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3e lien : la science infuse du ministre

3e lien : la science infuse du ministre
Photo d'archives, Simon Clark

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Benoit Charette n’a pas de complexes.  

Le troisième lien à Québec n’est justifiable ni sur le plan économique ni sur le plan écologique, mais on lui trouve des justifications politiques et idéologiques. Voilà pourquoi la CAQ et son ministre de l’Environnement y tiennent tant, envers et contre tous: «Pour seulement 12000 déplacements quotidiens. Des milliards [pris dans vos poches] pour un tunnel à Québec».   

Ça saute aux yeux de toute personne sensée: ces milliards de dollars de fonds publics pourraient être mieux utilisés dans nos services publics.    

Le ministre caquiste de l’Environnement n’a pas besoin d’études indépendantes et objectives: il a toujours raison, comme Donald Trump. Monsieur le ministre n’aime pas être contredit. Quand un politicien largue une telle énormité, surtout quand il a beaucoup le pouvoir de dépenser notre argent, il est de notre devoir de nous poser des questions sur ses motivations: «3e lien et environnement: Benoit Charette n’a pas besoin d’études pour le convaincre».   

Une réelle menace à la saine gestion des fonds publics, que je vous dis.   

Citer l’ONU tout croche  

Afin de défendre l’indéfendable, Benoit Charette s’aventure à prendre comme prétexte l’ONU pour donner du poids à son argumentaire et ainsi rabattre le caquet aux opposants. M. Charette a dit: «Citant la charte des Nations unies, le ministre a ajouté que le développement durable ne passe pas par une diminution de l’activité économique, mais bien par une croissance des investissements». Vraiment risible comme justification. Le ministre s’enlise.    

L’ONU parle bien de «développement durable», pas de pollution durable. Mais chez la CAQ, tout ce qu’elle fait est supposément du développement durable: le troisième lien à Québec; couper beaucoup d’arbres; l’usine de liquéfaction de gaz à Saguenay; l’agrandissement du port à Québec; la destruction des milieux humides; la motoneige dans nos parcs nationaux, etc. Un ministre qui tient un tel discours manque de sérieux.    

Ce que dit vraiment l’ONU  

L’ONU et d’autres organismes internationaux comme l’OCDE estiment qu’il faut investir dans des projets de développement durable qui vont réduire vraiment la pollution, pas l’augmenter: «Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, presse les États de faire preuve d’ambition devant la crise climatique » (Le Devoir, 23 septembre 2019).   

Pourquoi M. Charette ne demande-t-il pas à l’ONU de valider son projet de troisième lien à Québec à titre de développement durable qui va, selon lui, réduire effectivement les émissions de gaz à effet de serre?   

En voilà une autre pour le ministre: «L’ONU invite Ottawa à abandonner le pétrole».   

Je suppose que l’ONU est favorable aux projets caquistes de développement durable comme les coupes d’arbres à blanc, la destruction de nos milieux humides, une belle grosse usine de liquéfaction de gaz à Saguenay et un beau gros gazoduc qui va traverser le Québec, etc.? Un peu de sérieux est requis.   

Monsieur n’aime pas les études qui le contredisent  

Les experts et les scientifiques de son propre ministère de l’Environnement ont produit récemment une étude sérieuse et indépendante. Mais, comme l’étude démontrait que le troisième lien est une tare économique, sociale et environnementale, Benoit Charette n’a pas apprécié: «Le troisième lien à l’épreuve des études».   

Le ministre de l’Environnement aurait dû faire comme son collègue ministre des Forêts et de la Faune, Pierre Dufour, qui, afin de nous faire avaler son énormité postulant qu’il faut couper des arbres afin d’émettre moins de gaz à effet de serre (GES), a tout simplement embauché des experts qui travaillent pour un centre de recherche privé financé par l’industrie forestière et qui vont venir «valider» les propos du ministre caquiste des Forêts. Il parle toujours de «ses» experts qui travaillent dans le privé. Il les préfère aux spécialistes du ministère des Forêts. Pourquoi donc?   

Idem pour le gazoduc et l’usine de liquéfaction  

Benoit Charette ne manque pas de cohérence. En ce qui concerne le projet très polluant de la construction d’un gazoduc au Québec et d’une usine de liquéfaction de gaz à Saguenay, le ministre s’est exclamé: «Québec défend la rigueur de ses évaluations environnementales».   

Si on décode les propos de Benoit Charette, ça revient à dire que la CAQ défend la rigueur de ses évaluations environnementales, qui ne font appel à aucune étude, mais qui reposent sur le pif orienté par les doléances de l’industrie et de ses lobbyistes. Ça fait drôle de parler d’évaluation environnementale quand il n’y en a pas vraiment, sauf celles émanant des promoteurs et de leurs universitaires.   

Et comme c’est toujours le cas avec la CAQ, lorsque les scientifiques du ministère de l’Environnement réalisent une étude qui ne va pas dans le bon sens, comme celle qui porte sur le gazoduc et l’usine de liquéfaction, notre cher ministre de l’Environnement fait comme Donald Trump: il se braque et dit n’importe quoi, comme dans «Projet Gazoduq: Benoit Charette se dissocie d’un rapport de son ministère».   

Les caquistes n’apprécient guère que l’on irrite nos créateurs de richesse. Je vous le dis, M. Charette a du «Trump» dans le nez: «Trump refuse de croire le rapport sur le climat. Le président ne croit pas l’étude commandée par son administration» (La Presse, 26 novembre 2018).    

Il faut en plus subventionner nos pollueurs  

C’est du déjà-vu. Une grosse compagnie milliardaire polluante qui quémande de gros fonds publics: «Gaz naturel. L’entreprise GNL Québec demande l’appui financier de l’État. Le projet d’usine de liquéfaction est estimé à 9,5 milliards».   

C’est fort: il faut subventionner nos pollueurs. À Montréal, 500 000 personnes ont récemment manifesté dans la rue pour la protection de l’environnement, mais, pour nos politiciens, cela représente une pacotille amusante, un fait divers, quoi. Les lobbyistes ne déambulent jamais dans la rue afin de faire valoir leurs revendications, et pourtant, leurs demandes sont exaucées en haut lieu. Et on continue de croire que l’on vit dans un pays démocratique et libre? Quelle liberté?   

Le ministre de l’Environnement a entendu l’appel de l’entrepreneur «environnemental» GNL Québec: «Le projet Énergie Saguenay présente “des mérites”, selon le ministre Charette».    

Donc, la CAQ va «soutenir» la compagnie. Mais de quelle sorte de mérites il parle?    

Et pour la fin, une autre drôle, émanant du ministre caquiste de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, celui qui dit connaître plein de gens importants: «Fitzgibbon fait la promotion d’un projet encore loin d’être approuvé. Le ministre vante aux Ontariens une hypothétique usine de gaz naturel liquéfié».    

Voyons donc, même considérés comme une source importante de pollution, le gazoduc et l’usine vont non seulement être approuvés, mais aussi subventionnés. Pas besoin d’étude, M. Charette est sûr que c’est bon pour le Québec.