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«Les abysses» de Biz: histoire de meurtre sur la Côte-Nord

Biz pour la sortie de son nouveau roman, Abysses.
Photo Ben Pelosse

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Il y a de ces romans qu’on n’oublie pas de sitôt. Les abysses, le nouvel opus de l’écrivain Biz, membre du groupe Loco Locass, entre dans cette catégorie. Campé sur la Côte-Nord, entre le fleuve, ses profondeurs insondables et sa forêt dense, son roman policier captivant raconte les circonstances entourant le meurtre d’un chasseur américain par celui qu’on surnomme dans le livre «le boucher de Baie-Comeau».

Catherine, jeune étudiante, est en train de perdre pied. Son père, son unique parent, est enfermé dans une cellule de la prison à sécurité maximale de Port-Cartier.

Trouvé coupable de meurtre, Michel Métivier ne sortira pas avant une dizaine d’années. Il dessine des créatures pélagiques pour tromper son ennui, lui qui a passé sa vie à empailler ses trophées de chasse.

Celui qui a été surnommé «le boucher de Baie-Comeau» consacre ses journées au dessin, faisant ce qu’il peut pour endurer la dureté du milieu carcéral et la folie furieuse de ses codétenus.

Il reste calme et rassure Catherine qui, en dépit de ses rencontres avec la psy du cégep, est en train de sombrer corps et âme. Biz, en pleine forme, parle avec enthousiasme de son nouveau roman. Et pour cause : chaque phrase, finement ciselée, a sa raison d’être. Il n’y a aucun temps mort et le suspense est maintenu jusqu’à la toute dernière phrase. «Quand j’écris un livre, je veux que ce soit l’fun à lire», dit-il, en entrevue.

La Côte-Nord

Il connaît très bien la Côte-Nord. «C’est un territoire que je connais bien parce que mon père vient de Sept-Îles et ma mère vient de Baie-Comeau. On est beaucoup allés quand j’étais petit ; à Noël, on allait chez mes grands-parents­­­ à Hauterive et au jour de l’An, à Sept-Îles.»

«Il y a pour moi des souvenirs très profonds qui sont ancrés dans ces lieux – la baie Saint-Pancrace, par exemple. La roulotte au lac Burn, c’est la roulotte de mon grand-père... La maison brûlée est celle de mon grand-père, qui a effectivement brûlé. J’ai intégré ces souvenirs familiaux, parce que ça me permettait d’être précis dans mes descriptions.»

Lien père-fille

L’écrivain avait l’histoire des Abysses en tête depuis un bout de temps. «Je voulais raconter une histoire père-fille, à cause de la relation que j’entretiens avec ma propre fille. J’ai imaginé jusqu’où pouvait aller l’amour d’un père.» Son livre est d’ailleurs dédié à sa fille de neuf ans.

Il intègre son histoire au cœur d’un fait divers qui prend vite des allures de cirque médiatique. «Je voulais savoir comment ça se passe, à l’heure des réseaux sociaux. Dans ce livre, on parle d’un crime horrible avec une preuve vidéo accablante.»

Le personnage de Catherine, une jeune orpheline de mère qui a des difficultés à s’intégrer, est très intéressant.

L’étudiante a surmonté des défis et se trouve sur une remontée lorsque le drame survient : ça va mieux au cégep et les choses se sont quelque peu replacées. «Elle se fait couper les deux ailes au moment de son envol. Évidemment, c’est un drame inhabituel, mais qui peut arriver.»

Les profondeurs

Dans son septième roman, Biz dresse un portrait social très intéressant en séparant l’histoire en trois sections.

Chacune d’elles correspond à une zone de profondeur océanique, ce qui lui permet de faire des correspondances, des métaphores et des liens symboliques très forts.

La zone abyssale, par exemple, lui fait penser à la prison, «un monde très noir où il y a beaucoup de pression pour les êtres humains».

Ces abysses peuvent aussi, comme il le fait remarquer, devenir les abysses intérieurs d’une personne.


► Biz est membre du groupe rap Loco Locass.

► Son travail d’auteur a été récompensé par le prix du Livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal et le prix Jeunesse des libraires du Québec en 2012 (La chute de Sparte) ainsi que par le prix France-Québec en 2015 (Mort-Terrain).

EXTRAIT

<b><i>Les Abysses</i></b><br>
Biz, Éditions Leméac, 144 pages environ
Photo courtoisie, Éditions Leméac
Les Abysses
Biz, Éditions Leméac, 144 pages environ

«Dans sa cellule de l’aile 2K de l’unité H du pénitencier­­­ à sécurité maximale de Port-Cartier, Michel­­­ Métivier dessine un calmar géant au fusain. Tête blanchie, cheveux rares en tonsure, beaux yeux gris paisibles derrière ses grandes lunettes, l’homme élabore l’ombre d’un tentacule d’un frottis méticuleux. Sur le papier, ses longs doigts osseux étendent le charbon en une caresse sensuelle. Au-dessus du bureau, le babillard tapissé de dessins de créatures marines témoigne d’une production assidue.»

— Biz, Les abysses, Éditions Leméac