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Pourquoi la diète cétogène fait-elle perdre du poids?

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À lire les commentaires disponibles sur le web, on constate que plusieurs adeptes de la diète cétogène la considèrent comme étant la plus efficace pour perdre du poids. Quelles sont les bases scientifiques qui expliquent la perte de poids rapide observée avec ce régime ?

Comme je l’ai mentionné à plusieurs reprises, notre sédentarité nous rend très vulnérables à une offre alimentaire essentiellement composée de produits transformés par l’industrie, riches en farine blanche, en sucre ajouté et en sel. Cette combinaison explique en bonne partie l’épidémie d’obésité et de diabète de type 2 à laquelle la planète est confrontée.

Que se passe-t-il lorsqu’un individu inactif consomme une diète trop riche en glucides (pain et riz blanc, pâtes, pommes de terre) et en produits transformés (croustilles, frites, desserts, sucreries diverses, boissons sucrées) ? Puisque la capacité de stockage du sucre alimentaire sous forme de glycogène musculaire se sature très rapidement chez la personne sédentaire, le foie n’a d’autre choix que de transformer tout ce sucre en lipides par un processus qu’on appelle la lipogenèse (synthèse des lipides).

Un foie surchargé

L’individu sédentaire qui mange trop de glucides et de produits transformés qui contiennent souvent du sucre ajouté prendra progressivement du poids. Si ce gain de graisse corporelle se fait au niveau abdominal, le tissu adipeux viscéral (graisse localisée dans la cavité abdominale) en expansion enverra au foie des lipides (acides gras libres) qui vont venir l’engorger. Ces deux processus (lipogenèse hépatique et arrivée massive d’acides gras libres au foie) conduiront à une accumulation excessive de lipides au foie, condition appelée stéatose hépatique qui est non seulement dangereuse pour le développement du diabète de type 2, mais également pour la cirrhose et le cancer du foie.

Ainsi, une alimentation riche en glucides et en sucre ajouté combinée à la sédentarité est la recette de l’obésité viscérale et du foie gras, deux conditions retrouvées chez environ 75 % des patients avec un diabète de type 2.

La diète cétogène a une composition radicalement différente de l’alimentation nord-américaine. En effet, une diète cétogène est principalement composée de produits très gras (p. ex. huiles végétales, beurre, crème, noix et arachides, avocats, olives — au-delà de 70 % des calories), de protéines (p. ex. viande, volaille, poisson gras, œufs, fromage) et de très, très peu de glucides (p. ex. céréales, pain, riz, pâtes, pommes de terre, fruits, et produits transformés contenant du sucre ajouté — moins de 10 % des calories).

Une diète sans glucides

Comme cette diète ne contient essentiellement pas de glucides ni de sucre ajouté, les cellules de l’organisme (dont celles du cerveau, naturellement très gourmandes en glucose) ne disposent plus du glucose provenant des glucides et n’ont d’autres choix que d’utiliser l’énergie provenant de la dégradation des lipides comme carburant.

Le foie, organe central du métabolisme qui est configuré pour fabriquer et libérer dans la circulation de grosses billes remplies de lipides qu’on appelle les VLDL (very low-density lipoproteins – lipoprotéines de très faible densité), va plutôt stopper sa synthèse de lipides (la transformation du glucose en lipides) et se mettre à brûler les lipides par un processus qu’on appelle la bêta-oxydation.

De ce processus résulte la production de petites molécules qu’on appelle les corps cétoniques, qui donne aux personnes suivant le régime cétogène une haleine très caractéristique (odeur d’acétone). Rapidement, l’organisme ne pouvant plus carburer aux glucides se mettra à brûler des lipides. Le cerveau, normalement avide de glucose, peut également se nourrir de ces corps cétoniques. D’ailleurs, il a été suggéré que cette diète pourrait améliorer certains troubles neurologiques comme l’épilepsie et des travaux de recherche se poursuivent sur ce sujet.

Machine à brûler du gras

Comment donc la diète cétogène va-t-elle faire perdre du poids à court terme ? Comme cette diète riche en gras et pauvre en glucides et en sucre ajouté transforme le métabolisme humain en machine à brûler du gras plutôt qu’à en fabriquer en excès, des pertes de poids rapides sont observées. Le cerveau carbure maintenant aux corps cétoniques et plusieurs indicateurs du profil de santé s’améliorent.

Bref, beaucoup de personnes qui ont essayé ce régime témoignent de ces changements assez rapides dans leur condition. Cela dit, la question se pose : est-ce que ces changements draconiens dans l’alimentation sont nécessaires et souhaitables ? Il est clair que si vous êtes une personne sédentaire et avec de l’obésité viscérale, vous devez réduire votre consommation de glucides et de produits sucrés. Voilà pourquoi tant de scientifiques condamnent l’omniprésence du sucre ajouté et des farines raffinées dans l’alimentation.

Toutefois, un régime cétogène ne peut remplacer les bénéfices de l’activité physique régulière et pour faire de l’activité physique vigoureuse, vous avez besoin de glucides comme essence (mais pas de sucre ajouté). Il est donc pertinent d’ajuster sa consommation de glucides en fonction de son mode de vie.

Par ailleurs, si vous avez le diabète de type 2 et que vous prenez de l’insuline, il est très important de ne pas commencer ce régime avant d’en avoir parlé à votre médecin, car vos besoins en insuline vont radicalement changer.

Une diète draconienne

En résumé, la diète cétogène est une approche draconienne à un mode de vie et à une offre alimentaire incompatibles avec la santé humaine. Est-ce que cette diète qui permet de perdre du poids rapidement est compatible avec la santé à long terme ? Nous n’avons pas encore toutes les données scientifiques pour répondre adéquatement à cette question.

Comme il y a encore beaucoup à dire sur le sujet, nous en reparlerons dans la prochaine chronique.


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur scientifique du Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval, CIUSSS-Capitale-Nationale, et directeur de la science et de l’innovation de l’Alliance santé Québec.