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De la politique de basse-cour

Quand Justin Trudeau est obligé de porter un gilet pare-balles, c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume canadien.
Photo Reuters Quand Justin Trudeau est obligé de porter un gilet pare-balles, c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume canadien.

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La campagne électorale a pris des airs de basse-cour. Comme un coq déréglé, le chef conservateur Andrew Scheer tente de s’imposer par le bruit grinçant de ses attaques personnelles contre son adversaire libéral Justin Trudeau : « menteur compulsif », « hypocrite », « faux féministe », « faux écolo », etc. N’en jetez plus, la basse-cour est pleine.

Comme je le notais la semaine dernière, M. Scheer « trumpérise » sa rhétorique. C’est un très mauvais pli qu’il a pris avec l’affaire SNC-Lavalin et dont il refuse de se défaire. Cela dit, prudence. Il est impossible de tracer un lien direct de causalité entre l’agressivité verbale ciblée de M. Scheer et les menaces à la sécurité du premier ministre sortant l’obligeant samedi à porter un gilet pare-balles lors d’un rassemblement partisan. Du jamais-vu.

Par effet de contagion, le ton belliqueux du chef conservateur empoisonne néanmoins le climat de la campagne. Alors que des groupes d’extrême droite haïssent Justin Trudeau pour vrai, les insultes répétées de M. Scheer libèrent un torrent de boue qui, sur les médias sociaux, se déverse d’autant plus aisément sur le chef libéral.

Haine

Nous ne sommes plus au temps paisible des bonnes vieilles lettres envoyées aux journaux par des citoyens s’exprimant poliment sur un enjeu. De nos jours, l’immédiateté des réseaux sociaux et la pensée en silos qu’ils favorisent peuvent semer la haine et la violence à la vitesse de l’éclair. S’il y a une leçon à tirer de la campagne, c’est bien celle-là.

Quand un chef de parti est obligé de porter un gilet pare-balles, c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume canadien. Nul besoin d’attendre de voir des partisans se taper dessus comme ils le font dans la galaxie Trump pour prendre la pleine mesure de la même pente glissante dont nous ne sommes aucunement protégés.

La hargne en politique a aussi quelque chose de révélateur. Elle est l’arme habituelle de ceux qui s’avèrent incapables de gagner par la seule force de leurs idées ou la qualité de leur leadership.

Révélateur

Un des pires exemples ces dernières années d’une hargne troublante travestie en arme politique était l’attaque pernicieuse de Jean-François Lisée contre Alexandre Cloutier, son adversaire de la course à la chefferie du PQ en 2016. Associé faussement par M. Lisée à l’imam controversé Adil Charkaoui, M. Cloutier s’est vu inondé d’attaques violentes sur les médias sociaux. M. Lisée, lui, raflait des appuis dans les coins plus sombres de la base péquiste, soupçonneux de voir en Alexandre Cloutier un « mou » sur le front « identitaire ».

La politique partisane n’est certes pas un jardin de roses. L’extrême rapidité avec laquelle les réseaux sociaux s’enflamment est cependant un problème réel. D’où la nécessité pour les politiciens d’éviter les attaques purement personnelles ou les amalgames vicieux.

Sinon, les conséquences toxiques sur le climat social et politique ne vont que s’aggraver au cours des prochaines années. Les petits coqs frustrés seraient sages de changer de ton ou de carrière.