/opinion/columnists
Navigation

Les États-Unis en pleine crise constitutionnelle

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

Coup d'oeil sur cet article

Le refus catégorique de l’administration Trump de collaborer à l’enquête de la Chambre des représentants dans le cadre du processus de destitution confirme que les États-Unis sont en pleine crise constitutionnelle.

Donald Trump a abusé de son pouvoir en demandant au président ukrainien d’enquêter sur un rival politique. La faute est flagrante et un tel abus de pouvoir correspond exactement à ce que les pères fondateurs voulaient sanctionner par l’impeachment et la destitution.

L’enquête de la Chambre des représentants qui pourrait mener à ce résultat est tout à fait légitime et le refus de l’administration Trump de reconnaître cette légitimité ne pourra qu’empirer la crise.

Le mur de brique

Pour Trump, la stratégie consiste à transformer dans l’esprit du public un processus constitutionnel légitime en mascarade partisane.

Dans un document de huit pages totalement dénué d’argumentation juridique sérieuse, l’avocat de la Maison-Blanche a soutenu l’intention du président de résister à toutes les demandes de témoignages et de documents provenant de la Chambre.

Cette stratégie du mur de brique renforce l’apparence de culpabilité du président et cette obstruction systématique des travaux du Congrès risque d’être un élément de plus à la mise en accusation, pour lequel les faits seront absolument indéniables.

Des arguments loufoques

Trump accuse les responsables du Congrès de vouloir annuler l’élection de 2016 et influencer l’élection de 2020. C’est risible. Il ne s’agit pas ici de juger des politiques du président, mais de sanctionner un abus de pouvoir, ce qui est précisément ce que voulaient faire les fondateurs en inscrivant la procédure de destitution dans la constitution.

L’avocat de Trump déclare aussi le processus illégitime en l’absence d’un vote de la Chambre pour démarrer l’enquête, mais la constitution ne mentionne nulle part cette exigence.

De plus, la description faite par le clan Trump de la conversation téléphonique avec son vis-à-vis ukrainien, dont de larges extraits sont disponibles, demande littéralement au public de ne croire ni ses yeux ni ses oreilles, mais de se fier aveuglément au président.

Où va-t-on ?

Il semble désormais acquis que la Chambre à majorité démocrate votera pour l’impeachment. La suite est moins claire. Tout dépendra de la façon dont les Américains interpréteront les faits reprochés au président.

Pour le moment, l’opinion penche de plus en plus en faveur d’une destitution, ce qui indique qu’elle juge les faits disponibles incriminants pour Trump. Cette perception est évidemment renforcée par chaque geste d’obstruction commis par le président et son entourage.

L’espoir de Trump est de conditionner ses sympathisants à rejeter la légitimité de l’institution qui le condamnera et à lui vouer une entière loyauté personnelle, ce qui forcera les sénateurs républicains à l’acquitter même si la preuve est bétonnée, car ils seront terrifiés de s’aliéner les trumpistes.

On se dirigera ensuite vers une campagne électorale dont l’issue est incertaine, mais qui sera certainement la plus acrimonieuse et potentiellement la plus violente qu’on aura vue depuis longtemps dans une démocratie soi-disant bien établie.