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Et résonnent les casseroles

Et comme le mot l’indique, une action dérange. C’est l’objectif visé. Comme les manifestations, les actions d’éclat dérangent et c’est justement pour cela qu’elles sont utilisées. Était-ce la bonne action au bon moment? Là, je pense qu’il y a matière à débat.

Et résonnent les casseroles
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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L’occupation du Pont Jacques-Cartier fait encore jaser cette semaine. Certes, le passage de trois des protagonistes à Tout le monde en parle n’y est pas étranger. Mais c’est surtout le malaise créé sur le plateau lorsqu’une dame s’est permis une question en pleine entrevue de Guy A. Lepage. Que l’on comprenne bien ici, ce n’est pas mon malaise, je suis plutôt favorable à la liberté d’expression, c’est surtout le côté inusité que je qualifie. Cela dit, la dame semble avoir dit tout haut ce que plusieurs disaient dans leur chaumière ou leur voiture le 8 octobre dernier.  

Je comprends la colère citoyenne ici, il est fâchant d’être en retard ou de rater des rendez-vous. Cependant, l’action n’a rien de nouveau, elle fut effectuée de nombreuses fois par le passé. Et comme le mot l’indique, une action dérange. C’est l’objectif visé. Comme les manifestations, les actions d’éclat dérangent et c’est justement pour cela qu’elles sont utilisées. Était-ce la bonne action au bon moment? Là, je pense qu’il y a matière à débat.

Escalade des moyens de pression

Dans toute mobilisation, il y a une pluralité de groupes et d’actions proposées. Chacun y va de ses convictions et de son analyse pour démontrer l’urgence d’agir et faire bouger le politique. Souvent, cela commence par des pétitions et des petites actions pour sensibiliser la population. Par la suite, des manifestations sont envisagées et une interpellation directe des femmes et hommes politiques est effectuée. Dans tous les cas, il est préférable de conserver l’appui populaire pour arriver à faire bouger le politique rapidement. Tout député, qui se respecte, veut se faire réélire, la pression populaire est donc un bon moyen de s’assurer d’avoir une oreille attentive et des actions rapides.  

J’imagine que vous avez déjà saisi mon point ici : Extinction rébellion a fait changer d’opinion une partie de la population sur l’urgence climatique juste parce qu’ils ont subi leurs actions directement. S’ils s’étaient montrés favorables à la manifestation pacifique du 27 septembre parce qu’ils avaient pu prévoir à ce moment-là leurs déplacements, le 8 octobre dernier ils ont été pris de court et n’ont pas apprécié. 

Ce changement d’attitude est justement un risque pour les groupes qui veulent des actions rapides, le gouvernement Legault a maintenant un levier avec le mécontentement de la population envers certains groupes écologistes. 

Les autres problèmes

Le mécontentement de la population n’est pas le seul problème dans ce dossier. Il manque une cible précise, une demande claire au gouvernement sur les actions à poser et surtout il manque des interlocuteurs et pas juste du côté des militants, mais du côté du gouvernement fédéral.

Quand un premier ministre manifeste, pensant qu’il s’agit là d’un défilé plutôt qu’une manifestation, ça laisse une grande place vacante du côté du gouvernement et de son obligation d’action. C’est une preuve supplémentaire que les libéraux fédéraux n’ont pas compris leur rôle au gouvernement et qu’ils ne saisissent pas leurs devoirs et responsabilités sur les objectifs climatiques. 

J'ai plus compris la réponse du gouvernement Legault qui a choisi de ne pas se présenter à cette manifestation. Le gouvernement responsable était au Québec. Cela ne signifie pas que les actions du gouvernement caquiste sont adéquates, mais au moins il y a quelqu’un à la table de discussion.

Du côté des manifestants, c’est moins clair. On cherche à faire passer cette mobilisation par l’effort de la base, mais ce n’est pas tous les citoyens qui peuvent se retrouver à la table de discussion. Il faut que quelqu’un prenne le crachoir, car visiblement Extinction rébellion ne peut pas le reprendre pour tous ceux qui ont manifesté en septembre. Il faut des personnes et des groupes plus rassembleurs. Il faut aussi une date limite pour que les gouvernements posent des actions et proposent des politiques dans le cadre de leurs mandats, pas seulement se coller aux cibles internationales. Autrement, les groupes sont condamnés à se mobiliser aux élections dans l’espoir de faire changer les choses. C’est long une mobilisation pendant 3 ou 4 ans. 

Retour des casseroles

En attendant des cibles et des interlocuteurs, les citoyens sont invités à faire résonner à nouveau leurs casseroles pour poursuivre la sensibilisation à l’urgence climatique. Un clin d’œil à 2012, mais surtout une action qui a le mérite d’inclure toute la famille. Mais est-ce assez pour que les gouvernements tendent l’oreille?