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Uber encore loin de la rentabilité

Uber encore loin de la rentabilité
AFP

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SAN FRANCISCO — Uber est encore loin de rassurer les investisseurs, échaudés par des débuts chaotiques en Bourse et des pertes toujours abyssales, trimestre après trimestre, même si la plateforme de réservation de voitures avec chauffeur (VTC) multiplie ses efforts pour parvenir à la rentabilité. 

Au troisième trimestre, le leader du secteur a perdu 1,2 milliard de dollars, soit près de 200 millions de plus que l’année dernière. Son titre baissait de plus de 5 % lors des échanges électroniques après la clôture de la Bourse de New York lundi. 

Le déficit est en partie causé par des dépenses exceptionnelles liées aux rémunérations en action distribuées aux employés à l’occasion de l’arrivée d’Uber à Wall Street. 

Mais le groupe peine surtout à maîtriser ses dépenses : ses coûts totaux sont passés de 3,7 milliards de dollars il y a un an à près de 5 milliards sur le trimestre écoulé, notamment à cause des dépenses en marketing pour rester le leader du secteur malgré la compétition d’autres sociétés comme Lyft. 

Uber a supprimé plus de 1200 emplois depuis juillet, dans l’ingénierie, le marketing, mais aussi son service de livraison de repas Uber Eats et le développement de technologies de voitures autonomes. 

Pour redonner confiance, l’entreprise promet désormais « la rentabilité en termes de bénéfice opérationnel » pour l’année 2021, grâce aux effets d’échelle et à ses investissements dans les technologies. 

« Nous sommes encore très loin du compte dans notre activité de transport des personnes », a admis Dara Khosrowshahi, le patron du groupe, lors d’une conférence aux analystes. 

« Notre stratégie est simple : investir agressivement pendant les 18 prochains mois dans les marchés où nous avons confiance en notre capacité à devenir ou rester le numéro 1 ou 2 », a-t-il expliqué. 

« Flexibilité » 

Il table notamment sur la nouvelle application mobile, en phase de test, qui propose à ses utilisateurs de réserver une voiture, mais aussi de comparer le rapport qualité-prix avec les transports en commun, de trouver un vélo électrique ou encore de commander un repas (Uber Eats). 

« Nous avons grandi tellement vite, nos équipes n’ont pas eu le temps de souffler et d’optimiser les processus », a-t-il remarqué. 

Il parie sur les investissements dans les technologies, plutôt que les nombreuses promotions accordées jusqu’à présent, pour distancer la concurrence. 

Mais Uber doit lutter sur d’autres fronts que celui de la compétition avec ses rivaux. 

La Californie a ratifié en septembre une loi qui doit contraindre les géants de la réservation de voitures à requalifier les chauffeurs de VTC en salariés. Un coup dur pour la « gig economy », l’économie des employés indépendants qui travaillent aujourd’hui sans protection ni garanties. 

Le groupe incarne en bonne partie ce modèle, lancé dans ce même État en 2013, et entend bien le défendre coûte que coûte, y compris devant les tribunaux. 

« Nous espérons que les politiques américains seront partants pour définir de nouveaux modèles gagnant-gagnant, qui sont en ce moment même mis en place en Europe », a détaillé le PDG. 

Il a notamment évoqué la loi mobilité adoptée en France en septembre, qui prévoit des obligations pour les services comme Uber ou Deliveroo, avec des garanties pour les livreurs (transparence au niveau du prix des courses), mais aucune obligation en matière sociale. 

« La flexibilité est la première raison pour laquelle nos conducteurs apprécient notre plateforme », a-t-il insisté. 

« Entreprises magiques »  

Le groupe a publié un chiffre d’affaires meilleur qu’attendu, à 3,8 milliards, en hausse de 30 %.  

L’application compte désormais 101 millions d’utilisateurs actifs mensuels (+26 %) et elle a débouché sur 1,77 milliard de courses de juillet à septembre, soit 31 % de plus qu’il y a un an. 

Uber Eats a de son côté rapporté 645 millions de dollars, soit un bond de 64 % en un an. Son service de fret progresse fortement aussi, de 78 % à 218 millions. 

Mais le transport des personnes reste le cœur de métier d’Uber et représente l’essentiel de ses revenus, or cette activité ne croît plus aussi vite qu’avant.  

Le montant brut des réservations pour les VTC, l’argent qu’Uber reçoit avant de payer les chauffeurs et d’autres dépenses comme les péages, s’est élevé à 12,6 milliards de dollars, en hausse de 20 % sur un an. 

« Les entreprises magiques de ce monde sont celles qui parviennent à la fois à augmenter leurs revenus à grande échelle, améliorer les marges, attribuer les capitaux de manière efficace et faire ce qui est juste pour tous les acteurs concernés », a commenté Dara Khosrowshahi. « Nous travaillons à devenir l’une de ces entreprises magiques. »