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Yacht et voyage de luxe offerts par SNC au fils d’un dictateur

Saadi Kadhafi aurait aidé la firme de génie à récupérer des millions de dollars

Saadi Kadhafi
Photo courtoisie Sur cette photo prise au 21e étage du siège social de SNC-Lavalin à Montréal, on voit l’ex-pdg de l’entreprise Jacques Lamarre, Saadi Kadhafi, Riadh Ben Aïssa, un ex-cadre de SNC, et Gilles Laramée, ex-vice-président finances, au début des années 2000.

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SNC-Lavalin a invité à Montréal le fils du dictateur Kadhafi et lui a magasiné un yacht de 50 mètres peu de temps après le règlement d’une importante réclamation en Libye où il serait intervenu en faveur de l’entreprise, selon un témoin de la Couronne. 

 • À lire aussi: Les pots-de-vin étaient un modèle d’affaires pour SNC-Lavalin en Libye  

« C’est SNC-Lavalin qui invitait Saadi Khadafi [au Canada]. [...] Il voulait connaître le pays et la compagnie [...] pour mieux l’appuyer », a déclaré vendredi Riadh Ben Aïssa, ex-cadre de SNC-Lavalin, lors du procès de l’ancien vice-président Construction de SNC-Lavalin, Sami Bebawi. Bebawi est accusé de huit chefs, dont fraude, possession de biens volés, recyclage des produits de la criminalité et corruption d’un agent public étranger. 

Sami Bebawi
Photo d'archives
Sami Bebawi

Le témoin de la Couronne a indiqué que Saadi Khadafi était venu à Montréal en 2000 ou en 2001 et qu’il avait d’abord discuté de ce voyage avec Bebawi. « Il [Bebawi] trouvait que c’était une bonne idée », a-t-il dit. 

Sur une photo qui a été produite en Cour, on voit Jacques Lamarre (à l’époque grand patron de SNC), Saadi Khadafi, Ben Aïssa et l’ex-vice-président finances de SNC-Lavalin, Gilles Laramée, au 21e étage du siège social de l’entreprise à Montréal. 

Dans un courriel exposé, Ben Aïssa dit vouloir réserver « l’hôtel le plus luxueux de Montréal ». « Je pense au Ritz-Carlton », écrit-il. Il précise aussi que Khadafi voyage en jet privé et qu’il a besoin d’un étage complet pour loger ses cinq gardes du corps. 

Yacht de 50 mètres 

Riadh Ben Aïssa a également confié avoir entrepris des démarches à cette époque pour trouver un yacht de 50 mètres pour le fils du dictateur. 

 Sami Bebawi « a mis quelqu’un à l’interne pour regarder ce qui était possible », a-t-il expliqué. 

 Selon le témoin, le voyage de Saadi Khadafi à Montréal et les démarches pour lui trouver un yacht ont eu lieu après une intervention personnelle du fils du dictateur pour obtenir une importante somme d’une entreprise du gouvernement libyen pour un projet de SNC qui avait mal tourné. « Personne n’en revenait », a illustré Ben Aïssa. 

Le témoin a expliqué qu’il y avait en effet très peu d’espoir pour que SNC puisse se faire rembourser un montant de 113 millions $ qu’elle avait engagé à perte dans un projet d’ingénierie de Tazerbo dans le désert libyen. Les choses ont toutefois changé quand Saadi Kadhafi s’en est mêlé. 

BMW présidentielle 

Riadh Ben Aïssa a raconté avoir reçu un appel un après-midi lui disant de se préparer à rencontrer le fils du dictateur. Le lendemain, la voiture personnelle de Saadi Kadhafi, une BMW de série 7 avec un numéro spécial des voitures de la présidence, l’attendait devant son hôtel. Dans une caserne militaire sécurisée où il s’est rendu, Ben Aïssa aurait alors négocié directement avec le patron de la société d’État responsable du projet. « Tu ne sors pas de là sans que la réclamation soit réglée », aurait dit le fils de Kadhafi, selon Ben Aïssa.