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Elle donne son rein à un parfait inconnu

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La vie de Michelle Brassard a basculé en 2016, lorsqu'elle est tombée dans le coma. Son conjoint, Carl Lachance, lui a alors sauvé la vie en lui donnant un rein. Le couple avait raconté cet épisode bien spécial à TVA Nouvelles, une histoire qui a tellement touché une femme de Québec qu'elle a décidé de faire le même don altruiste, mais à un parfait inconnu. 

«J'ai eu connaissance du drame qui est arrivé dans la vie de Michelle Brassard. Ça m'a émue beaucoup», a témoigné Johanne Doucet, qui ne la connaissait pas à l'époque. Le geste lui paraissait si simple, si naturel. 

«Il y a des gens qui vont escalader l'Everest, puis ils mettent leur vie en danger, alors moi, ce n'est pas si pire. Ce n'est pas l'Everest que je vais monter, compare Mme Doucet. Je vais simplement donner un rein, puis on prend toutes les précautions nécessaires pour justement ne pas compromettre ma santé et mon avenir.» 

Johanne se dit très sensible aux patients en attente d'une greffe rénale. Ces derniers sont d’ailleurs nombreux: en 2018, près de 530 Québécois étaient sur la liste d'attente pour recevoir un rein, des gens qui devront attendre en moyenne deux ans avant de se faire opérer. 

Mme Doucet a entamé à l’été 2018 les procédures pour donner un organe de son vivant alors qu’elle avait 68 ans. 

«J'ai découvert que l'âge ultime pour faire un don [de rein], c'était 70 ans. Comme j'ai toujours voulu être une donneuse éventuelle, je me suis dit que c'était le moment!» 

Un an s'est écoulé pendant lequel cette femme de Québec, notaire de profession, a enchaîné les rencontres avec les professionnels. Rendez-vous avec des psychologues, suivis avec des médecins: rien n'est laissé au hasard. Jusqu'au jour où elle a pu donner. C'était le 21 août dernier. 

«C'était une sorte d'accomplissement de moi-même. J'avais l'impression que pour la fin de ma vie, il y avait eu quelque chose de vraiment valable.»Une héroïne 

Une «héroïne», c'est le mot utilisé par bien des gens la décrire. Elle impressionne par son geste, jusqu'au neurologue sur la table d'opération à Vancouver qui apprend que c'est un don altruiste. 

«Il m'a dit: ‘’Let me give you a big hug!’’ Il s'est levé et il m'a pris dans ses bras. C'était très touchant.» 

L'opération s'est bien déroulée. 

«Le pire de l'opération, ce n'a pas été les coupures ou la chirurgie. Ça a été la laparoscopie: ils mettent du gaz dans le ventre et le gaz monte dans les épaules. Ça fait mal comme si on avait eu un accident», a-t-elle décrit. 

Elle a reçu son congé de l'hôpital moins d'une semaine plus tard. Depuis, elle se rétablit très bien. 

«Physiquement, je me sens comme avant. Ça ne change absolument rien dans ma vie!» 

«[Les gens qui donnent un rein] vont réaliser tout ce qu'ils réalisaient avant, a expliqué le Dr Yves Caumartin, urologue au CHU de Québec. Il n'y aura pas de restriction dans leurs activités, ni mentale ni physique.» 

Aujourd'hui, un ou une inconnue de Vancouver porte le rein de Johanne. Son identité est gardée confidentielle. La donneuse a certainement sauvé une personne, mais le nombre de vies touchées est encore plus grand. 

«Ça va avoir permis à toute une chaîne de dominos de se réaliser. Donc, il n'y aura pas qu'une seule greffe qui sera possible grâce à ça, ça peut être des fois trois, quatre, cinq ou six greffes à travers le Canada [...]. Et au bout de la chaîne, il y en a un qui va être attribué à quelqu'un qui est sur la liste au Québec», a ajouté le Dr Caumartin. Il fait référence au don croisé, un système qui permet à plusieurs personnes à travers le pays de se faire opérer en même temps, le programme de don vivant par échange de bénéficiaire. 

C'est un système très bénéfique pour les patients, selon l’urologue. 

«Règle générale, les donneurs vivants offrent souvent une meilleure qualité de vie. Donc, la longévité du rein va être meilleure, et souvent aussi la fonction rénale du rein va être meilleure.» 

Au CHU de Québec, Johanne est la deuxième à avoir donné un rein à une personne qu'elle ne connaît pas. Une autre est impliquée dans un processus de don en cours. 

«Quand on a une bonne santé, quand on a une hygiène de vie qui est bonne aussi, qu'on ne compromet pas notre avenir, qu'on peut faire un don sans compromettre du tout notre santé future, alors moi, c'est sûr que j'encourage les gens qui veulent donner un organe, s'ils peuvent, s'ils veulent surtout!» 

Une histoire de générosité où l'expression «donner le meilleur de soi-même» prend tout son sens.