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Inoubliables: Christine Chartrand

Chaque semaine, Le Journal retrouve des artistes qui ont connu la gloire, mais qu’on voit moins depuis quelques années. On ne les a pas oubliés pour autant...

Christine Chartrand, il y a quelques jours au Casino de Montréal, où elle chante dans la production Sinatra Streisand. Elle célébrait ce jour-là ses 53 ans de carrière.
Photo Chantal Poirier Christine Chartrand, il y a quelques jours au Casino de Montréal, où elle chante dans la production Sinatra Streisand. Elle célébrait ce jour-là ses 53 ans de carrière.

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Avec ses bonnes manières, son immuable sourire et sa jolie voix, elle pouvait émouvoir le public québécois en interprétant l’histoire d’une petite fille et... d’un arbre. Elle avait si bien adapté la chanson Mon arbre de Gilbert Bécaud que le public a longtemps cru qu’elle l’avait elle-même composée. Encouragée par son père amateur de belles mélodies, elle a participé aux plus prestigieux concours de chant, par curiosité, avant d’aller de surprise en surprise, alors qu’elle remportait tous les honneurs. Et, malgré son jeune âge, son poids plume et sa fragilité, Christine Chartrand a su relever le défi.

Après avoir remporté le concours de l’émission Découvertes de Yoland Guérard à Télé-Métropole (TVA) à 18 ans­­­, votre carrière a tout de suite démarré. Comment avez-vous vécu cette période ?

Ç’a été un énorme tourbillon. C’était la première fois de ma vie que je tentais ma chance à un concours. J’aimais bien chanter, mais je participais à l’émission pour faire plaisir à mon père et voir s’il y avait des possibilités. Pour lui, j’avais aussi suivi des cours de chant et de diction. Et, à ma grande surprise, j’ai gagné ! Le prix Découvertes était de 13 participations à des émissions de TM (TVA). Alors, tout s’est passé très rapidement. Dès le lendemain, les gens me reconnaissaient dans la rue. À l’époque, il n’y avait que deux réseaux de télé francophones qui captivaient toute la population. Ça permettait vraiment à des jeunes de se faire connaître. La journée même de l’émission finale, trois compagnies de disques m’avaient déjà contactée ! Je n’avais que 18 ans. J’avais zéro expérience. Je n’avais jamais fait d’auditions, pas de spectacle, pas de cabaret. Papa était très content ! (rires)

En 1967, l’année de l’Expo à Montréal, qui attira plus de 50 millions de visiteurs en six mois. Avec « zéro expérience », Christine Chartrand, 19 ans, lançait son premier album en carrière, intitulé <i>Mon arbre</i>.
Photo d'archives
En 1967, l’année de l’Expo à Montréal, qui attira plus de 50 millions de visiteurs en six mois. Avec « zéro expérience », Christine Chartrand, 19 ans, lançait son premier album en carrière, intitulé Mon arbre.

D’où vous était venue l’idée d’interpréter cette chanson spéciale de Gilbert Bécaud, Mon arbre, avec laquelle vous avez remporté ce premier prix ?

J’avais vu Gilbert Bécaud en spectacle. Il était l’une de mes idoles. Il était très exubérant. Il m’avait beaucoup impressionnée. Mais j’avais 18 ans et je n’avais pas la prétention d’interpréter des chansons d’amour. Chanter l’histoire d’un arbre me convenait parfaitement.

Cet arbre vénérable a-t-il existé ?

Il y a eu quelques arbres dans ma vie ! (rires) Le premier alors que petite j’habitais Ville d’Anjou, une des premières banlieues de l’époque. Pour construire, ils avaient tout rasé et nous, on avait installé un petit arbre derrière la maison. Plus tard, on a déménagé sur la rue Saint-Denis et je suis tombée en amour avec un énorme arbre devant chez moi. Aujourd’hui, je suis entourée de milliers d’arbres dans ma campagne.

À l’âge de 20 ans, vous avez coanimé, avec Claude Steben, Nous deux, à TVA, émission qui a remporté un prix. Vous sembliez toute menue et fragile, comment vous en êtes-vous sortie ?

J’étais en effet toute fragile et menue. Je pesais 95 livres ! J’étais un peu anorexique et de plus quand je chantais, je maigrissais ! J’ai été parachutée dans tout, comme si j’avais la science infuse. Alors, j’ai décidé de m’impliquer. Je voulais être à la hauteur de ce qu’on me proposait et déterminée à exécuter mon travail du mieux possible. J’avais tellement peur qu’on me prenne pour une godiche parce que j’étais jeune. J’avais une belle culture générale. Grâce à mon père, je connaissais Sinatra, Aznavour, Bécaud, le théâtre et l’opéra. À TM (TVA), à l’époque, tout était à faire. La télé était très nouvelle. Alors, j’exprimais mes idées, je suggérais des choses.

Une interprète qui captivait son auditoire et savait adapter les chansons à son style. Au fil des ans, elle connaîtra plusieurs succès sur disques dont <i>Mon arbre, Les gars, Il pleut des larmes</i> et <i>Pourquoi je t’aime</i>.
Photo d'archives
Une interprète qui captivait son auditoire et savait adapter les chansons à son style. Au fil des ans, elle connaîtra plusieurs succès sur disques dont Mon arbre, Les gars, Il pleut des larmes et Pourquoi je t’aime.

Vous avez toujours gardé votre style intact. Était-ce par souci d’intégrité ?

J’essayais de garder un style « bon chic bon genre ». Je suis un peu conformiste et j’ai un profond sens de la droiture, je voulais que ça se reflète dans mes choix de carrière. Je choisissais des belles chansons, je me les appropriais et je les interprétais, comme un acteur. Et puis, je menais une vie très différente de certaines chanteuses de l’époque. J’avais acheté un duplex le jour de mes 21 ans. J’étais en couple avec Georges Tremblay [pianiste], je m’occupais de ses filles. Je me sentais très responsable. Alors, je faisais des commerciaux comme choriste ou soliste, ce qui me permettait de rester près de la maison.

Comment êtes-vous arrivée à la coanimation de l’émission phare de Télé-Métropole (TVA) Les Tannants aux côtés de Pierre Marcotte et Roger Giguère ?

J’ai remplacé une chanteuse qui était malade. Puis un jour, Pierre Marcotte m’a convaincue de remplacer Louise Latraverse qui s’était absentée, pour un sketch. Mais moi, je n’avais jamais joué de ma vie. J’étais morte de peur. À l’époque, c’était une formule à la Gilles Latulippe qui commençait par « Une fois c’tun gars... » et qui se terminait après 7 ou 8 minutes d’impro. On m’avait donné le rôle d’une petite vieille. Alors, pour mettre les chances de mon côté et me donner de la latitude, j’ai décidé que ma p’tite vieille serait saoule au lieu d’être indignée. Je n’oublierai jamais le regard surpris de Pierre Marcotte quand il m’a aperçue ! Mais j’ai eu du succès et après, on m’a demandé de revenir. Puis, ils ont instauré la piscine où les animateurs pouvaient tomber dans l’eau et les cotes d’écoute ont grimpé en flèche. C’était incroyable. Je n’ai jamais su si c’était grâce à moi ou grâce à la piscine ! (rires)

Los d’un passage à l’émission <i>Showbizz</i>, en 1977, sur les ondes de Télé-Métropole (TVA). La chanteuse de 29 ans cumulait déjà 10 ans de carrière.
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Los d’un passage à l’émission Showbizz, en 1977, sur les ondes de Télé-Métropole (TVA). La chanteuse de 29 ans cumulait déjà 10 ans de carrière.

Était-ce une belle époque pour vous ?

Les Tannants, c’était toute une épopée. Mais je n’étais pas très à l’aise parce que je devais raconter des gags et je ne suis pas bonne pour raconter. Les gens dans la rue m’arrêtaient pour me dire à quel point ils trouvaient Pierre Marcotte méchant de me brûler mes punchs. Mais il faisait ça pour m’aider. C’était souvent des mots vulgaires que j’avais peine à prononcer. Les Tannants, c’était très difficile à faire. On enregistrait trois émissions par jour. Le rythme était épouvantable. Je devais interpréter 10 à 12 chansons et quand les enregistrements étaient terminés, j’allais chercher les enfants à la garderie, je faisais la cuisine, je m’occupais de l’agenda de Georges [Tremblay], des contrats des musiciens. J’étais alors très, très mince !

À 71 ans, vous êtes en bonne forme physique, vous chantez toujours (au Casino avec le spectacle Sinatra Streisand, tout le mois de septembre) et vous êtes toujours souriante. Vous avez un secret ?

J’ai hérité du sourire de ma maman et j’ai des bons gènes qui me servent très bien. Je fais une bonne vie, je m’alimente bien et je suis aussi heureuse quand je chante sur scène que dans ma campagne entourée de mes enfants et de mes petits-enfants.

Chacun son chemin

  • Christine Chartrand est née le 28 mars 1948 à Montréal (71 ans).
  • Elle a lancé une douzaine d’albums, dont Mon arbre, en 1967, Christine Chartrand à Paris : Pourquoi je t’aime, en 1968, et Parlez-moi d’amour, en 1989, avec Guy St-Onge, album dont elle est très fière.
  • Elle s’est jointe à l’équipe des Tannants de TVA au cours des années 70 et 80, puis a coanimé avec Christine Lamer Les Christine, à Radio-Canada, en 1994.
  • Elle a été la femme du pianiste Georges Tremblay. Ce dernier avait deux filles et, ensemble, ils ont eu deux autres filles. Christine a aussi eu un fils et elle est grand-maman trois fois.
  • Depuis plusieurs années, elle chante au sein de formations, dont Les Crooners, et elle a récemment présenté le spectacle hommage Simply Streisand.
  • Elle participe en ce moment au spectacle Sinatra Streisand, une incursion dans l’univers de ces deux monstres sacrés de la chanson, avec Yanick Lanthier et Nancy Fortin.