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L’héritage terne de Jean Charest

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Cela fait déjà sept ans que Jean Charest n’est plus premier ministre du Québec, et pourtant on parle encore de lui. Non pas qu’il ait laissé un souvenir impérissable comme homme d’État. Au contraire. L’héritage politique de Jean Charest est plutôt terne, pour ne pas dire médiocre.

Certes, il était drôle et sympathique, mais il ne suffit pas de savoir faire rire une salle pour être un bon premier ministre. Qui peut sérieusement considérer Jean Charest comme une source d’inspiration ? Qui s’imagine que les historiens lui réserveront un sort enviable ?

Ses années au pouvoir ont été marquées par une désagrégation honteuse de l’éthique publique et de la vie démocratique sans précédent depuis les années 1930, comme en témoigne la publication de PLQ inc.

PLQ

Évidemment, on ne saurait porter d’accusations à la place de la justice. Ce serait inadmissible. La présomption d’innocence est un principe essentiel.

Cela ne nous empêche pas de reconnaître qu’il y avait quelque chose de vicié dans un régime qui a révélé sa vraie nature au moment de la Commission Charbonneau.

Mais il faut aller au-delà de son cas personnel. La grande majorité de ceux qui rejoignent le PLQ sont irréprochables sur le plan individuel. Mais de manière structurelle, ce parti a un rôle plus trouble : son rôle, dans notre histoire, a été de faire accepter le fédéralisme à notre peuple qui, spontanément, préférait être maître chez lui. Mais pour cela, il fallait créer au Québec une élite prête à le servir et prête à convaincre les Québécois des vertus d’une soumission que l’on cherche à faire passer pour une bonne affaire.

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Cette élite a signé un pacte assez déshonorant : le maintien de ses privilèges dépend de sa capacité à maintenir les Québécois en situation de subordination politique en les convainquant qu’ils seraient incapables de vivre sans le Canada. Elle confond en cela sa propre situation et celle de tout un peuple.

Le PLQ n’est pas qu’un parti politique. C’est une filière de promotion sociale et une fabrique à privilèges. Dans les élites francophones, le fédéralisme est moins militant que mercenaire. Il est là, le véritable fédéralisme rentable. Il suffit de se souvenir du scandale des commandites pour s’en convaincre.

Ceux qui rallient le PLQ ne se joignent pas à une association militante comme les autres, mais à une formation politique qui, même dans l’opposition, dispose d’un pouvoir social immense et pèse sur notre destin. On le rejoint normalement pour de bon.

Déloyauté

Mieux encore, cette structure aliénante qui brouille le sens moral d’une grande partie de nos élites est tellement efficace que ceux qui y participent ne se rendent même pas compte de ce qu’ils font. Ce système incrusté dans notre vie démocratique institutionnalise la déloyauté envers le peuple québécois.

Mais ne soyons pas injustes. Jean Charest avait des convictions. C’était un ultrafédéraliste, un chevalier de l’unifolié. Son objectif en quittant Ottawa pour Québec ? Faire tout ce qui était en son pouvoir pour enterrer le projet d’indépendance. Finalement, Jean Charest a réussi sa mission.

Il mérite de se reposer dans sa maison.