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CAQ: couper plus d’arbres est un geste écologique

Bois d'oeuvre
Photo d'archives

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Le ministre caquiste des Forêts et de la Faune rit du monde.

Trop, c’est comme pas assez. Dernièrement, je suis tombé en bas de ma chaise quand j’ai entendu le ministre caquiste Pierre Dufour annoncer que «Couper plus de forêts... pour réduire les GES [gaz à effet de serre]».  

Sur quelle planète vit-il? On coupe trop d’arbres au Québec depuis longtemps, par de grosses coupes à blanc qui menacent la survie d’espèces animales.   

Comme je ne connais pas beaucoup le ministre caquiste des Forêts et de la Faune, je croyais que c’était plutôt un lobbyiste des forestières qui s’exprimait ainsi. Mais non, c’était le ministre Pierre Dufour qui larguait cette perle d’ignorance, quelques jours après les manifestations qui ont réuni 600 000 personnes au Québec, dont 500 000 à Montréal, afin de demander aux politiciens d’agir pour protéger l’environnement. Pas de se comporter en représentant ou en commis-voyageur au service de l’industrie forestière.   

Le torchon et les ayatollahs  

Il ne faut pas trop s’étonner des remarques faites par le poète Richard Desjardins sur la dégradation constante de l’état de nos forêts au Québec, alors que monsieur Dufour s’approche de son collègue de l’Agriculture, André Lamontagne. Ce dernier, afin de prendre parti en faveur des gros agriculteurs et de la dictature industrielle des engrais et pesticides, avait qualifié d’«ayatollahs» les commis d’État du ministère de l’Environnement. Il s’était aussi vanté d’avoir personnellement autorisé le congédiement de l’agronome Louis Robert, qui a osé dénoncer les liens incestueux entre les mastodontes corporatifs des engrais et des pesticides, les gouvernements, les inspecteurs et les organismes publics de recherche. Le poète appelle ça «faire un power trip» chez quelqu’un qui se prend pour le «boss des bécosses»...  

Franchement, il faudrait être plus subtil, si c’est possible  

Dans ce même article du journaliste Charles Lecavalier publié le 1er octobre dans Le Journal, le ministre Dufour en rajoute une couche. Comme si ce n’était pas assez d’essayer de nous faire accroire que couper beaucoup d’arbres est bon pour l’environnement, ledit ministre, afin de se donner un certain côté objectif et scientifique, a annoncé qu’il allait mettre en place un groupe de travail (sans préciser qui en ferait partie) supervisé par un centre de recherche «privé» financé par l’industrie forestière. Ça ne sent pas bon... Supervisé très étroitement, afin d’éviter les faux pas, un centre de recherche «privé», pas public, financé par l’industrie forestière et non par le gouvernement du Québec. Un pseudo-centre de recherche privé (on ne sait pas lequel) financé par le privé, c’est bien plus objectif et scientifique que lorsque c’est coordonné et supervisé par des professionnels embauchés par l’État et financé par le gouvernement. Une vraie farce, très grotesque. Je suppose que le ministre caquiste va féliciter le premier ministre brésilien, Jair Bolsonaro, de «varger» dans la forêt en Amazonie, au bénéfice de la survie de la planète? Mais alors, pourquoi donc la communauté internationale s’inquiète-t-elle et condamne-t-elle les gestes «écologiques» de déforestation posés par le dirigeant brésilien d’extrême droite?  

Moins de règlements, plus de liberté  

Le rigoureux ministre caquiste a aussi proposé qu'on ait plus de «souplesse» à l'endroit des forestières, dans le sens d’un certain «free-for-all», en les délivrant de lois et règlements contraignants qui les briment dans leurs actions «vertes». Enfin, il a promis plus de «prévisibilité» aux entreprises. Ai-je besoin de vous faire un dessin sur le sens à donner aux termes «prévisibilité» et «souplesse»?   

Au diable le caribou  

Quant à l’effet de grosses coupes additionnelles (qui passeront de 10 à 11 millions de mètres cubes par année, et ça, dès l’an prochain) sur les chances de survie du caribou, le ministre Dufour a candidement répondu qu’il préférait attendre d’avoir davantage d’études. Mais que monsieur Dufour et la CAQ nous le disent franchement, que la croissance et la profitabilité des papetières les intéressent pas mal plus que le sort réservé au caribou! Le caribou forestier, à quoi ça sert? Je suppose qu’il attend les études de ses «spécialistes» travaillant pour le centre de recherche financé par l’industrie des pâtes et papiers...

La survie du caribou ou plus de souplesse et de prévisibilité pour l’industrie? Voilà la vraie question. Alors la CAQ a tranché: «Environnement. Le caribou forestier demeurera sans protection».  

Notre très cher ministre «vert» caquiste Pierre Dufour l’a dit: il ne faut pas entraver la «souplesse» et la «flexibilité» nécessaires aux forestières afin qu’elles puissent couper nos arbres en toute prévisibilité.  

En parlant de prévisibilité  

Au mois de septembre 2018, le chef François Legault avait annoncé une bonne nouvelle aux forestières afin d’accroître leur degré de prévisibilité «linéaire»: «Régime forestier: Legault veut des droits de coupe plus longs».   

Des droits de coupe presque donnés, qui passeront à au moins trois ans et même à cinq et dix ans, que François Legault a mentionnés pour le plus grand plaisir des papetières. Et pour aider davantage l’industrie forestière, la CAQ lui a allongé dernièrement plus de deux millions de dollars en fonds publics afin de payer les cours de formation de ses employés: «2,1 M$ pour la formation dans l’industrie du bois» (Le Journal de Montréal, 21 septembre 2019). C’est le privé qui supervisera les coupes et qui fournira les experts afin de consulter et informer judicieusement le ministre. Par contre, c’est le public qui paiera pour la formation de leur personnel, la construction de leurs routes et de leurs lignes de transmission, pour le reboisement, etc.   

Une autre bonne: «Protéger l’environnement et accepter des coupes à blanc».   

On peut faire les deux en même temps, sans aucun problème. Coupes à blanc signifie moins d’arbres, ce qui est bon pour l’environnement, a dit le ministre caquiste.   

Une dernière bonne nouvelle qui a aidé, supposément, le Québec à diminuer ses GES: «Le sommet de la Gaspésie rasé» (Le Journal de Montréal, 6 août 2018). Pourquoi ne pas raser aussi le mont Royal et le mont Sainte-Anne?  

La cohérence de Legault  

En bon écologiste protecteur de la nature qu’il est, le premier ministre l’a dit: «Legault veut une CAQ “verte”, mais “pragmatique”».   

En fait, plus pragmatique et plus ouverte à la business que «verte». Et encore récemment, le ministre caquiste de l’Économie, monsieur Pierre Fitzgibbon, a lui aussi entonné cette belle chanson si douce aux oreilles du patronat et des forestières: «L’État doit tout faire pour encourager les entreprises».  

Toujours en se posant comme un défenseur de l’environnement, il a aussi affirmé qu'Uber est bon pour l’environnement. À ce rythme-là, notre maison, qu’est l’environnement, va couler rapidement.