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Un grand champion montréalais

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Photo Top Rank Le fondateur de Top Rank Bob Arum et l’ancien maire Denis Coderre ont félicité le nouveau champion Artur Beterbiev.

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Montréal compte maintenant un champion du monde unifié. WBC et IBF. C’est la première fois dans l’histoire de la boxe au Québec.

Pourtant, Artur Beterbiev est probablement le Montréalais célèbre le moins connu de tous. Le gars vient de battre le tombeur d’Adonis Stevenson dans un combat qui va devenir un classique. Lui et Oleksandr Gvozdyk se sont livré une grande bataille. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment deux juges pouvaient voir Gvozdyk en avance par deux ou trois rounds avant qu’il ne flanche au dixième, mais les histoires de juge, c’est comme certains téléromans, il n’y a rien à comprendre.

Et Artur, le barbu, reste mal-aimé.

UN JOYEUX LURON

Artur Beterbiev est un Montréalais nouvelle façon. Il s’est installé dans un appartement à Notre-Dame-de-Grâce avec ses enfants, sa femme et sa mère. Il y a passé quelques années entouré de ses amis tchétchènes et russes, vivant aussi simplement que le demande sa religion.

Lui et madame ont eu un autre enfant. Né au Canada, l’enfant est canadien. Et Artur s’est déniché un nouvel appartement plus grand. À Ville Mont-Royal. Pourquoi par une maison ? Parce que Beterbiev applique dans sa vie les principes du Coran. Il s’interdit de payer quelque intérêt que ce soit à un prêteur. Il aura sa maison quand il pourra la payer comptant. C’est de même et c’est correct.

Je sais qu’Artur Beterbiev a l’air sérieux. On aura beau dire, on aura beau faire, beaucoup de personnes s’arrêtent encore au look de quelqu’un. Artur ressemble avec ses yeux intenses et sa barbe à un méchant dans un film américain.

Mais la réalité est tout autre. Le gars est drôle. Il a un sens de l’humour raffiné et pendant une entrevue, il faut trop souvent attendre la traduction avant de pouvoir rire d’un mot d’esprit.

UN HOMME DE PRINCIPES

S’il est capable d’humour, Artur Beterbiev est coriace en affaires. Anna Reva et Yvon Michel s’en sont rendu compte quand Beterbiev a décidé de rompre les liens avec sa gérante et son promoteur.

Aujourd’hui, le champion est associé avec Top Rank et ce sont ses avocats personnels qui négocient les ententes. Pas d’intermédiaires à pourcentage.

Cette rigueur, on la retrouve dans tout. On se rappelle qu’il a refusé de s’entraîner en même temps que David Lemieux. Le vendredi, Lemieux faisait jouer du rock et le vendredi, Artur voulait avoir la sainte paix. Marc Ramsay a réaménagé les horaires car ses deux champions avaient la tête dure. Ils l’ont encore.

C’est pourtant facile de rencontrer Beterbiev. Il s’entraîne maintenant à l’Académie Marc Ramsay mais jusqu’à tout dernièrement, il travaillait avec son sérieux habituel chez Ali Nestor : « Il me demandait une plage horaire où il ne serait pas dérangé. Denis Coderre venait s’entraîner aux mêmes heures. À force de le côtoyer, Artur a appris à apprécier Denis », me racontait Marc Ramsay hier.

Tellement que l’ancien maire de Montréal était à Philadelphie vendredi dernier pour encourager son ami.

Et qu’il a trouvé le moyen de mettre sur sa page Facebook une vidéo de Beterbiev qui lance « Merci Montréal »...

C’est un début en français. Et puis, y a-t-il plus Montréal que Denis Coderre ?

DES DRÔLES DE JUGES

Selon moi, Beterbiev avait gagné solidement les rounds six, sept, huit et neuf. Il contrôlait la position sur le ring et ses coups puissants sapaient la résistance de Gvozdyk. Pourtant, après neuf rounds, deux juges sur les trois accordaient une avance de deux ou trois rounds à l’Ukrainien : « J’ai regardé attentivement hier le combat selon ESPN. Ils avaient Artur en avance. Moi, par prudence, j’étais prêt à donner un round d’avance à Gvozdyk à cause de son jab mais je savais qu’on s’approchait de la fin. Artur l’épuisait de plus en plus », de dire Ramsay après réflexion.

Après le combat, c’est Luc-Vincent Ouellet qui a pensé à demander à Gvozdyk de prêter sa ceinture à Beterbiev. Le champion déchu de la WBC a remis sa ceinture au vainqueur. Pour qu’il puisse la porter en visitant les siens au cours des prochaines semaines. Le même Ouellet s’était fait dire non par Sergey Kovalev après sa défaite contre Eleider Alvarez. Vous vous rappelez, Alvarez avait été obligé d’acheter une copie avant de recevoir la sienne de la WBO.

Y en a qui ont de la classe...

Le prochain grand rendez-vous aura lieu le 23 décembre à Tokyo avec Steven Butler. Ça va faire drôle, Marc Ramsay n’y sera pas.

Les chaises longues

Quand je suis entré dans la salle d’opération pour un remplacement de hanche, le Canadien venait de battre les Maple Leafs de Toronto en revenant de l’arrière. Je pouvais m’endormir en paix.

Comme l’a dit avec une grande gentillesse Serge Savard, quand le temps va être venu, faudra pas m’envoyer au cimetière mais à la ferraille. Deux genoux et une hanche, ça vaut des sous. Et ça doit se recycler. Je vais demander à Greta.

La hanche guérit et le Canadien continue de bien jouer. Surtout mon favori Jonathan Drouin. Juste à permettre à ce doué d’avoir confiance en lui et il va être capable de tirer l’équipe dans les séries éliminatoires. Je suis content de voir que Claude Julien semble l’avoir compris.

Quand toutes les équipes sont à peu près égales, ce sont toujours les rares surdoués qui finissent par faire la différence.

On va faire un dépôt pour une mise de côté pour une chaise longue...

Pour la parade, bien entendu. Pour la parade.