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Denise au pays du déni

Denise Bombardier
Photo Chantal Poirier Denise Bombardier

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L’an passé, de passage à Tout le monde en parle, Denise Bombardier avait fait scandale en rappelant une vérité élémentaire que le régime fédéral cherche à taire : au Canada, les communautés francophones sont en voie de disparition. Un peu partout, elles se décomposent.

Si elles ne sont pas disparues, elles sont en voie de disparition. Les nouvelles générations s’anglicisent.

Pour la contredire, de nombreux francophones hors Québec choqués par son propos ont invité Denise Bombardier à venir sur place, pour constater la vitalité supposée de leur communauté. De bon cœur, elle a accepté, dans le cadre d’un documentaire réalisé par Radio-Canada : Denise au pays des Francos. Avec son mari, elle est partie à leur rencontre, au Manitoba, en Ontario et en Acadie.

Francophones

Le documentaire est passionnant. Denise Bombardier se montre plus qu’ouverte à la cause des francophones, elle les appuie dans leurs batailles, sans jamais toutefois se soumettre à la propagande fédérale qui nous vante un beau grand pays bilingue. Elle rappelle l’histoire de la persécution des francophones au Canada et montre comment ce pays, encore aujourd’hui, les maltraite. On le voit dans l’Ontario de Doug Ford.

Sans surprise, ils sont plusieurs à se plonger la tête dans le sable. Denise au pays des Francos aurait pu avoir pour titre « Denise au pays du déni ».

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On le voit, par exemple, au Manitoba où, malgré la réalité indéniable de leur décroissance démographique, les francophones se font accroire que leur situation s’améliore, parce que le tripatouillage des statistiques linguistiques a permis de gonfler artificiellement leur importance numérique.

On le voit dans le mauvais sort réservé au français par certains Franco-Ontariens aussi, notamment chez les plus jeunes. Plusieurs massacrent leur français. Ils en parlent une version calquée sur l’anglais. En fait, il faut y voir un français soumis à la domination de l’anglais. Mais quand on le leur fait remarquer, ils se sentent insultés, comme si les Québécois se rendaient coupables d’impérialisme culturel. Comment ne pas y voir une psychologie collective complexée ?

On trouve là l’idée défendue par certains linguistes militants et relativistes selon laquelle il n’y aurait aucune norme linguistique, et que tous les niveaux de langage s’équivaudraient. En gros, le français dénaturé, à la syntaxe déstructurée, de certains francophones anglicisés ne serait aucunement critiquable. Ce discours masque un refus de regarder la réalité en face.

Québec

Denise Bombardier le confesse à la toute fin de son documentaire, au fond d’elle-même, les tendances lourdes de la démographie confirment ses inquiétudes quant au sort du français au Canada. Elle ne veut pas abandonner les Francos et nous invite à les appuyer. Avec raison.

Mais il faut aller plus loin. Si le français a un avenir en Amérique, c’est au Québec, évidemment. Ici, il peut non seulement survivre, mais vivre, s’épanouir, fonder l’existence collective. Il faut être clairement majoritaire dans son pays pour en demeurer la norme identitaire. Que leur sort nous rende plus vigilants.