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Romans d’ici: chasse à l’or et aux transfuges

<i>Halifax Express</i><br />
Lionel Noël<br />
Alire, 452 pages
Photo courtoisie Halifax Express
Lionel Noël
Alire, 452 pages

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Lionel Noël aime raconter des histoires qui mêlent polar, espionnage et Seconde Guerre mondiale. Cette fois, il s’inspire d’une opération réelle, mais méconnue : le transfert du Trésor britannique au Canada.

À l’été 1940, la France est sur le point de capituler et l’invasion de l’Angleterre par les troupes d’Hitler apparaît plausible. Le premier ministre britannique Winston Churchill décide de mettre les lingots d’or du pays à l’abri. Et ce sera au Canada.

Le transport d’un tel trésor sera entouré de mille précautions. Il faut d’abord échapper aux sous-marins allemands, en quête de navires alliés à torpiller. Puis, une fois l’or débarqué au port d’Halifax, l’acheminer par train – le Halifax Express du titre – en toute discrétion jusqu’à Ottawa.

À ce parcours déjà fascinant, Lionel Noël va ajouter du piquant ! Deux récits fictifs vont encadrer cette histoire réelle.

Il y a d’un côté un voyou irlandais, le redoutable braqueur de banques Sean Finnegan. Ayant eu vent de l’arrivée de cet incroyable magot, il monte une opération de grande envergure afin de s’en saisir. Alerté, Francis Lemay, policier de la GRC, tentera de l’en empêcher.

L’autre récit se déroule cinq ans plus tard, et part aussi d’un fait réel. C’est l’été 1945, la guerre est terminée, mais une autre se met en place ; on l’appellera sous peu la guerre froide. À Ottawa, un Soviétique est prêt à passer à l’Ouest avec tous ses secrets : Igor Sergeivitch Gouzenko.

À partir de cet homme, qui a existé, l’auteur nous emmène dans l’univers trouble des transfuges. On retrouve donc Francis Lemay, envoyé en Allemagne dans la partie occupée par les Russes. Il doit ramener une femme, Delphine Sauvée, ex-conjointe de Finnegan, et un officier soviétique qui cherche à s’enfuir.

Les récits de 1940 et de 1945 sont livrés en parallèle et nous tiennent en haleine, mais de manière inégale.

Le policier Lemay, figure centrale du livre, est obsédé par Finnegan. La préparation de l’attaque contre le Halifax Express est donc très détaillée. Mais on se perd dans la nomenclature des bums, des batailles, des fusils... Et on survole ces pages.

Impossible à lâcher

Cela tranche avec l’autre récit qui, concentré sur seulement quelques personnages, est, lui, impossible à lâcher.

Lemay récupère le major Ivan Vassilevski au camp de concentration de Ravensbrüch, où se trouve Delphine Sauvée. Pour rentrer au Canada, le trio doit traverser une Allemagne dévastée, alors qu’ils ont à leurs trousses, sans le savoir, un commando russe délégué par le cruel Béria, responsable des services secrets sous Staline.

On suit leur cavale avec un mélange de crainte propre au suspens et une grande curiosité historique.

On est intrigués aussi par Delphine. Canadienne, noire et prisonnière d’un camp allemand : que fait-elle là ? Il faudra attendre les dernières pages pour le savoir, et on en aurait pris franchement plus.

Au final, l’espionnage et l’histoire l’emportent donc sur le polar comme moteurs du récit. Mais quelles formidables leçons du passé !