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Carnet de campagne: le Bloc (4/4)

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Au cours des prochains jours, je révise mes notes de campagne afin d’évaluer la campagne électorale de chacun des partis politiques canadiens.   

Qui aurait prédit, il y a à peine quelques semaines, une résurrection possible du Bloc québécois? Pourtant, le Bloc semble en voie de devenir l’histoire de cette campagne électorale, qui fut franchement ennuyante.    

Passant de plus ou moins 20% à 30% dans les intentions de vote, la formation souverainiste a complètement chamboulé le visage de la politique canadienne. Alors que les conservateurs s’attendaient à faire des gains – n’oublions pas que le parti était à 25% au Québec au printemps dernier -, ils défendent maintenant leurs acquis, principalement dans la région de Québec. Les libéraux, qui espéraient compenser leurs pertes dans le reste du pays par des gains au Québec, risquent maintenant la défaite.    

Comment expliquer leur montée?   

Sans rien enlever à l’efficacité d’Yves-François Blanchet, la montée du Bloc témoigne d’abord et avant tout des campagnes difficiles des libéraux et des conservateurs. Leur ascension, propulsée par les électeurs plus âgés, est liée par le même phénomène que la montée du NPD dans le reste du pays: la mauvaise performance des deux partis qui aspirent au pouvoir.    

Normalement, dans une élection aussi serrée, ce sont soit les libéraux soit les conservateurs qui auraient dû décoller. Cela n’a pas été le cas, et c'est pour cette raison que les Canadiens risquent d’élire un gouvernement minoritaire.    

Mais, les mauvaises campagnes du PLC et du PC cachent quelque chose de plus profond qui déplaisent aux Québécois. Peu se reconnaissent dans ce Canada multiculturaliste, toujours prêt à vanter son ouverture à l’autre tout en étant peu enclin à reconnaître la fragilité culturelle québécoise, promue par Justin Trudeau, et surtout sa manière exubérante, brouillonne et décadente de se mettre continuellement en scène.    

En revanche, les Canadiens ne se reconnaissent pas non plus dans ce Canada proposé par Andrew Scheer. Un retour des conservateurs moraux et religieux, où le débat sur l’avortement, le mariage du même sexe ou autres sujets du 20e siècle peuvent revenir au feuilleton du jour en raison d’un député d’arrière-ban, effraie bon nombre de Québécois.    

Ce conservatisme purement canadien, où les derniers progressistes (les Red Tories) sont isolés dans quelques comtés québécois, aura toujours plus d’accointances avec les intérêts de l’ouest qu'avec ceux de l’est du pays.    

Le respect des compétences provinciales, certes, mais seulement quand le Québec respecte les intérêts et consignes du gouvernement fédéral. La preuve n’est pas difficile à faire: peu importe la volonté québécoise, Scheer a assuré que le Québec marchera au pas quant à la construction d’un corridor énergétique permettant le passage d’un pipeline dans nos terres.    

Les Québécois, peu importe qu’ils soient souverainistes, fédéralistes, autonomistes, de gauche ou de droite, ont une conception bien différente du célèbre «maître chez vous», prononcé par Scheer.    

C’est aussi pourquoi le débat entourant la loi 21 a autant marqué les esprits. Qu’on éprouve des réserves ou non face à la loi sur la laïcité, qu’on la trouve légitime ou non, il apparaît évident que la majorité des Québécois conçoivent que ces questions leur appartiennent.    

Mais, ironiquement, la montée du Bloc n’aurait pas été possible si les Québécois n’avaient pas mis la souveraineté en veilleuse. Les attaques, tour à tour conservatrices et libérales, associant le Bloc au Parti québécois, ont été pour cette raison complètement inefficaces.    

À vrai dire, en devenant l’écho de François Legault, le politicien le plus populaire depuis le début des années 2000, Yves-François Blanchet devenait du même coup inattaquable.    

Lorsqu’un chef d’un autre parti l’attaquait, leur viseur visait plutôt le gouvernement Legault, largement appuyé par les Québécois. C’est cette raison qui rendait le Bloc plus téflon qu’à l’habitude.    

Ceci dit, s’il venait que le Bloc surpasse les attentes, la prudence sera de mise pour les souverainistes. Ce ne sera pas le souverainisme qui renaît, mais bien la vision autonomiste et nationaliste prônée par la CAQ qui réapparaitraît sous de nouvelles formes. Et cela risque de plaire aux Québécois.