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Thompson sobre et heureux

Nate Thompson parle ouvertement de ses démons du passé

Pratique du Canadiens de Montr�al
Photo Ben Pelosse Nate Thompson s’estime une meilleure personne depuis qu’il a cessé de consommer de l’alcool.

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Le 10 octobre dernier, Nate Thompson publiait un message sur Twitter. Trois ans de sobriété. La veille, Thompson jouait son 700e match dans la LNH lors d’un revers de 5 à 4 du Canadien en prolongation contre les Sabres à Buffalo.

« C’est ma plus grande réalisation. Je n’atteins jamais le plateau des 700 matchs dans la LNH si je ne deviens pas sobre. J’aime le hockey, c’est une passion. Mais mon choix de devenir sobre a changé ma vie. Il y a trois ans, je ne savais même pas si j’étais pour rejouer dans la LNH. Je n’avais jamais eu comme objectif d’atteindre ce plateau.»

Il y a maintenant une date qu’il n’oubliera jamais.

« La date du 10 octobre est plus importante que celle de ma naissance (5 octobre 1984), a poursuivi l’Américain. J’y accorde une grande importance. C’était une question de vie ou de mort. Je devais absolument changer mes comportements et vaincre ce démon. »

Thompson sourit quand on lui demande s’il se rappelle la date de son premier match dans la LNH.

« Non, je ne m’en rappelle pas, réplique-t-il. C’était au mois d’octobre en 2006. Je jouais pour les Bruins de Boston. Mais je ne parviens pas à te sortir la date précise. »

C’était le 21 octobre 2006. Les Bruins recevaient les Sabres de Buffalo. Thompson avait fait trois petites présences sur la glace pour un temps de jeu de 2 minutes. Le début d’une longue aventure parsemée d’embûches.

Un appel à l’aide

En 2006, Thompson a 22 ans quand il fait ses débuts dans la LNH. Choix de 6e tour des Bruins au repêchage de 2003, il trempe ses pieds pour une première fois à Boston trois ans plus tard.

De 2006 à 2016, le centre originaire de l’Alaska se promène d’une ville à l’autre. De Providence à Long Island à Tampa Bay à Anaheim et à San Diego. Il joue principalement dans la LNH, mais fait également quelques escales dans la Ligue américaine. C’est le lot de plusieurs joueurs. Son récit n’a rien de particulier.

Thompson cachait toutefois un démon, une dépendance à l’alcool. Le 10 octobre 2016, alors qu’il se rétablit d’une blessure à un tendon d’Achille et qu’il se retrouve à Anaheim, il choisit de briser le silence. Il replace sa vie sur les rails.

« J’ai frappé le fond du baril en passant cinq jours sur le party. J’étais à un point où je ne voulais pas mourir, mais je ne voulais plus vivre. J’avais besoin de changer ma vie. C’était la plus grande décision de ma vie. J’ai choisi de recevoir de l’aide pour devenir sobre. »

« Je crois que je n’étais tout simplement pas bien dans ma peau, a-t-il continué. Quand j’étais plus jeune, je m’amusais à faire la fête. Tu es jeune, tu as de l’argent, tu joues dans la LNH, ça peut devenir facile de déraper. Avec les années, c’est devenu un problème sans que je le réalise. Je me faisais mal et je faisais mal à mes proches. »

L’écoute d’anciens coéquipiers

Ce combat, Thompson ne l’a pas mené seul. Il a des trémolos dans la voix quand il parle de celle qui l’a guidé dès le premier jour dans cette quête vers la sobriété.

« Sydney, ma femme aujourd’hui, est tout simplement géniale. Elle était avec moi avant que je devienne sobre et elle est encore à mes côtés. Je dis souvent qu’elle est mon pilier. Elle pouvait aussi comprendre ce problème sans me juger. Mon beau-père est aussi sobre depuis plusieurs années. Elle m’a toujours encouragé. Je ne peux que la remercier. Elle est ma super-héros de femme. »

Il y a aussi Bob Murray, le directeur général des Ducks d’Anaheim, et d’anciens et actuels joueurs de la LNH.

« Bob m’a aidé. Il me demandait toujours comment je me portais. Il a toujours agi avec classe. Il s’assurait que j’allais bien, je n’ai que de bons mots à dire à son sujet.

« J’ai aussi reçu l’aide d’anciens joueurs qui avaient traversé les mêmes problèmes. Je peux penser à Brian McGrattan, Rich Clune et Sheldon Souray.

Ils étaient surtout une voix pour moi. Ils m’ont texté, ils m’ont téléphoné, ils m’ont encouragé. Le plus important, c’est qu’ils voulaient que je réalise que je n’étais pas seul dans mon coin. Tu ne veux pas rester dans le noir. Tu as aussi besoin de parler. Ils m’ont écouté. Et je me sentais mieux. Je les remercie. »

Partager son récit

Aujourd’hui, Thompson a l’intention de redonner.

« J’en suis rendu à une étape où je veux partager mes problèmes du passé. Si je peux aider une seule personne en parlant, je me dis que c’est une belle victoire. »

« Quand je sors avec les gars, ils savent que je vais boire de l’eau pétillante. C’est une bataille constante. Je garde la mentalité d’un jour à la fois. Ça fait maintenant trois ans et j’en suis fier. Je sais que je suis une meilleure personne aujourd’hui, ça ne sert à rien de retourner dans le passé. Je vois une meilleure version de Nate Thompson maintenant ! »

«Nate a raison d’être fier»-Claude Julien

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Photo Martin Chevalier

ST. LOUIS | Nate Thompson a la réputation du bon coéquipier. Dans le vestiaire du Canadien, il sert de grand frère pour les plus jeunes joueurs de l’équipe.

« J’ai appris avec les années que je pouvais être rassembleur avec mes coéquipiers sans être celui qui fait la fête, a dit Thompson. Je suis plus mature. Si un coéquipier a un problème sur la glace ou à l’extérieur, je l’écouterai sans le juger et je lui donnerai quelques conseils. »

Un homme respecté

Après une mêlée de presse quotidienne à Brossard, Claude Julien a parlé de Thompson en entrevue au Journal. On ressentait un immense respect pour son vétéran.

« Nate a raison d’être fier, a mentionné l’entraîneur en chef du CH. Ce n’est pas facile de chasser une dépendance. Il est maintenant sobre depuis un bon moment. Je suis heureux aussi de constater qu’il a la force d’en parler. Ça fait réaliser aux gens que les athlètes et les personnalités publiques peuvent avoir les mêmes démons. Je crois que Nate aide beaucoup plus de personnes que ça peut lui nuire en sortant publiquement avec ses problèmes du passé. »

« Nous voyons Nate comme un grand meneur au sein de notre équipe, a-t-il enchaîné. Il a toujours les bonnes intentions. Comme entraîneur, tu aimes t’entourer de joueurs comme lui. Il a toutes les qualités au monde. Il avait un démon et il lui a fait face et il continue à lui faire face. J’ai beaucoup de respect pour lui. »