/investigations
Navigation

Pluie de pots-de-vin à Terrebonne

Selon la Couronne, des voyages, des rénovations et de l’argent auraient été donnés en échange de contrats

Coup d'oeil sur cet article

Pendant plus d’une décennie, l’ancien maire Jean-Marc Robitaille et une petite clique d’amis se seraient fait offrir de nombreux cadeaux et des centaines de milliers de dollars en argent comptant d’entrepreneurs désireux de faire des affaires à Terrebonne.

 • À lire aussi: Début du procès de l’ex-maire Robitaille  

Le procès de l’ex-maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, s’est amorcé lundi. Il est ici accompagné de son avocat Daniel Rock.
Photo MARTIN ALARIE
Le procès de l’ex-maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, s’est amorcé lundi. Il est ici accompagné de son avocat Daniel Rock.

Voyages de pêche dans des pourvoiries du Québec, voyages de plaisirs à Las Vegas, remises d’argent comptant et travaux de rénovation gratuits ; Jean-Marc Robitaille et des proches auraient tiré profit des fusions municipales en 2001 et de la croissance de la population pour mettre en place un véritable système de corruption dans la dixième plus grande ville au Québec.C’est la thèse qu’entend démontrer le ministère public, a indiqué lundi Martin Duquette, procureur du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), en ouverture du procès pour corruption de l’ex-maire Jean-Marc Robitaille.

Daniel Bélec.
Accusé
Photo MARTIN ALARIE
Daniel Bélec. Accusé

Son ex-chef de cabinet, Daniel Bélec, l’ex-directeur général de la Ville, Luc Papillon, et l’entrepreneur Normand Trudel sont aussi accusés.

Plus de 30 témoins doivent être entendus à ce procès qui devrait se poursuivre jusqu’en 2020, a indiqué le DPCP.

Le procureur Duquette a précisé lundi que les firmes d’ingénieurs et les entrepreneurs qui n’étaient pas dans le coup à Terrebonne étaient défavorisés à cause du système en place.

Normand Trudel.
Accusé
Photo MARTIN ALARIE
Normand Trudel. Accusé

Deux firmes favorisées

Selon ce qu’a avancé lundi matin le procureur du DPCP, une « directive verbale » aurait même été donnée par le maire Robitaille au début des années 2000 afin que deux firmes de génie soient favorisées dans l’octroi des contrats à Terrebonne, celles de Jean Leroux (accusé initialement dans ce dossier, mais décédé un mois après son arrestation) et d’André de Maisonneuve.

Leroux, de la firme LBHA, bénéficiait des contrats pour Lachenaie et La Plaine, tandis que de Maisonneuve jouissait du territoire de l’ancienne ville de Terrebonne. C’est Leroux qui aurait défrayé les voyages à Las Vegas de Luc Papillon et de Robitaille en sa compagnie.

Daniel Bélec, l’ancien chef de cabinet du maire Robitaille, aurait reçu en quelque 10 ans plus de 200 000 $ en argent comptant en ristournes d’entrepreneurs, selon Me Duquette, en échange d’avantages. Ces ristournes auraient été faites au bénéfice notamment de l’ex-maire Robitaille.

L’agrandissement du chalet du maire, au coût de milliers de dollars, aurait par ailleurs été défrayé par les entrepreneurs Normand Trudel et Aurèle Théberge.

Il dort bien

Jean-Marc Robitaille a été arrêté en mars 2018, après une enquête de plus de six ans. Malgré la gravité des accusations qui pèsent contre lui, l’ex-maire Robitaille a assuré lundi dormir sur ses deux oreilles.

« Si j’ai plaidé non coupable, c’est parce qu’il n’y a absolument rien à se reprocher », a-t-il indiqué à TVA Nouvelles à son arrivée au Palais de justice à Saint-Jérôme. 

« Quand t’as la conscience tranquille, y a aucun problème », a-t-il ajouté.

Selon la police, Robitaille, Bélec et Papillon recevaient pourtant « d’importants avantages personnels en échange, entre autres, de changements de zonage ou d’informations privilégiées dans le cadre d’appels d’offres de la Ville ».

Ce qu’a dit le procureur de la Couronne

« Les administrateurs de la Ville auraient permis et maintenu un système de corruption notamment basé sur le partage de contrats. »

« La valeur de ces avantages [voyages de pêche et à Las Vegas] s’élève à plusieurs dizaines de milliers de dollars répartis sur plusieurs années. »

« Cette directive [du maire Robitaille] constitue ni plus ni moins la pierre d’assise du système de corruption mise en place par [des] fonctionnaires [...], qui [en] ont ensuite tiré profit de diverses façons. »

– Me Martin Duquette, DPCP