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Le véritable gain

Notre histoire nous ordonne de bien faire les choses.

Le véritable gain
Joël Lemay / Agence QMI

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S’il est une chose que j’ai beaucoup entendue durant cette première semaine qui a suivi les élections fédérales, c’est que l’effervescence engendrée par le Bloc Québécois, que nous avons littéralement vu renaître sous nos yeux, nous aurait bercés d’illusions avec ses résultats qui, même si impressionnants, n’ont pas obtenu, au Québec, plus de votes que les Libéraux ni concrètement remporté la balance du pouvoir, à Ottawa. En somme, qu’il n’y aurait peut-être pas tant que ça de quoi célébrer.  

 

Pourtant, en regardant la poussière retomber doucement ces derniers jours, j’observe que ce qui est réellement réjouissant, même si ça relève d’une hérésie pour les purs de durs de tous les côtés, c’est ce partenariat entre le Bloc et le gouvernement Legault, qui s’annonce très intéressant. Qui, par sa nature même, semble proposer de nous faire sortir de cette attente (perpétuellement déçue) d’un Messie, en donnant l’exemple que les meilleurs intérêts collectifs ont l’art de pousser, depuis tous les horizons, les gens de bonne foi à faire œuvre commune. C’est quelque chose qui, pour moi, est raccord avec le cœur québécois et qui a le brillant potentiel de continuer à cultiver notre confiance et à baisser le ton de notre cynisme. 

 

Je n’ai jamais fait un secret, spécialement sur cette plateforme, du fait que je suis souverainiste. Toutefois, je vois ce qui se dessine à travers cette collaboration d’un très bon œil, car il ne suffira jamais, même au nom de l’urgence, de sortir dehors et de crier « indépendance » pour penser l’emporter, à moins d’avoir envie de frapper à nouveau ce même mur qui, la dernière fois, a exigé vingt-cinq longues années pour nous remettre de l’impact.  

 

Notre histoire nous ordonne de bien faire les choses, de ne pas nous précipiter et surtout de ne pas labourer qu’à moitié, car si la terre est toujours aussi patience, elle est néanmoins très sévère sur le travail sabré. Ça peut sembler scandaleux à dire, mais je crois vraiment que la patience – attention, pas l’inertie et l’immobilisme – sera notre meilleure alliée, car elle seule peut laisser le temps aux évidences du bien fondé de la cause du Québec de faire leur place au cœur des nouvelles générations. L’idée a encore beaucoup de gens à toucher et bien du chemin à faire, et comme il ne s’agit pas de leurrer personne avec de belles paroles, ça demande nécessairement du temps pour que les actions éloquentes se posent et de ne surtout pas jouer à saute-mouton sur les étapes cruciales qu’il nous revient de traverser.  

 

Mais revenons concrètement à l’issue de la soirée de lundi dernier. Si tant est qu’on comprenne un peu ce qui se passe, je crois que personne ne s’imagine que M. Blanchet et ses députés s’en vont faire la loi à Ottawa avec leurs 32 sièges. Il me semble que c’est quelque chose qui est très clair depuis le début et que ce n’est ni son mandat ni son intention. Ce que je comprends, cependant, c’est qu’ils se sont donnés les moyens de prendre activement part aux discussions et aux débats, en portant en eux les préoccupations, les réalités et les ambitions du Québec, qu’ils semblent avoir bien saisi.  

 

Cette semaine, on a beaucoup vu passer dans les médias la carte électorale, nouvellement très colorée, et on a maintes fois dit que le pays était plus divisé que jamais. C'est vrai, mais là où on parle de division, j’ai envie d’y voir une parole enfin plus équitablement répartie. Selon moi, elle est là la réelle victoire du Bloc : non seulement d’avoir su redonner sa crédibilité à la formation, mais surtout de nous avoir redonné une voix à Ottawa. Une voix qu’on ne peut plus faire taire comme on chasse une mouche du revers de la main.  

 

À mes yeux, il est là le véritable gain, car en ces temps houleux traversés par tant de dossiers déterminants pour notre avenir à tous, je suis heureuse de voir cette équipe, supportée par le gouvernement provincial, s’amener à Ottawa, notamment pour nous préserver de toute éventualité de nous voir revivre quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à une nouvelle nuit des longs couteaux sur les enjeux qui nous tiennent le plus à cœur. Maintenant, voyons la suite et soyons bons joueurs.