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Martin Petit, humour incendiaire?

Martin Petit à la première de son quatrième spectacle solo : Pyroman.
Photo Agence QMI, Steve Madden Martin Petit à la première de son quatrième spectacle solo : Pyroman.

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Docteur, suis-je normale ?

Mardi, à la première du spectacle Pyroman de Martin Petit, les blagues qui m’ont fait le plus rire sont celles sur les femmes portant la burqa, les Latinos et les personnes handicapées.

Suis-je raciste ? Suis-je xénophobe ? Misère, suis-je capacitiste (forme de discrimination envers les personnes vivant un handicap) ?

Ou est-ce que, tout simplement, je suis quelqu’un qui aime rire de tout et de tout le monde ?

FAIRE FEU DE TOUT BOIS

Quand j’ai su que Martin Petit préparait un spectacle « politiquement incorrect », j’avais hâte. Je me suis dit : « Il va être irrévérencieux, radical, dérangeant, ça va brasser, attachez votre tuque avec de la broche ». Au final, Martin Petit a été plutôt timide. Selon moi, il aurait pu aller encore plus loin dans l’humour « bête et méchant ».

Pourtant, même ses blagues sur différentes minorités (homosexuels, athlètes paralympiques, immigrants, personnes portant des signes religieux ostentatoires) se sont avérées « trop fort de café » pour certains.

Des critiques ont assimilé ses blagues (que je trouvais plutôt inoffensives) à des propos racistes, dignes d’un mononcle­­­.

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Autrement dit, alors que je trouve que Martin Petit n’est pas allé assez loin, il y en a qui trouvent qu’il est allé trop loin.

J’ai trouvé Martin Petit courageux et audacieux d’avoir fait plusieurs blagues sur la burqa, sur le ramadan, et sur des soldats qui auraient profané le Coran. Mais dans la salle, ce soir de première, je sentais qu’une partie du public retenait son souffle... alors que les blagues sur les curés pédophiles passaient comme du beurre dans la poêle.

Dans un moment très drôle du spectacle, Martin Petit imagine à quoi ressembleraient les cours d’éducation sexuelle s’ils étaient donnés par des Latinos qui parleraient avec « mucho pasion » du « clitorissss ».

Ben oui, Martin Petit associe les Latinos à des latin lovers. Ben oui, c’est un gros cliché. Mais c’est drôle en s’il vous plaît. Et je ne pense pas qu’un seul Sud-Américain qui a assisté au spectacle de Martin Petit se soit senti offensé.

À en croire certains critiques, plutôt frileux, la seule cible acceptable pour les humoristes en 2019, c’est un homme blanc de 50 ans hétéro. Ça tombe bien, Martin Petit est un homme blanc de 50 ans hétéro. Alors quand il rit de lui-même et de ses travers de pépère un peu dépassé, quand il fait de l’autodérision, se moque des limites physiques d’un homme de 50 ans, Martin Petit mérite une étoile dans son cahier.

Désolée, mais moi, mon genre d’humour est plus « inclusif », pour utiliser un mot à la mode.

Quand on rit d’une société, on rit de TOUS les groupes qui forment cette société. Ça signifie qu’on rit des musulmans autant que des chrétiens ou des athées, des rabbins autant que des imams et des curés, des Noirs autant que des Blancs et des Asiatiques, des handicapés autant que des bien-portants, des femmes épaisses autant que des hommes niaiseux.

AU COIN DU FEU

Oui, j’aurais préféré que Martin Petit soit plus « incendiaire », mais à tout prendre, j’aime mieux son humour enflammé que celui des humoristes pompiers, qui éteignent des feux parce qu’ils ont peur de déplaire.