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Le nationalisme économique folklorique de la CAQ

caucus CAQ
Photo Simon Clark

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Il faut arrêter de jouer à l’autruche

Les gros canons de la CAQ déchirent leur chemise devant les récentes décisions des patrons de Rona, depuis 2016 propriété de la transnationale américaine Lowe’s, de transférer environ 200 emplois en Inde, d’acheter moins des fournisseurs québécois et de ratatiner son siège social dans la province. Et pourtant en 2016, les dirigeants de Lowe’s, comme ceux de PPG (Sico), de Loblaw’s (Provigo), RioTinto (Alcan), etc., répétaient tout le temps la même chose : « Lowe’s dit qu’il honorera ses promesses ».

Et nos élus collaborateurs se satisfont toujours de ces belles promesses verbales – souvent jamais écrites ou mises sur papier avec plein d’échappatoires. Et quand c’est écrit, supposément, les politiciens et les compagnies disent que c’est confidentiel. 

Privatisation inadmissible à Amazon

Il faut que les bonzes caquistes arrêtent leur petit numéro de nationalisme économique de surface. C’est rendu que Éric Caire va privatiser nos données personnelles à Amazon qui chargera au gouvernement du Québec de gros honoraires tout en étant outrageusement subventionné par les Québécois : congé d’impôt et de taxes, salaires de leurs employés payés jusqu’à 24 % par le gouvernement, tarifs d’électricité fixés à moins de 4 cents le kW (vous payez combien pour votre électricité?), remboursement complet de la TPS et de la TVQ, et j’en passe. Tout à fait indécent, alors que nous collectivement on serait même pas capable de gérer un simple centre de données. Il faut s’en remettre au gros privé comme Amazon, qui lui peut tout faire, allant du commerce électronique à la vente au détail d’à peu près n’importe quoi. Question à Monsieur Caire : vous appelez ça du privé lorsque nos données personnelles sont cédées gratis à Amazon subventionnée? Allô privé! Un tel comportement de nos élus, moi je n’appelle pas ça seulement de la servitude volontaire, mais aussi de la colonisation. 

Dixit Legault : transférer des jobs c’est bon

Que vois-je comme titre d’article du le Journal de Montréal ? « Plus de 200 emplois payants vers l’Inde ». 

Les patrons de Lowe’s ont décidé ça. Oubliées les belles promesses fomentées en 2016. C’est quoi le problème avec le fait que Rona « shippe » 200 jobs en Inde? 

Pas plus tard qu’au mois de juin 2019, la compagnie québécoise Velan, qui fabrique des robinets industriels, a annoncé qu’elle fermait sa « shop » au Québec et qu’elle allait transférer 200 postes également en Inde. Réaction pas si surprenante que ça du premier ministre caquiste : « Emplois. La délocalisation (des emplois) peut-être être une bonne chose, dit Legault ». 

Du vrai nationalisme économique à l’œuvre. Quel manque de sensibilité pour les 200 travailleurs qui ont perdu leur emploi. Quelle pseudo-théorie économique primaire. Alors il faut prendre avec un grain de sel la récente montée de lait caquiste : « Québec préoccupé par les licenciements chez Lowe’s Canada ».

Le même vaudeville caquiste pour Sico

En 2018, le conglomérat américain PPG a décidé de fermer l’usine de production québécoise de Sico. Résultat : 125 travailleurs ont perdu leur emploi, parce que « Sico cesse ses activités au Québec. L’usine de Beauport et l’entrepôt de Longueuil vont mettre la clé dans la porte ». 

Pourtant, lors de la vente à des étrangers de cet autre fleuron québécois survenue en 2006, nos politiciens s’étaient fait servir encore des belles promesses. 

Oh, oh, le premier ministre caquiste a mal pris cette décision des propriétaires américains de Sico qui n’ont pas daigné l’informer avant de fermer boutique. Le privé engage beaucoup de lobbyistes seulement lorsqu’il veut obtenir de gros cadeaux publics. Dans ces cas, ils tiennent à « informer » les élus de leurs demandes et à « sensibiliser » pédagogiquement la population. Alors, très remonté du comportement cavalier des patrons de Sico, notre PM a déclaré : « Fermeture : François Legault suggère aux Québécois de boycotter Sico ».

Cela a vraiment effrayé les boss de la transnationale américaine PPG. Même qu’ils ont trouvé très drôle la mise en scène de notre premier ministre. Et en gouvernement nationaliste, il nous demande de boycotter Sico. Qu’ils fassent donc comme en France où l’État détient le contrôle effectif de transnationales françaises comme Airbus, SNCF, Renault, Air France, Sanofi-Aventis, Engie, EDF, etc. Que les étrangers essaient, juste pour voir, d’acheter Danone ou le Crédit Lyonnais?

Le show de boucane pour la galerie terminée, le naturel revient au galop : « Peinture à sa résidence officielle : Legault n’a pas prêché par l’exemple. De la peinture faite en Ontario et des matériaux Home Dépôt à l’édifice Price ».

De la peinture Dulux Diamant fabriquée en Ontario. Comme le poète disait si bien : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Ou l’autre qui disant : « Quand les bottines ne suivent pas les babines ». 

Même chorégraphie artistique dans le cas de Sico, François Legault et Pierre Fitzgibbon, sans aller jusqu’à encourager le boycott de Rona, demandent aux Québécois d’acheter plutôt chez Patrick Morin, Canac et BMR : « Licenciements chez Rona : Legault et Fitzgibbon veulent encourager les quincailleries québécoises ». Mais quelle puissante démonstration de courage et de volonté de nationalisme économique.

Le nationalisme économique caricatural de la CAQ

Sur le plan du nationalisme économique, la CAQ et le PLQ, ça se ressemble. Dans les faits, caquistes et libéraux ont été farouchement favorables à la vente de Rona à Lowe’s et de la C Series de Bombardier à l’européenne Airbus. Il faut arrêter de faire preuve d’hypocrisie. Dans le cas de Rona, c’est le président caquiste du Conseil du trésor qui a déclaré ceci : « La vente de Rona était justifiée croit Christian Dubé ».

Alors, pourquoi feindre d’être offusqué par les récentes décisions de Rona, amis caquistes? Et puis, n’est-ce pas le ministre caquiste de l’Économie qui a dit : « C Series : la vente a été une bonne chose, selon Fitzgibbon ».