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Quand les dictatures gouvernent l’ONU

ONU Nations unies
Photo d'archives, AFP

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Le Venezuela vient d’être réélu au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Ainsi en ont décidé par bulletin secret les pays membres de l’Assemblée générale de l’ONU. Le Venezuela a remporté la victoire dans son bloc géographique par 105 voix contre 95 pour le Costa Rica.  

À sa face même, ce résultat démontre le profond disfonctionnement de l’ONU. Il montre aussi combien le rêve de quelques-uns de transformer l’ONU en gouvernement mondial pourrait facilement devenir un cauchemar.    

Candidature tardive  

Certes, la candidature du Costa Rica est arrivée tardivement. Mais aucun observateur objectif de la scène internationale ne peut contester que le bilan du Costa Rica en matière de droits de la personne est infiniment plus brillant que celui du Venezuela.    

La victoire du Venezuela montre aussi combien l’influence des États-Unis est faible au sein de l’organisation. Car le gouvernement américain a mené une campagne active contre le Venezuela. Mais cela n’a pas suffit.    

Une majorité de pays dans le monde viole les droits les plus fondamentaux des personnes. Ce sont ces pays qui contrôlent l’Assemblée générale des Nations-Unis dont les membres élisent les pays qui vont siéger sur différents conseils, dont celui des droits de l'Homme.    

Contre l’esprit de la Charte  

On peut toujours ergoter sur le respect plus ou moins accompli des droits de la personne dans les démocraties. Il n’en demeure pas moins que ces droits rencontrent un seuil minimum dans tous ces pays. De même, ce sont les démocraties qui ont été les principaux artisans de l’ONU.     

À l’évidence, la composition du Conseil de l'Homme viole l’esprit de la Charte des Nations-Unis.     

Les intérêts des dictatures  

Les États-Unis ne sont pas innocents dans ce jeu des élections pour les postes au Conseil des droits de l'Homme. Dans le passé, sauf erreur, ils ne se sont pas opposés à la candidature de l’Arabie saoudite.     

Les élections pour siéger au Conseil des droits de l'Homme apparaissent donc dans leur vérité crue : elles ne sont que le reflet des intérêts des différents pays de l’ONU.     

À chaque élection, le Conseil perd un peu plus du peu de légitimité qui lui restait dans les pays démocratiques.     

Le Conseil se transforme en instrument d’oppression  

Les élections par bloc géographique des pays qui siègent sur le Conseil des droits de l’Homme empêchent une dérive trop marquée de celui-ci. Mais tôt ou tard, à mesure que les pays dictatoriaux comme la Chine deviendront encore plus puissants, il est condamné à devenir instrument de justification des comportements les plus immondes des dictatures.     

Il ne faudra pas s’étonner de voir le Conseils des droits de l’Homme mener de plus en plus d’enquêtes sur de supposées violations des droits de la personne dans les démocraties et garder le silence sur les violations évidentes de ces droits dans des dictatures puissantes.     

Les résultats de ses enquêtes serviront à persuader les populations qui vivent dans des régimes dictatoriaux qu’au fond, leur situation n’est pas si pénible. C’est d’ailleurs ce que Nicolas Maduro a déjà commencé à faire au Venezuela, grâce aux résultats de la dernière élection au Conseil.    

Ainsi, le Conseil des droits de l’Homme, qui devait servir à propager la démocratie, finit-il par se retourner complètement contre les démocraties et est utilisé pour renforcer les dictatures. Quelle ironie.