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À l'école de Gustave

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«Mon cher neveu, l’an prochain tu commenceras la maternelle. Tu sais quoi, mon beau Gustave? Je souhaite...» – Madeleine Pilote-Côté  

Je suis souvent heurtée par toute personne qui, intervenant dans les médias de par son métier, révise doctement l’histoire au gré de ses ambitions. Une histoire qu’elle ignore ou ne veut pas connaître car dérangeant ses certitudes. Et c’est ce que fait avec angélisme Mme Madeleine Pilote-Côté dans un texte d’opinion publié dans Le Journal.  

Dans un élan d’amour envers son neveu, amour dont personne ne doute, elle souhaite à Gustave de vivre la diversité que la méchante loi 21 interdit, tout en comparant un symbole patriarcal et politico-religieux à un handicap ou à l’homosexualité.   

L’homosexuel ne fait pas de son homosexualité un choix. On est homosexuel ou on ne l’est pas.   

Une énumération erronée s’ensuit, dont la confusion, voulue ou sincère, nous surprend.   

Je travaille dans un établissement scolaire où la diversité dont vous parlez existe déjà. Je peux aussi affirmer que cela n’est pas particulier à mon école.  

Mais là où vous vous fourvoyez, c’est lorsque vous placez le bout de tissu, comme vous le qualifiez, au même niveau que l’autisme, l’homosexualité ou les handicaps physiques, qu’ils soient de naissance ou conséquence d’un tragique accident.   

C’est à partir d’une assertion aussi dangereuse qu’indélicate que je me pose la question à propos du but de votre écrit. Est-il un souhait sincère ou un éloge du relativisme culturel?  

J’évolue dans le milieu que le petit Gustave intégrera bientôt. Il côtoiera des autistes qui ne peuvent se défaire de leur autisme comme on peut se défaire de ce bout de tissu pas aussi neutre que vous l’affirmez.  

Gustave côtoiera des enfants avec un handicap physique qui les empêche de grimper dans les modules comme les autres enfants, car il leur est impossible de se défaire de leur handicap le temps d’une récréation.   

Gustave côtoiera des enfants souffrant de problèmes auditifs, de problèmes d’élocution et de communication qui les privent d’une aisance perceptible chez les autres enfants.  

Gustave côtoiera des diabétiques dont il faut surveiller le taux de glycémie. Il s’instruira malgré lui sur cette maladie quand il verra un ami de son âge se piquer régulièrement pour vérifier son taux de glycémie. Et même si cet ami refuse sa maladie, il doit s’en accommoder, il n’a pas d’autre choix.     

Gustave apprendra ce qu’est l’épilepsie au contact d’un ami en pleine crise alors que son enseignante dispense un cours et qu’elle doit l’interrompre pour se démultiplier en s’occupant du plus urgent tout en rassurant le groupe.   

Gustave côtoiera toutes ces diverses problématiques qui font l’école de la vie.   

Gustave apprendra aussi que le bout de tissu est un choix personnel et qu’il peut être retiré. Il apprendra cela en côtoyant des filles qui le retirent plusieurs fois dans la journée pour arranger leur chevelure ou pour replacer ce voile qui semble leur être imposé. Un prétexte bien subtil pour montrer qu’elles aussi ont de beaux cheveux.  

Gustave apprendra, tout comme Safia, qu’au service de garde de son école, une éducatrice qui porte le voile incite régulièrement les petites filles à le porter et qu’au bout de l’année, elle est arrivée à en voiler quelques-unes. Car cette diversité de comportement existe dans les écoles et les parents évitent de s’en plaindre, car ils craignent la stigmatisation de leur enfant.   

Je souhaite à Gustave d’évoluer dans une école où le savoir et la liberté de conscience de tous les enfants se côtoieront. Une école qui accueillera toute la diversité de la planète, une école où il n’y aura ni juif, ni chrétien, ni musulman ou hindou. Une école qui accueillera les enfants dans toute leur splendide candeur.     

Leila Lesbet, technicienne en éducation spécialisée