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Le génocide arménien reconnu par la Chambre des représentants

Le génocide arménien reconnu par la Chambre des représentants
Photo Andrea Gordon

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Si le génocide arménien a eu droit à quelques mémoriaux sur le territoire américain, la reconnaissance politique a tardé à venir. Mardi, 405 représentants (sur un total de 435) ont reconnu officiellement le génocide.  

 Le génocide se déroule pendant la Première Guerre mondiale à l’intérieur de l’Empire ottoman. Les Arméniens sont alors victimes de déportations, de massacres et de famines provoqués par le parti au pouvoir. En 1915 et en 1916, on dénombrera entre un million deux cent mille et un million cinq cent mille victimes.       

La Première Guerre mondiale marque le chant du cygne de l’Empire ottoman dont sera issue la Turquie actuelle. Les nombreux dirigeants de ce pays ont souvent évoqué la « tragédie» de 1915, se refusant systématiquement à employer le terme génocide. Rappelons que la reconnaissance par le gouvernement aurait ouvert la porte à des compensations financières ou encore à un redécoupage de son territoire.       

Pendant des années, plusieurs gouvernements occidentaux vont louvoyer sur la question de la reconnaissance, bien souvent parce qu’une telle prise de position pourrait affecter négativement leur relation avec la Turquie. Ce fut le cas pour les États-Unis malgré quelques déclarations un peu plus audacieuses de présidents comme Ronald Reagan ou Barack Obama.       

Difficile aujourd’hui de ne pas relever que la décision de la Chambre survient à un moment où les relations entre la Turquie et les États-Unis sont particulièrement tendues. Le plus récent épisode étant celui de l’intervention turque dans le nord de la Syrie après l’annonce du retrait des troupes américaines par Donald Trump. Le geste doit-il être considéré dans ce contexte?       

Outre la reconnaissance du génocide, la Chambre a d’ailleurs voté mardi soir des sanctions contre les responsables turcs de l’intervention. Difficile donc de ne pas considérer le contexte politique actuel dans la reconnaissance du génocide. Pour que les sanctions soient appliquées, il faudra cependant attendre le vote du Sénat.       

Peu importe le contexte entourant la reconnaissance, l’historien en moi voit d’un œil positif cette prise de position claire. Pour peu qu’on encourage l’enseignement des faits et qu’on valorise le sens des mots, ce qui s’est déroulé en 1915 et en 1916 constitue bel et bien un génocide.       

Il sera intéressant d’observer les conséquences de cette décision. La Turquie s’en remet parfois à des pressions qui se comparent à du «bullying» . L’ambassadeur turc à Washington n’a d’ailleurs pas tardé évoquer la toxicité d’une telle reconnaissance tout en évoquant le retrait d’investissements turcs aux États-Unis.       

N.B. : Sur l’image qui coiffe ce billet on retrouve le mémorial du génocide arménien situé à Philadelphie près du Philadelphia Museum of Art. Le hasard fait en sorte que je serai à Philadelphie dans deux jours et que je logerai à quelques pas de cette représentation qui m’a toujours ému.