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Suspendue à cause de la pénurie?

Une infirmière aurait mal assuré des soins alors qu’il manquait de personnel

GEN-
Photo Agence QMI, Steve Madden Francine Savoie, la présidente du syndicat local qui représente l’infirmière suspendue, déplore que la direction n’ait pas assuré le nombre suffisant d’employés au CHSLD Docteur-Aimé-Leduc en juillet dernier pour que tous les résidents soient levés. 

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Une infirmière de Salaberry-de-Valleyfield a été suspendue une journée sans salaire pour avoir omis d’assurer que tous les résidents soient levés durant une journée alors qu’il manquait plusieurs employés. 

« Ils ont tenté l’impossible, de tout faire ce qu’ils pouvaient faire ! » assure Francine Savoie, la présidente du syndicat local de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), pour la Montérégie-Ouest.

« C’est tout à fait injustifié, incompréhensible, déraisonnable et abusif, à notre avis », dit-elle.

Le 4 octobre dernier, une infirmière de 24 ans d’expérience avec un « dossier vierge », selon la FIQ, a été suspendue sans solde par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest. On lui reproche un « manque de jugement » et de l’« insubordination ». 

Dans la lettre de suspension, dont Le Journal a obtenu une copie, la direction lui reproche le fait que des résidents n’ont pas été levés de leur lit le 27 juillet dernier, au centre d’hébergement Docteur-Aimé-Leduc, à Salaberry-de-Valleyfield. Ce jour-là, elle a été nommée responsable du centre, sans être formée, selon la FIQ. 

Manque d’employés 

Selon le syndicat, 24 employés (infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires) étaient présents ce matin-là, et seulement 19 en après-midi. Habituellement, ils sont 43 pour répondre aux 160 résidents. Du côté de la direction, on répond plutôt que 34 employés étaient sur place. 

En raison du manque de personnel, les soins de base ont été priorisés (hydratation, toilette partielle, levée des patients). En contrepartie, les bains ont été délaissés. 

Or, « la majorité des résidents du troisième étage » n’ont pas été levés, écrit la direction. « Par cette action, vous avez dérogé à un ordre de votre supérieur », lit-on. 

« La levée des résidents, c’est un besoin primordial, 12 mois par année, c’est un incontournable », souligne Normand Gaudet, directeur adjoint des programmes soutien à l’autonomie des personnes âgées au CISSS. Le manque de personnel ne justifie pas de ne pas réaliser ces soins. » 

Il ajoute que certains ont été levés, mais plus tard dans la journée. Au total, M. Gaudet ne savait pas combien de résidents n’ont pas été levés.

« Tenté l’impossible » 

Le CISSS a reçu des plaintes de familles concernant la journée du 27 juillet, mais on n’a pas voulu dire combien. Dans la lettre, la direction ajoute que toute récidive pourra entraîner des mesures plus sévères pouvant aller jusqu’au congédiement. 

On peut aussi lire : « Notre rencontre est de nature confidentielle et vous devez demeurer discret ». Par peur de représailles, l’infirmière a refusé de répondre au Journal. M. Gaudet n’a pas voulu commenter la demande de confidentialité. 

Un gestionnaire était de garde, le 27 juillet dernier, mais aucun n’était sur place. 

Le syndicat des infirmières « en furie »

Le syndicat de l’infirmière suspendue ne décolère pas contre la décision d’imposer une journée de suspension, et exige qu’elle soit retirée. 

« C’est [ajouter] l’insulte à l’injure. J’étais en furie », réagit Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la Santé (FIQ). 

« On leur tape dessus parce qu’ils ne sont pas capables de tout faire, il y a toujours bien des limites ! » dit-elle. 

Importance des ratios 

Selon Mme Bédard, la suspension de l’infirmière de Salaberry-de-Valleyfield est un parfait exemple illustrant l’importance d’imposer des ratios clairs dans le réseau de la santé. 

« Si les employeurs veulent réprimander les professionnels en soins dans un été de canicule où il manque des gens, (...) je vais lancer un mot d’ordre, et on n’acceptera plus de temps supplémentaire obligatoire », dit-elle. 

« C’est très sérieux, mon élastique est en train de casser. Ils n’aimeront pas ce qui va se passer », dit la présidente. 

D’ailleurs, la présidente de la FIQ déplore la déresponsabilisation des gestionnaires dans le réseau. 

« Vous avez des obligations comme gestionnaires, dit-elle. Les professionnels et les patients paient pour les mauvaises mesures administratives. » 

« Tant que la ministre [Danielle McCann] ne comprendra pas, ne légiférera pas, les employeurs vont faire n’importe quoi. » 

Pétition en soutien

De son côté, la présidente locale de la Fédération (Montérégie-Ouest) dit avoir tout tenté pour faire annuler cette suspension auprès de la direction. 

« Si l’employeur n’est pas capable d’assurer la présence du personnel requis, il ne peut pas remettre la faute sur un employé », dit Francine Savoie. 

D’ailleurs, le syndicat fait circuler une pétition en soutien à l’infirmière suspendue le 4 octobre dernier.