/opinion/blogs
Navigation

STQ: l'Auberge des gouvernails

Silence, on coule!

STQ: l'Auberge des gouvernails
Photo courtoisie, STQ

Coup d'oeil sur cet article

Ce traversier construit en Italie, c’est un «fleuron», disaient les anchois de la Société de travers du Québec, le plus sérieusement du monde.   

Une «fierté québécoise», ajoutaient les bars rayés de l’amirauté, en picossant dans les hors-d'œuvre.     

Ils naviguaient à l’aveuglette en applaudissant à leur propre succès, comme de parfaits imbéciles. Ils étaient fonctionnaires, autant dire en montgolfière. Détachés du monde comme les chérubins peints sur les plafonds d'église. Ils n'en sont pas moins méprisables.     

«Je me réjouis du dénouement de ce processus fort rigoureux de conception et de construction du nouveau navire de Matane», plastronnait le libéral pédégé Georges Farrah, qui présida à l’achat du fameux rafiot de 200 millions.     

Ex-aubergiste promu député fédéral/provincial et consultant entre deux eaux, l’indécollable Farrah profita en 2018 d’un botté de placement de la CAQ pour atterrir sous-ministre adjoint aux Transports, aux pieds de l'Amiral Bonnardel!      

Sa retraite sera évidemment plus dorée que celle de la majorité de ceux qui la lui paieront...     

Quant au joli traversier, construit en Italie, on ne sait pas quand il sortira du garage, tous les intervenants étant paralysés par le fou rire, de Lévis à Capri, en passant par St. John’s...      

Et celui qui devait le remplacer sur le Saint-Laurent, eh bien, l'Apollo vendu par des humoristes terre-neuviens, on le coulera pour en faire des récifs pour les homards, les anguilles et les contribuables à bonbonnes. Encore deux millions dans l'incinérateur!     

STQ: l'Auberge des gouvernails
Photo d'archives, JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

Ah! ils sont loin, les souvenirs ensoleillés de la Méditerranée où les heureux mandataires de la STQ, aveugles ou pas, défilèrent durant deux ans, moins pour les fruits de mer et le vino blanco que pour la certitude d’acheter un radeau de première splendeur.     

Payé, donc, à prix fort, le baldaquin à hélices donne aujourd’hui la migraine aux harengs et aux merlus de la hiérarchie, aux soi-disant chargés de projet et aux simili-diplômés qui furent aux commandes de l’Auberge des gouvernails...     

Mais depuis longtemps sent-on que ça ne va pas, cette histoire d’un traversier de la Côte-Nord fabriqué en Italie, rouillant en moins de six mois, entre deux cales sèches.      

Le voilà encore sur des blocs et on sait pourquoi, maintenant: les Italiens ont bâclé le travail aussi vite que la peinture pendant que les fonctionnaires chantaient Capri, c’est fini! dans leurs bureaux du Vieux-Québec.     

Il n’y a que l’incompétence et l’idiotie crasse pour expliquer la pose de tapis crème dans un traversier destiné au pays de la gadoue!     

Remarquez qu’on ne devient pas Administrateur d’État parce qu’on s’est tapé cinq modules de trois heures à l’Université Laval...      

C’est le truc des nominés du Conseil des ministres. Un tel va ici, l’autre s’en va là, et ainsi de suite, le rigodon n’a de cesse depuis la Révolution tranquille...     

Pas compétent? Pas grave! Un diplôme à rabais suffira toujours à un cornichon promu à la Régie du bâtiment, à la Commission municipale ou à la Société des traversiers!      

On n’avait pas une idée très exacte de l’errance de la STQ jusqu’à ce qu’une journaliste, Marie-Maude Denis pour ne pas la nommer, saute dans sa bagnole et fasse la route jusqu’au Bic pour confesser ceux qui savaient mais qui avaient été réduits au silence par des bureaucrates qui ne savaient que faire de la vérité...     

Savoureux reportage. Le malaise des tortillards, roulant des yeux et serrant les fesses, crevait l’écran.     

Dommage qu’ils ne risquent rien de plus que la honte éphémère d’avoir été vus... Quoiqu’au pays du no-fault, c’est déjà beaucoup...     

Or donc, maintenant, les yeux sont ouverts, le gouvernement sait et le Vérificateur général du Québec a le nez dans les écoutilles.     

On saura ce qui s’est passé, mais personne ne sera accusé de quoi que ce soit, à moins de découvertes exceptionnelles, du genre de celles qui intéressent habituellement la police...     

STQ: l'Auberge des gouvernails
Photo courtoisie

De toute manière, on devine déjà l’essentiel: des fonctionnaires préretraités s’appuyaient sur un «chargé de projet» fugace, un personnage servant à les disculper, une sorte de coupe-feu les délestant de leurs responsabilités; ils auront beau jeu de dire qu'ils n'ont rien vu, rien su, rien entendu...      

Ajoutez encore des politiciens distraits par tellement de choses qu’un traversier qui ne traverse pas, ça ne leur fait ni chaud ni froid, Godbout, Matane, Baie-Comeau étant là-bas, au bout de nulle part, là où ils ne vont jamais...     

Un traversier, ce n’est pas plus important qu’un bail de la Société immobilière du Québec et, dans les deux cas, on est collectivement baisés...     

Comme pour la DPJ, le processus sera blâmé et puis, pfft! on retournera au théâtre médiatique: Trump, le Canadien de Montréal, les lamentations syndicales, le report de l’Halloween...      

De nos jours, pour apprécier la douceur de vivre, il faut faire vœu d’amnésie...