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Nos origines olé olé

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Cette Histoire populaire de l’amour au Québec, tome 1, qui va du début de la colonisation jusqu’en 1760, me réconcilie avec moi-même et avec mes modestes origines. Je suis d’une nation métissée, de toute évidence ; fier, aventurier et à l’esprit indépendant comme mes ancêtres. Au début de la colonie, il n’y avait que des hommes, pas de femmes françaises avant la venue des Filles du roi, entre 1663 et 1673, qui, contrairement à la croyance populaire, n’étaient pas des prostituées.

<b><i>Histoire populaire de l’amour au Québec/ De la Nouvelle-France à la Révolution tranquille, tome 1 – avant 1760</i></b><br/>
Jean-Sébastien Marsan<br/>
Éditions Fides
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Histoire populaire de l’amour au Québec/ De la Nouvelle-France à la Révolution tranquille, tome 1 – avant 1760
Jean-Sébastien Marsan
Éditions Fides

Heureusement, il y avait les Amérindiennes. Elles nous firent découvrir un continent, géographique, mais aussi sentimental. Les Européens préféraient courir les bois plutôt que de se sédentariser au sein d’une civilisation mal adaptée aux lois du nouveau milieu. Nous sommes rapidement devenus des aventuriers, préférant tout abandonner « pour aller vivre dans une communauté amérindienne » où nous prenions épouse. Nous découvrions par la même occasion un mode de vie à nul autre pareil, de pleine liberté, sans les contraintes strictes de la religion catholique, celle des récollets et des jésuites, apprenant à pêcher, à chasser et à nous nourrir de façon mieux adaptée aux conditions dans les lesquelles nous baignions.

Est-ce que les Amérindiennes y trouvaient, elles aussi, leur compte ? Apparemment oui. « En partageant leur quotidien avec des Français, elles se procuraient aussi du tabac, des tissus, des chaussures, de la vaisselle, des ustensiles, des aiguilles à coudre et d’autres outils qui allégeaient leurs tâches quotidiennes. » Donc, il y avait de l’intérêt de part et d’autre.

Bien sûr, le clergé condamnait de telles unions hors mariage, ça sentait trop le stupre et la concupiscence, à tel point que le roi de France fut appelé à intervenir et offrit une dot de cinquante livres, l’équivalent du salaire annuel d’un ouvrier non qualifié, « à toute Autochtone qui acceptait de se marier avec un colon français ». Mais cette politique fut un échec et ne produisit pas l’effet escompté. Les différents gouverneurs de la colonie concluront unanimement que les Français ayant épousé des Amérindiennes deviennent des libertins hors de leur contrôle. Et de tels mariages seront bientôt interdits, ce qui ne mit pas fin aux aventures hors mariage, bien évidemment.

Avec l’arrivée des Filles du roi, le taux de natalité connut un bond important. Tout comme les divorces et les remariages en série. Il faut savoir qu’en même temps, la France envoyait des contingents de militaires pour assurer la défense de la colonie. Bon nombre d’entre eux trouvèrent épouse parmi les Filles du roi, après avoir décidé de s’installer au pays. En quelques années, « à Montréal seulement, 71 Filles du roi ont donné naissance à 526 enfants ». Il faut dire que les incitatifs du pouvoir royal pour le mariage et la procréation étaient nombreux, allant jusqu’à encourager « les mariages précoces avec des adolescentes de 14 ou 15 ans » ou à pénaliser les pères de famille dont la fille de seize ans n’était pas encore mariée. Autres temps, autres mœurs.

Les pratiques sexuelles amérindiennes sont fort différentes. Selon le spécialiste Denys Delâge, « les Autochtones considéraient comme normales les relations sexuelles à partir de l’âge de la puberté » et le viol n’existait pas. Avant de se marier, il fallait s’assurer d’avoir rencontré la bonne personne et on jouait alors à « courir l’allumette ». Le divorce était permis et tout se réglait à l’amiable. En tout temps, la femme était la maîtresse de son corps, ce qui choquait les Français pour qui « cette autonomie et cette liberté étaient inconcevables, inadmissibles, illégitimes ».

Cet ouvrage fourmille d’anecdotes, toutes plus cocasses les unes que les autres. Ainsi cette femme condamnée à mort pour vol. À cette époque, une femme pouvait être sauvée de la pendaison si elle épousait son bourreau. Ce qu’elle fit après avoir rencontré et séduit ce dernier en prison, car il était accusé de participation à un duel. Il fut libéré faute de preuve et sollicita le poste vacant de bourreau que personne ne voulait occuper. On devine la suite.

Vivement le deuxième tome !

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C’EST LA FAUTE À L’OSTENSOIR

Gilles Jobidon<br/>
Éditions Leméac
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Gilles Jobidon
Éditions Leméac

Gilles Jobidon nous ouvre ses carnets du nomadisme. Six mois en Gaspésie, sur le bord de mer, à L’Anse-au-Griffon, puis retour à Longueuil pour y vivre le dur hiver. L’océan et la ville. Entre les deux points de chute, les mêmes questionnements sur le sens à donner à sa vie, malgré la différence des paysages, cette même nécessité d’écrire, ce manuscrit transporté avec soi, amant rebelle, seul vrai bagage qui prend peu de place et toute la place à la fois. Avec un tribut à Duras, Ferré, Baricco, Anne Hébert pour ses Fous de Bassan qui peuplent toujours son exil gaspésien. Et l’ostensoir continue de briller de ses mille feux dans la nuit des temps, petit fil lumineux chargé d’émotion et de la mémoire du temps.


CONTES, LÉGENDES ET MYTHES OJIBWÉ

Basil H. Johnston<br/>
Éditions Alias
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Basil H. Johnston
Éditions Alias

Ces contes, où se mêlent histoires, légendes et mythes et qui viennent du fond des âges, ont été transmis oralement de siècle en siècle par les Ojibwés, la plus grande nation parmi les peuples autochtones d’Amérique du Nord, qu’au Canada on retrouve surtout en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan. On y parle de la création du monde, dans des termes qui n’ont rien à envier à la Bible. « Après que la terre fut créée, elle ne portait que des arbres, des plantes et des fleurs. Il n’y avait ni oiseaux, ni animaux, ni insectes. Sur toute la terre, il n’y avait qu’un seul être humain, Femme-Esprit. » Ainsi s’amorce le premier conte, qui donne le ton aux autres.


LÂCHEZ PAS, LES GARS !/D’ANCIENS CANCRES TÉMOIGNENT

Collectif sous la direction de François Cardinal<br/>
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Collectif sous la direction de François Cardinal
Éditions La Presse

Est-ce un éloge à la « cancrétude » ? Moi qui me suis efforcé pendant tout le temps de mes études avec plus ou moins de succès, mais qui admirais en cachette certains cancres brillants à qui tout réussissait sans effort, me voilà bien servi avec une douzaine de cancres tous masculins qui ont réussi dans la vie, comme on dit. Cet ouvrage est une lueur d’espoir dans le firmament bien souvent obscur de l’éducation. J’ai particulièrement apprécié le témoignage de Marc Séguin. Il se demande : « Peut-on, sans se faire lyncher, dire que notre système d’éducation favorise les filles ? » Et celui du journaliste François Cardinal, à qui une professeure avait prédit qu’il n’écrirait jamais une ligne de sa vie. Comme quoi il faut être motivé dans la vie. Lâchons pas, les gars !