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Carnet de campagne: les conservateurs (2/4)

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Au cours des prochains jours, je révise mes notes de campagne afin d’évaluer la campagne électorale de chacun des partis politiques canadiens.   

Lorsqu’Andrew Scheer est élu chef du Parti conservateur en mai 2017, on le décrivait comme un chef de transition destiné à perdre l’élection de 2019 aux mains de Justin Trudeau, encore en lune de miel avec les Canadiens.  

Au début de la campagne, même si l’amour entre Trudeau et le Canada s’effritait, peu de gens prédisaient une victoire des conservateurs le 21 octobre prochain. La plupart des Canadiens se questionnaient à savoir qui était vraiment le chef conservateur. Un Harper avec le sourire, un Harper 2.0 ou un monsieur Tout-le-Monde?  

Bref, les Canadiens se demandaient: Andrew «Who?».  

Les choses changent vite en politique, très vite. À quatre jours du scrutin, la possibilité qu’Andrew Scheer soit élu premier ministre est bien réelle. Et pourtant, si on vous demandait pourquoi les conservateurs sont si proches de la victoire, vous, tout comme moi, hausseriez probablement les épaules.  

À l’instar des libéraux, les conservateurs ont connu une campagne périlleuse, parsemée d’embûches qu’ils n’ont pas réussi à surmonter. En revanche, ils ont su être à la hauteur de leur effigie en menant une campagne disciplinée et bien ciblée.  

Les stratèges conservateurs ont d’abord réussi à bien identifier leur seul chemin possible vers la victoire: fédérer les familles, les banlieues et les mécontents sous la bannière conservatrice.  

Dès les premiers jours de la campagne, les engagements pour soutenir les familles de banlieue ont défilé: crédit d’impôt pour les activités physiques et culturelles, contribution augmentée du gouvernement dans le régime enregistré épargne-étude (REEE), suppression de l’impôt fédéral lors des congés de maternité, mesures pour l’accès au logement, etc.  

Leur campagne s’est déroulée hors des grands centres urbains canadiens dans lesquels ils n’ont pratiquement aucune chance de faire élire des candidats, ce qui est politiquement efficace.  

Les irritants  

Cela dit, les conservateurs auraient pu faire mieux. Ils n’ont pas su faire oublier les irritants que bien des électeurs modérés et centristes éprouvaient face à leur parti.  

Les contorsions que Scheer a dû faire pour défendre sa position sur l’avortement ont aussi inquiété bien des électeurs, en particulier les femmes, un électorat traditionnellement plus hostile aux conservateurs. La question aurait dû être réglée depuis longtemps. Ce fut pénible de regarder le chef conservateur essayer de se défendre sur cette question lors du débat TVA.  

Cela dit, le fait qu’un chef de parti aux portes du pouvoir se positionne contre le droit des femmes à disposer de leur propre corps comporte son lot d’inquiétudes et d’obscurantisme. Quoiqu’en disent les conservateurs religieux ou moraux, l’avortement est un droit acquis qui ne devrait plus être débattu. Point final.  

Alors, quand un politicien se dit personnellement contre l’avortement, le réflexe normal d’une partie de la population – dont des modérés fiscalement conservateurs (les Red Tories), hésitant entre le PLC et le PC – est de se dire: voilà un politicien d’une autre époque. Même si Andrew Scheer n’a que 40 ans.  

C’est le même son de cloche sur l’environnement. En ne participant pas à la marche pour le climat, et en se promenant en F-150 en compagnie de Jason Kenney le lendemain, Scheer a dû en effrayer plusieurs – dont des progressistes-conservateurs - qui auraient été tentés de voter pour les Bleus, tout en étant inquiets des conséquences des changements climatiques.  

Malgré tout, les Canadiens sont encore indécis à quelques jours du vote: près d’un électeur sur quatre n’a pas encore fait son choix. Une majorité d’entre eux se décideront probablement dans l’isoloir.  

À ce moment-là, la tête dans l’urne, ces indécis ne verront pas le nom de leur candidat de circonscription, mais uniquement les visages de Justin Trudeau et d’Andrew Scheer. Voilà la véritable question de l’urne.