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L’achat groupé en santé nuisible aux PME d’ici

La situation pourrait empirer avec la création du Centre d’acquisitions gouvernementales par Québec

Luc Clouâtre est le DG de PAMA Manufacturing, une PME de Mirabel qui fabrique des fournitures médicales.
Photo Martin Alarie Luc Clouâtre est le DG de PAMA Manufacturing, une PME de Mirabel qui fabrique des fournitures médicales.

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Le regroupement d’achats pour les hôpitaux à l’échelle du Québec menace les PME d’ici au profit de grandes multinationales, signale un fabricant de fournitures médicales de Mirabel.

Déjà, les pratiques des trois grands groupes d’approvisionnement en commun du Québec empêchent les petits joueurs de remporter les plus importants appels d’offres, estime le directeur général de PAMA Manufacturing, Luc Clouâtre.

«Pour éliminer tous les petits, ils font d’énormes soumissions. Donc, tu gagnes tout ou tu perds tout. Ou tu remportes seulement des petites sections qu’ils ont séparées», résume-t-il.

Son entreprise, qui emploie 28 personnes, se spécialise dans la production de quelque 700 produits médicaux stériles, comme des seringues, des scalpels ou des tampons.

Marché bloqué

M. Clouâtre donne l’exemple d’un appel d’offres lancé par le Groupe d’approvisionnement en commun de l’Est-du-Québec, l’an dernier. Les géants américains Medline et Cardinal Health se sont partagé le premier volet d’une valeur de près de 35 millions de dollars, sur cinq ans.

Les gagnants se retrouvent donc à occuper une très importante part de marché pour l’Est-du-Québec pendant plusieurs années.

«Ça ferme la porte à tout le monde» qui n’a pas remporté le contrat, déplore Luc Clouâtre.

Un deuxième volet, beaucoup plus petit, a été partagé entre plusieurs entreprises, dont PAMA Manufacturing.

Contrats provinciaux

Le directeur général de PAMA Manufacturing craint que la situation s’aggrave avec la création d’un Centre d’acquisitions gouvernementales (CAG) prévu par le projet de loi 37, déposé par le président du Conseil du trésor, Christian Dubé.

Celui-ci prévoit notamment que le ministre de la Santé pourra «déterminer les biens et les services pour lesquels le recours au Centre devient obligatoire».

«Avec le CAG, ça veut dire qu’ils vont faire des contrats provinciaux. Ça va éliminer tous les petits Québécois qui sont sur le marché», estime M. Clouâtre.

Un point de vue qui fait écho aux propos de la Fédération des chambres de commerce du Québec, qui affirmait en septembre dernier que «la centralisation du processus d’acquisition pourrait fragiliser les PME».

«Personne n’a intérêt à voir émerger un monopole, un fournisseur unique qui approvisionnerait l’ensemble des ministères ou du système de santé avec une gamme précise de produits», affirmait son président-directeur général, Stéphane Forget, dans un communiqué.

Au Conseil du trésor, on assure que Québec va «surveiller le marché pour nous assurer de ne pas diminuer la place qu’occupent actuellement les PME».

«Un suivi des effets de la proposition sur la part des marchés publics obtenue par les PME sera effectué et, s’il y a lieu, des mesures supplémentaires pourraient être mises en place», écrit l’attachée de presse de M. Dubé, Myrian Marotte.

Elle note que 82 % des contrats soumis à la Loi sur les contrats des organismes publics sont allés à des PME au cours des quatre dernières années.

L’étude du projet de loi 37 débute aujourd’hui à Québec. Les trois grands groupes d’approvisionnement en commun du Québec seront parmi les premiers groupes entendus.