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90 jours de prison pour un agresseur au couteau

La victime est déçue du système de justice devant une peine aussi clémente

Agresseur couteau
Photo Antoine Lacroix Le Montréalais Ali El Harda est très déçu envers le système de justice depuis que l’homme qui lui a perforé les poumons à la sortie d’un bar n’a écopé que de 90 jours de prison. En mortaise, on peut le voir pendant ses trois semaines d’hospitalisation. 

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Un Montréalais qui a eu les poumons perforés lors d’une agression au couteau à la sortie d’un bar il y a deux ans est déçu de voir son agresseur s’en sortir avec une peine de 90 jours de prison.

« Ça envoie quoi comme message à la société ? Qu’on peut faire quelque chose d’aussi grave et ne pas avoir une grosse conséquence, déplore Ali El Harda. Moi, je vais vivre avec les conséquences de son geste toute ma vie. Lui, il s’en sort facilement. »

La vie du jeune homme de 30 ans a basculé le 13 janvier 2017. À la sortie d’un bar du Vieux-Montréal, il a été poignardé après un conflit avec son agresseur, Paul-Henri Sylvain, qui était intoxiqué par l’alcool.

Ses deux poumons sont alors perforés, et il est précipité dans un centre hospitalier pour qu’on lui sauve la vie.

« On m’a dit que si j’étais arrivé quelques minutes plus tard, j’y passais. Il s’en est fallu de peu », raconte le Montréalais.

Il a été hospitalisé environ trois semaines et a subi deux opérations, avant de commencer à suivre un programme de réadaptation.

Encore aujourd’hui, Ali El Harda subit les contrecoups de l’agression, autant physiquement que mentalement. Il travaillait dans le domaine de la construction. Mais n’étant plus apte, il est retourné sur les bancs d’école pour étudier comme ingénieur.

Le Montréalais Ali El Harda lors de son hospitalisation.
Photo courtoisie
Le Montréalais Ali El Harda lors de son hospitalisation.

De l’anxiété

« Ma vie n’est plus comme avant. Je suis vraiment anxieux, les mouvements brusques de gens autour me mettent toujours en mode défensive. C’est dur aussi d’accepter ma cicatrice, qui fait 60 centimètres, j’ai des douleurs », admet-il, lui qui voit encore un psychologue.

Depuis les événements, Ali El Harda a tout de même réussi à pardonner à Paul-Henri Sylvain, malgré ce qu’il lui a fait subir.

« J’avais besoin de ne plus lui en vouloir pour aller de l’avant dans ma vie. Je ne voulais pas rester dans le passé », explique-t-il.

Mais il avoue qu’il a été envahi par la déception et la colère quand il a appris cette semaine la décision de la juge Joëlle Roy, qui condamnait son agresseur de 39 ans à 90 jours de prison discontinus, à effectuer 200 heures de travaux communautaires et à suivre une probation de deux ans.

Une peine juste

« Je ne cherche pas la vengeance : je voulais seulement une peine juste et adaptée à ce qu’il a fait, que ça serve d’exemple, pour ne pas encourager d’autres à faire ça », soutient l’homme de 30 ans.

La magistrate a indiqué dans sa décision avoir pris en considération le plaidoyer de culpabilité de Sylvain, ses remords « sincères », l’absence de préméditation et d’acharnement ainsi que le quasi-achèvement d’une thérapie en gestion de la colère.

« L’accusé a fourni des efforts depuis la commission de l’infraction dans le but de se réhabiliter », a-t-elle noté

Maintenant, la victime espère que la procureure de la Couronne au dossier, Anne-Marie Omann, portera la décision en appel. Elle a indiqué au Journal que le tout serait analysé au courant de la semaine