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Nation sans pays

Nation sans pays
Photo AFP

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L’Espagne condamne les leaders indépendantistes catalans à de lourdes peines de prison en dépit qu’ils aient été élus démocratiquement et qu’ils aient mené une démarche pacifique vers l’indépendance de la Catalogne. Le silence des chefs politiques canadiens susceptibles de former le gouvernement et les reproches du PLQ à l’égard du premier ministre Legault, qui déplorait ces condamnations, révèlent un grand manque d’humanisme et encore plus leur rejet du droit à l’autodétermination pour la nation québécoise.

On retient de l’aventure catalane que le pourtour des pays ne s’est pas dessiné à la lumière des nations qui y vivaient. Plus souvent, les frontières sont la résultante de rapport de force et de conflits armés. Il faut chercher dans l’histoire des relations internationales, dans les traités d’après-guerre et les méandres du colonialisme les raisons de la carte du monde actuelle. Qu’on le veuille ou non, l’ordre économique mondial et les superpuissances pèsent lourds dans cette configuration et tolèrent mal l’instabilité qui pourrait susciter la convoitise de plus d’autonomie.

Si l’éclatement de la Tchécoslovaquie s’est fait sans heurt, il en fut tout autrement pour la Yougoslavie avec des massacres qui ne reflétaient pas le niveau de civilisation atteint en Europe. Les Croates auront mis plus de mille ans à se soustraire de toutes dominations étrangères. La guerre larvée se poursuit dans l’est de l’Ukraine où les Russes tentent d’arracher un autre bout de territoire après avoir annexé unilatéralement la Crimée. Les indépendantistes écossais ont perdu leur référendum sans être inquiétés, mais il y a fort à parier qu’en se rapprochant d’un gain, les contraintes de la vieille Angleterre seront plus grandes comme l’a été le Canada avec le Québec après le référendum de 1995. 

Le continent africain a été dessiné et partagé par les empires coloniaux sans plus de considération pour les nations ou les ethnies qui s’y trouvaient. Les Européens ont pris bien soin de configurer les frontières pour entretenir quelques guerres tribales et assurer le front le plus désuni possible pendant qu’ils spoliaient les richesses de ces pays. Du côté asiatique, la guerre d’Indochine et de Corée rappelle encore ces appétits d’empires coloniaux. Au Moyen-Orient, l'émiettement des populations kurdes dans quatre pays constitue une autre illustration de ce partage du monde sans plus de souci pour la nation.

On comprendra donc que l’appel à la nation québécoise d’Andrew Scheer, resté muet sur la Catalogne, me laisse de glace, car il fait plus dans la flagornerie que dans la véritable reconnaissance des attributs d’une nation qui a droit à la maîtrise de son destin. Quant à Justin Trudeau qui invite les Québécois à voter libéral en évoquant les valeurs partagées entre nous et sa formation, c’est presque risible quand on connaît le parti pris du premier ministre pour le multiculturalisme et son aversion pour la loi québécoise sur la laïcité. 

À ce stade-ci de notre histoire, notre affirmation nationale trouve plus écho dans le Bloc québécois que dans tous les autres partis fédéraux qui se rebutent à envoyer un signal d’ouverture aux nations qui voudraient s’affranchir du pays imposé. Le Bloc avait démarré la campagne avec l’espoir de faire élire une vingtaine de députés, les derniers sondages laissent cependant croire qu’ils seront dans la quarantaine. Les Québécois prendraient donc le moyen le plus sûr pour protéger leurs valeurs!