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La grande séduction

Le chef libéral Justin Trudeau a chassé sur les terres du NPD, hier.
Photo Guillaume St-Pierre Le chef libéral Justin Trudeau a chassé sur les terres du NPD, hier.

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SAINT-HYACINTHE | La députée du NPD de Saint-Hyacinthe Brigitte Sansoucy a l’habitude de voir de grosses pointures adverses débarquer dans son patelin. Hier, le chef libéral lui-même y a fait un arrêt.

« Depuis un an, les ministres libéraux se succèdent pour venir faire des annonces », lâche-t-elle en entrevue dans son local de campagne.

Ce n’est pas un hasard si Justin Trudeau s’est arrêté une quinzaine de minutes dans un café de la rue principale de Saint-Hyacinthe. Le chef libéral a passé la journée à chasser sur les terres néo-démocrates de Belœil, en passant par Drummondville et Sherbrooke.

Des terres que les libéraux estimaient très fertiles en début de campagne.

C’était avant que le NPD reprenne du poil de la bête et que le Bloc québécois renaisse de ses cendres.

La progression libérale dans le Québec francophone en région s’avère beaucoup plus compliquée que prévu, mettant en péril un second gouvernement majoritaire.

Sentant le tapis lui glisser sous les pieds, Justin Trudeau y est allé d’un plaidoyer nationaliste, hier, sur les ondes de LCN.

« Le Bloc n’a pas le monopole sur la fierté québécoise », a-t-il déclaré en entrevue avec l’animateur Pierre Bruneau.

Le chef conservateur Andrew Scheer a brandi la menace d’une coalition libéral-NPD.
Photo REUTERS
Le chef conservateur Andrew Scheer a brandi la menace d’une coalition libéral-NPD.

Vote stratégique ?

Quelques heures avant le passage de Justin Trudeau dans le café Van Houtte de Saint-Hyacinthe, Jacqueline Debelle et sa fille Annette Herbeuval jasent politique en sirotant un café.

On peut présumer qu’une version de leur conversation a souvent été entendue dans les chaumières québécoises dans les derniers jours.

L’une compte voter « stratégique », l’autre, selon « ses convictions ».

Jacqueline a longtemps appuyé le Parti québécois et le Bloc. Cette fois, son vote ira à Justin Trudeau, le seul capable de barrer la route au conservateur Andrew Scheer, à son avis.

« Trudeau, il n’est pas parfait, mais ses politiques sont modernes », affirme la retraitée.

« On se dirige vers un gouvernement minoritaire, vaut mieux avoir plus de bloquistes », croit plutôt sa fille Annette.

Et le NPD dans tout ça ?

Ça tombe bien, leur amie Suzanne se joint au groupe. Cette dernière a de nouveau accordé sa confiance à la députée néo-démocrate sortante Brigitte Sansoucy, ce week-end, en votant par anticipation.

« Dans mon cas, je vote pour la candidate. Elle est authentique et très impliquée dans la communauté », explique-t-elle.

Le Québec au cœur de la campagne

Le Québec a été au cœur de la campagne fédérale. À tel point que le premier ministre Legault a pris le temps de s’en réjouir, hier.

En mode séduction, les chefs des quatre principaux partis fédéraux ont tous commencé leur journée dans la grande région de Montréal.

À Hudson, le chef du NPD Jagmeet Singh a évoqué la mémoire du sympathique Jack Layton, dans la ville qui l’a vu grandir.

Il a encore appelé les progressistes québécois à se ranger derrière lui.

Ceux-là mêmes que Justin Trudeau veut séduire.

« On pourrait se réveiller mardi prochain avec un gouvernement mené par Andrew Scheer, a-t-il lancé. Et la seule façon d’éviter que ça arrive, c’est de voter pour le Parti libéral. »

Difficile de ne pas voir dans cette admission un aveu de faiblesse.

Pendant ce temps, les chefs conservateur et bloquiste ont continué de se crêper le chignon.

Avec la verve qu’on lui connaît (qu’on a appris à connaître ?), Yves-François Blanchet s’est moqué du plaidoyer pro-Québec d’Andrew Scheer.

« Si t’es en amour avec quelqu’un, t’attends pas de te faire sacrer à la porte pour le dire », a-t-il badiné.

Il y a fort à parier que tout ce beau monde devra apprendre à collaborer dans une semaine, au sein d’un Parlement plus éclaté que jamais.

Saint-Hyacinthe

Dans des circonscriptions hors des grands centres comme Saint-Hyacinthe-Bagot, le vieux fond bloquiste remonte à la surface. La formation indépendantiste y a régné en maître de 1993 à 2011, année de la vague orange, comme dans de nombreuses régions du Québec.

Selon les sondages, le Bloc mène par quelques points devant le libéral René Vincelette.

Le candidat du Bloc, Simon-Pierre Savard-Tremblay, attribue la performance de son parti au « facteur Blanchet ». « Notre chef a été une révélation pour les indécis », croit-il.

Il y a quelques semaines à peine, René Vincelette semblait en bonne voie de l’emporter.

La résurgence du Bloc, et dans une moindre mesure du NPD, complique les choses pour le libéral. Il admet que sur le terrain, les brèches ouvertes dans la gestion de l’offre dans le cadre de traités internationaux l’embêtent.

« Ceux qui disent qu’on a mal négocié, ça fait un peu gérant d’estrade », se défend-il.

Toujours selon les intentions de vote, le NPD traîne de la patte dans cette circonscription convoitée.

Toute pimpante, la néo-démocrate Brigitte Sansoucy ne manque pas d’optimisme. Elle compte bien se faufiler entre les bloquistes et les libéraux au fil d’arrivée. « Oui, je vais gagner », assure-t-elle, l’œil scintillant.

Elle fait bien de garder le moral. Ce ne serait pas la première fois que les sondages se plantent royalement.