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[PHOTOS] Voici 10 histoires de bourreaux, de crimes et de pendaisons à Québec

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Québec est l'une des villes le plus sécuritaires au Canada. Cela ne l'empêche pas d'avoir connu son lot de crimes et de pendaisons, surtout à une époque où la justice était beaucoup plus sévère qu'aujourd'hui. Le bourreau y a également longtemps tenu résidence. Voici 10 faits qui illustrent cette ancienne façon de rendre la justice. Autres temps, autres mœurs. 

1) La première pendaison au Canada 

Timbre-poste de 1908 illustrant l'Habitation de Champlain
Timbre-poste de 1908 illustrant l'Habitation de Champlain

En juillet 1608, à peine sont-ils débarqués à Québec que Champlain et ses hommes s'affairent à construire leur habitation. Il s'agit d'un corps de logis et d'un magasin, le tout entouré d'une palissade.  

Le serrurier Jean Duval et quatre complices décident alors de tuer Champlain et de livrer Québec aux Basques ou aux Espagnols, dans le but de s'enrichir. Ils tentent de s'allier d'autres complices.  

Toutefois, peu avant le crime, Antoine Natel, également serrurier, est pris de remords et dénonce les autres. Champlain leur tend un piège et les arrête.  

Il forme un Conseil qui juge les mutins. Ils sont condamnés à mort.  

Duval est pendu sur-le-champ et sa tête, plantée au bout d'une pique, est exposée dans le fort pour servir d'exemple.  

Ses complices sont renvoyés en France pour y subir la justice. Quant à Natel, il est gracié. 

2) Une justice sans pitié 

L'Hôtel-Dieu de Québec, de Georges Saint-Michel d'après un dessin de Joseph Dynes, 1868
Photo d'archives du monastère des Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec
L'Hôtel-Dieu de Québec, de Georges Saint-Michel d'après un dessin de Joseph Dynes, 1868

Le 2 juin 1667, le soldat Pierre Nicolas dit Lavallée est condamné à être pendu.  

Une suite de forfaits lui ont valu cette peine.

Il avait d’abord commis un vol «nocturne» chez les Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Québec. Pour ce délit, il avait été condamné à être marqué au fer chaud arborant la fleur de lys, à quatre heures de carcan sur la place publique et à trois années à bord de galères.  

Il avait également volé une paire de raquettes à un Amérindien, ce qui lui avait valu de se faire couper l’oreille droite.  

Enfin, reconnu coupable de désertion, il sera condamné à la pendaison et ses biens seront confisqués.  

Son camarade René Jouchon, également reconnu coupable de vol et de désertion, est condamné à assister, au pied de la potence, à l’exécution de Nicolas en portant une corde au cou, à être battu à coups de verge, à être marqué de la fleur de lys chaude et à être emprisonné les fers aux pieds.  

L’histoire ne dit pas si une telle sévérité avait des effets dissuasifs auprès des criminels. 

3) Un délinquant sexuel 

Jugement condamnant Jacques Noury, fonds Conseil souverain
BAnQ
Jugement condamnant Jacques Noury, fonds Conseil souverain

Au XVIIe siècle, on retrouvait à Québec un colon nommé Jacques Noury.  

À partir de 1656, Charles Legardeur de Tilly lui loue la terre de Saint-Michel, à Sillery. Comme bien des pionniers du Québec, Noury était originaire du canton de Mortagne, au Perche, spécifiquement de la commune de Feings.  

En 1651, à Tourouvre, il est engagé par Jean Juchereau. C'est avec celui-ci qu'il louera la terre de Legardeur de Tilly. Le 2 février 1657, il achète un autre lopin sur la même terre. Il l'exploite jusqu'en 1662. On le retrouve ensuite, en 1664, dans la seigneurie de Beaupré. Il est le voisin de Nicolas Roy et de Jeanne Lelièvre.  

Le 19 août 1669, il est accusé et reconnu coupable du viol de Marie Roy, la fille de ses voisins. Elle n'était âgée que de 4 ans et demi.  

Il sera pendu et sa dépouille décapitée sera traînée sur la voie publique. Sa tête sera exposée sur un poteau en guise d'exemple. On était moins clément à l'époque avec les pédophiles.  

Néanmoins, une rue de Québec porte aujourd'hui son nom. 

4) Pendu pour avoir couru les bois 

Peinture de Frontenac, Château de Palluau Frontenac, Palluau sur Indre.
Peinture de Frontenac, Château de Palluau Frontenac, Palluau sur Indre.

Le 5 juin 1673, une ordonnance du gouverneur Frontenac interdit à quiconque de quitter sa maison plus de 24 heures pour «aller vaquer dans les bois» sans la permission des autorités.  

L'objectif était de bannir les coureurs des bois, dont le mode de vie allait à l'encontre de l'agriculture et du peuplement de la colonie. Ceux qui désiraient faire la traite des fourrures devaient être munis d'un permis.  

C'est dans ce contexte que, le 23 juin 1674, Jean Thomas dit Le Breton est pendu à la place du marché de la Basse-Ville de Québec pour avoir contrevenu à l'ordonnance du gouverneur.  

À cette époque, on ne badinait pas avec les objectifs de développement de la colonie. 

5) Le «bourreau-nègre» 

Représentation de la redoute du Bourreau
Illustration Parcs Canada
Représentation de la redoute du Bourreau

La tâche de bourreau n'était pas prisée, parce que les gens en avaient peur. De plus, il n'était pas édifiant de mettre à mort des condamnés.  

C'est pourquoi on confiait souvent ce travail à un prisonnier qui retrouvait ainsi sa liberté.  

De 1733 à 1743, il y a eu à Québec un bourreau un peu spécial. C'était Mathieu Léveillé, qu'on surnommait également «Malgein». Il s'agissait d'un esclave noir que l'intendant Hocquart avait fait venir de Martinique pour être «l'exécuteur des hautes œuvres», comme on le disait alors.  

Toutefois, il n'arriva pas à s'habituer au climat québécois. C'est ainsi qu'il se retrouva régulièrement à l'Hôtel-Dieu, où il finit par mourir le 9 septembre 1743. Il avait 34 ans.  

On sait qu'il a pendu au moins deux personnes et qu'il a appliqué le carcan à au moins trois autres. On devait être satisfait de son travail, car, l'année précédant son décès, une femme avait été amenée des Antilles pour l'épouser. Cette esclave s'appelait Angélique-Denise. Cependant, le mariage ne put avoir lieu, en raison de l'état de santé de Mathieu.  

De son vivant, il habitait en retrait de la ville, à la redoute du Bourreau, près de l'actuelle redoute Dauphine du parc de l'Artillerie. Il a été inhumé dans le cimetière des pauvres de l'Hôtel-Dieu. 

6) Un mariage qui sauve une vie 

Le second palais de l'Intendant en 1726, Université Laval, laboratoire d'archéologie.
Photo Wikimedia Commons
Le second palais de l'Intendant en 1726, Université Laval, laboratoire d'archéologie.

Le 26 janvier 1751, chez le cabaretier Laforme du faubourg Saint-Jean, Jean Corollaire est insulté par un certain Coffre. Ils sont tous deux soldats des troupes de la Marine. Corollaire défie donc l'autre à l'affronter en duel.  

Comme un édit royal interdit les duels, Corollaire est condamné le 2 juin à un an de prison. Le 17 août, il supplie le Conseil supérieur de commuer sa peine en le faisant bourreau ou «maître des hautes œuvres». Les conseillers acceptent.  

Le lendemain, le nouveau bourreau supplie le Conseil supérieur de lui accorder en mariage la prisonnière Françoise Laurens. Les conseillers acceptent une fois de plus sa demande.  

En épousant celui qui exerce un métier infamant, la jeune servante échappe à la pendaison. Elle avait été reconnue coupable d'avoir volé des vêtements à ses maîtres.  

Le 19 août, le mariage a lieu à la chapelle du palais de l'intendant. Ils vécurent heureux... mais n'eurent pas d'enfants. 

7) La pendaison de la Corriveau 

Cage de La Corriveau
Photo d'archives
Cage de La Corriveau

Entre 1763 et 1810, année de l’ouverture de la prison de la rue Saint-Stanislas (l'actuel Morrin Centre), c’est sur les buttes à Nepveu qu'avaient lieu les exécutions de criminels.  

Ces hauteurs étaient situées dans le secteur de l'actuel Hôtel Le Concorde de la Grande Allée.  

C’est donc là qu’a été pendue Marie-Josephte Corriveau le 18 avril 1763.  

Elle avait été jugée par une cour martiale, puisque Québec était encore à ce moment sous l’occupation militaire. On l'avait reconnue coupable du meurtre de son second époux, Louis Dodier.  

À la suite de sa pendaison, son corps a été suspendu à un gibet dans une cage de fer à la croisée des chemins, à Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy.  

C’est ce qui a contribué à alimenter la légende la plus célèbre du Québec. Il y a quelques années, la cage de la Corriveau a été retrouvée. 

8) Le double pendu 

L'ancienne prison de la rue Saint-Stanislas (1812-1867), aujourd'hui le Morrin Centre, 2004
Photo Pierre Lahoud
L'ancienne prison de la rue Saint-Stanislas (1812-1867), aujourd'hui le Morrin Centre, 2004

En juillet 1818, un juge de la Cour du banc du roi rendait un verdict de culpabilité contre le Québécois Charles Alarie.  

Reconnu coupable d'avoir commis un vol à bord d'un navire qui mouillait dans le port de Québec, il était condamné à être pendu.  

Pour l'occasion, on avait construit une potence au-dessus de la porte d'entrée de la prison de la rue Saint-Stanislas (actuel Morrin Centre) et on s'était muni d'une nouvelle corde.  

Avant l'exécution, Alarie et Thomas Thomas, coaccusé, avaient avoué leur crime.

Alarie est le premier à être pendu, mais, contre toute attente, la corde se rompt et il tombe au pied de l'échafaud, blessé. La foule des curieux, estomaquée, le prend en pitié et réclame la clémence puisqu'il a été pendu.  

Rien à faire, on l'aide à se relever et à remonter sur l'échafaud, puis on le pend de nouveau. Tout cela pour un petit larcin. 

9) L'exécution de John Meehan 

La prison des plaines d'Abraham vers 1900
BAnQ
La prison des plaines d'Abraham vers 1900

Le 22 mars 1864 avait lieu la dernière exécution publique à Québec.  

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce genre d'événement attirait les foules. Dans l'affaire qui nous occupe, on comptait 6000 spectateurs, dont plusieurs enfants.  

Il s'agissait de la pendaison de John Meehan, un jeune homme de 23 ans originaire de Sainte-Catherine-de-Fossambault (aujourd'hui Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier). Il vivait à Québec avec sa famille depuis quatre ans.  

Le 11 septembre 1863, il avait assassiné un dénommé Pearl dans la rue Saint-Vallier, sans que l'on comprenne pourquoi.  

Six mois plus tard, l'affaire était réglée. Il était pendu dans la rue Saint-Stanislas, au-dessus de la porte d'entrée de la prison de Québec (actuel Morrin Centre).  

Il monta sur l'échafaud plutôt sereinement et prononça un discours dans lequel il disait regretter son geste et conseillait à la foule d'éviter de se retrouver dans sa situation.  

On continua à pendre des meurtriers, mais, au moins, on ne le fit plus publiquement. 

10) La dernière pendue 

Marguerite Pitre
Photo Getty Images
Marguerite Pitre

Le 14 juin 1950, les policiers de Québec arrêtaient Marguerite Pitre, née Ruest. On l’accusait de complicité dans l’affaire de Sault-au-Cochon.  

Le 9 septembre précédent, un appareil DC-3 de la Canadian Pacific Airlines explosait dans le ciel de Charlevoix, non loin de Sault-au-Cochon. Ce qui semblait d’abord un malheureux accident s’est en fait avéré être un acte de terrorisme, le premier à survenir en Amérique du Nord.  

Albert Guay, bijoutier de Québec, avait planifié l’affaire. Il voulait se débarrasser de son épouse pour se vouer à sa maîtresse, la jeune serveuse Marie-Ange Robitaille, âgée de 17 ans. Guay en avait 31.  

Guay avait envoyé sa femme Rita Morel récupérer des bijoux à Baie-Comeau. Il avait pris une assurance de 10 000$ sur sa vie, une fortune pour l’époque.  

Son horloger Généreux Ruest avait conçu et fabriqué l’engin explosif, et la sœur de ce dernier, Marguerite Pitre, avait livré la bombe à l’aéroport; elle était dissimulée dans une statue religieuse.  

N’eût été un retard au décollage, l’avion aurait explosé au-dessus du fleuve et le crime aurait été parfait. Vingt-trois passagers y ont laissé la vie.  

Le trio Guay-Ruest-Pitre sera arrêté, jugé et condamné à la pendaison. Marguerite Pitre clamera son innocence jusqu'au bout, soutenant qu'elle était persuadée de ne transporter qu'une statue religieuse.  

Elle a été pendue à la prison de Bordeaux en 1953. Il s'agissait de la dernière femme à connaître ce sort au Canada. 

Un texte de Jean-François Caron, historien  

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