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«La faute des autres» de Josée Ouimet: survivre au temps de la conscription

Josée Ouimet
Photo collaboration spéciale, Julie Artacho Josée Ouimet

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Auteure de la série La marche des nuages, vendue à plus de 15 000 exemplaires, la romancière Josée Ouimet s’est inspirée de l’histoire des gens de sa famille pour écrire une nouvelle série débutant à Saint-Pie-de-Bagot au temps de la conscription, La faute des autres. Trahisons, peines d’amour, enrôlement obligatoire et accidents ont marqué cette époque où les Québécois subissaient les contrecoups de la guerre.

À Saint-Pie-de-Bagot en 1943, le spectre de la conscription plane au-dessus de la tête des célibataires de 18 à 40 ans.

Fernand Dupré, le cadet de la famille, travaille d’arrache­-pied à la ferme paternelle, dont il doit hériter. Son frère aîné a refusé de la prendre, Ernest s’est exilé aux États-Unis, et Rosario n’est pas le plus vaillant.

Fernand attend que son père lui cède la ferme avant de se marier avec sa bien-aimée, Madeleine.

La situation tourne au drame lorsqu’Ernest réapparaît et réclame la ferme.

Fernand, dépossédé, fait face à une seconde crise : le père de Madeleine refuse de lui accorder la main de sa fille.

Découragé, miné par le spectre de la conscription, il trouve néanmoins son bonheur auprès d’Henriette Camirand, avec qui il fait un mariage de convenance qui, finalement, sera heureux.

Josée Ouimet s’est basée sur le vécu des membres de sa propre famille pour écrire cette série qui rend hommage aux gens de sa région.

«Je me suis basée sur ce que j’ai entendu de mes parents, de mes oncles, aussi des lieux que j’ai connus. Je me suis davantage intéressée à la vie des gens, aux différentes problématiques qu’ils vont rencontrer en 1944-1945, jusque dans les années 1960», explique-t-elle en comparant cette série à La Marche des Nuages.

Cas vécu

Elle décrit l’intimité des gens, à la fin de la guerre, les mariages de convenance pour éviter la conscription.

«Le personnage de Fernand est basé sur l’anecdote que mon père a vécue. Il était supposé hériter de la ferme familiale, mais parce que le droit d’aînesse prévalait à ce moment-là, son frère, qui n’était pas encore marié, a décidé de la prendre.»

«J’ai romancé un peu – Ernest n’était pas allé en exil –, mais la conséquence a été la même. Parce que mon père n’a pas eu la ferme, même s’il avait fréquenté pendant cinq ans une jeune femme, le père de cette femme n’a pas voulu lui accorder la main de sa fille parce qu’il disait : “il ne vaut rien, il va aller travailler dans les shoppes”. C’était pas un homme avec un bel avenir. Mon père a vécu une énorme peine d’amour, en plus de voir ses rêves s’effondrer.»

«L’histoire de Rosario est vraiment arrivée à mon oncle Rosario : il fut un des premiers grands brûlés à être sauvé. J’ai connu mon grand-père Kildare aussi – l’homme qui buvait son œuf cru tous les matins. Ces personnages ont jalonné mon enfance.»

Portrait social

La petite histoire s’inscrit dans la grande Histoire et ce qu’elle décrit fait œuvre de mémoire, rappelant la persévérance des Québécois.

«J’ai greffé ce qui se passait au point de vue politique, sociologique, économique, comme l’ouverture des grandes industries américaines qui ont employé tellement de nos gens et en faisaient des esclaves. Je voulais montrer comment on vivait à l’époque : dans les campagnes, ils n’ont pas eu l’électricité avant 1945, alors qu’il y en avait dans les villes. À travers le Québec, c’était la même vie pour tout le monde, ou à peu près.»

La faute des autres, tome 1 : Les rêves de Josée Ouimet, Éditions Hurtubise, 350 pages
Photo courtoisie
La faute des autres, tome 1 : Les rêves de Josée Ouimet, Éditions Hurtubise, 350 pages