pour faire une enquête et qu’on fasse une enquête sur des élus. Je trouve ça complètement inapproprié. Je suis un peu abasourdi. Tu t’attends à ce que des gens ne travaillent pas bien, mais pas à ce point-là, c’est incroyable », a aussi commenté le conseiller Bernard Rodrigue.

Joint au téléphone hier, le maire Brodeur n’a pas voulu répondre à nos questions, disant vivre actuellement un deuil.

Cette semaine, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a blâmé le maire dans ce dossier, l’accusant de « réduire ses conseillers au silence plutôt que de promouvoir la transparence ».