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La CAQ montre-t-elle son vrai visage?

Banalisation de la science, élimination des contre-pouvoirs, concentration du pouvoir entre les mains des ministres... C’est ça, la CAQ?

La CAQ montre-t-elle son vrai visage?
Simon Clark/Agence QMI

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Banalisation de la science, élimination des contre-pouvoirs, concentration du pouvoir entre les mains des ministres... C’est ça, la CAQ?   

Les « zétudes » kossa donne!  

La scène s’est déroulée lors de la précédente législature, quand le Parti libéral de Philippe Couillard gouvernait encore. Mai 2018, la CAQ tient son congrès et la discussion portera sur les maternelles 4 ans.   

C’est que l’Observatoire des tout-petits, l'un des nombreux groupes d’expertise en matière de petite-enfance que le Québec a développés au cours des années, venait de réitérer que le milieu de vie optimal pour les enfants d’âge préscolaire demeurait le centre de la petite enfance (CPE).   

Le hic, c’est qu’à la CAQ, il y a des députés (aujourd’hui ministres) qui sont allergiques aux CPE. Et cette fois-là, le député Éric Caire s’était donné des airs de Elvis Gratton. Ne s’appuyant sur rien d’autre que du vent, celui-ci avait balayé du revers de la main l’avis des experts :   

« Je veux bien qu’une étude me dise que j’ai tort, vos enfants ont été mal servis, mais ce n’est pas vrai, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise! »  

En somme, à la manière des climatosceptiques, Éric Caire s’était moqué du travail de celles (surtout des femmes en ce domaine) dont c’est précisément l’expertise que de se pencher sur la qualité des services en petite enfance. Par des études, et de manière empirique. Ce qui a plus de valeur que l’expérience personnelle du député.   

À l’époque, la CAQ ne gouvernait pas. Maintenant, oui. Et ce type d’attitude, de la part de législateurs, est inquiétant. Il est impératif que ceux qui votent les lois le fassent non par pur acharnement idéologique, mais bien en fonction de l’intérêt supérieur de ceux qu’ils gouvernent.   

Et dans le dossier des maternelles 4 ans, on a souvent l’impression que ce gouvernement agit, justement, et spécifiquement, par acharnement idéologique.   

Concentration des pouvoirs  

La première année de gouvernance caquiste est loin d’être rassurante pour ceux qui espéraient que ce gouvernement serait « à l’écoute des gens », ou plus collaboratif.   

Dans un exercice méticuleux et documenté, le journaliste Michel C. Auger fait la recension des occurrences troublantes où ce gouvernement a éliminé les contre-pouvoirs afin de concentrer le plus possible le pouvoir décisionnel entre ses mains.   

Quelques exemples rapportés par Michel C. Auger :   

À propos d’Hydro-Québec : « À part Hydro-Québec et le gouvernement caquiste, il n’y a pratiquement personne qui appuie le projet de loi 34. Ce qui est particulièrement troublant, c’est de voir le gouvernement émasculer la Régie de l’énergie, créée justement pour faire contrepoids à un monopole d’État et aux intentions politiques à court terme du gouvernement du jour. »  

En environnement : « Les mauvais projets financés par l’ancien Fonds vert sont bien connus, et il était certainement nécessaire de revoir sa gouvernance. Mais certainement pas en abolissant un conseil de gestion qui avait justement été créé pour éviter ces abus et ces erreurs.

En fait, pour corriger les errances de ce qui était un fonds discrétionnaire sous contrôle du ministre, on abolit le conseil de gestion pour que le nouveau Fonds vert redevienne un fonds discrétionnaire. Encore une fois, on supprime un contre-pouvoir. »  

  

Caricature Ygreck
14 septembre 2019
Commissions scolaires
François Legault
Jean-François Roberge
Le Journal de Québec
Caricature Ygreck 14 septembre 2019 Commissions scolaires François Legault Jean-François Roberge

En éducation : « L’abolition des commissions scolaires procède de la même logique de neutralisation des contre-pouvoirs. Les commissions scolaires ont été, depuis le début du mandat de la CAQ, les principales critiques des initiatives du gouvernement en éducation.

Elles ont soulevé des doutes sur le projet phare de la CAQ, les maternelles 4 ans, que ce soit sur le manque de personnel et de locaux, sur les budgets ou sur la cohabitation avec le réseau existant des centres de la petite enfance.

Évidemment, le mandat démocratique des commissaires d’école était faible, vu le taux de participation famélique aux élections scolaires. Mais cela ne justifie pas, en soi, de les abolir, même s’il s’agit d’une vieille promesse du temps de l’Action démocratique du Québec (ADQ), précurseur de la CAQ. »

Ce gouvernement fait une obsession de réaliser ses promesses. Il n’y a rien de mal, a priori, à le faire, c’est même souhaitable. À moins que cela ne procède d’un acharnement idéologique qui est contraire aux intérêts de la population.   

  

Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi 40, loi modifiant principalement la Loi sur l'instruction publique relativement à l'organisation et à la gouvernance scolaire, le lundi 4 novembre 2019 au Parlement de Québec. Ici, Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ).
SIMON CLARK/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI
Simon Clark/Agence QMI
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi 40, loi modifiant principalement la Loi sur l'instruction publique relativement à l'organisation et à la gouvernance scolaire, le lundi 4 novembre 2019 au Parlement de Québec. Ici, Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). SIMON CLARK/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Les boutades du genre « moi, on ne me parle pas de gouvernance scolaire ou des commissions scolaires quand je rencontre la population », servies hier par le ministre de l’Éducation à ceux qui ont osé soulever de vifs questionnements à propos de son projet de loi visant à abolir les commissions scolaires, ne remplaceront pas les justifications nécessaires à une réforme de telle envergure.  

Jusqu’à maintenant, les justifications apportées par le gouvernement dans les dossiers des maternelles 4 ans, en environnement en général, mais en particulier dans la réforme du Fonds vert et dans la perception favorable par la CAQ du projet de gazoduc GNL avant même que le BAPE n’intervienne par le moyen de la science et des études pertinentes, sans oublier le louvoiement franchement ridicule à propos de la réforme en immigration – notamment cette honteuse attaque envers les étudiants étrangers -, voilà autant de voyants rouges qui devraient inciter la population à une réflexion urgente sur la façon dont la CAQ manie le gouvernail.  

Pour l’heure, la CAQ est seule sur la patinoire.   

Le PQ jettera un jalon important de la suite des choses en fin de semaine lors de son congrès à Trois-Rivières, mais force est de constater que le parti est occupé à plus pressant que d’attaquer sans relâche le gouvernement. Tsé, comme essayer de ne pas sombrer dans la désuétude...  

Idem en ce qui a trait au Parti libéral. Entre les dizaines d’appels lancés à « n’importe qui sauf Gertrude » pour espérer sauver Jean-Talon et les autres que l’on espère comme de prétendants prestigieux à la chefferie du parti – autrefois âprement disputée –, disons qu’il y a plus pressant à surveiller sur la cuisinière...   

  

La CAQ montre-t-elle son vrai visage?
Simon Clark/Agence QMI

Quant à Québec solidaire, ce parti qui a plus des allures d’association étudiante, on croirait que ceux-ci n’ont pas encore dégrisé de leur « victoire morale » d’octobre 2018. On multiplie les coups d’éclat, tantôt à propos de l’urgence climatique, tantôt contre la méchante loi 21, ou, du siège de la 2e opposition d’une province du Canada, tenter de rapatrier la COP25... On se demande parfois ce qu’ils font à l’Assemblée nationale.   

Faute d’une opposition digne de ce nom à l’Assemblée nationale, François Legault a le beau jeu et pèse fort sur l’accélérateur afin de légiférer dans des dossiers épineux, lesquels pourraient susciter de la grogne dans la société civile.   

N’excluons pas quand même que sur les questions environnementales, en éducation et même en santé où tout est loin de s’améliorer, le gouvernement trouve matière à réfléchir.   

Il y a danger que la CAQ fasse l’unanimité contre elle dans le dossier des commissions scolaires. Déjà, les représentants de la collectivité anglophone n’aiment pas du tout la nouvelle formule de représentation démocratique comme l’expliquait l’ancien député libéral Russell Copeman, hier.   

Et couper la représentation démocratique de la population francophone seulement? Le tout pour saborder les commissions scolaires et les remplacer par le même nombre de centres de service en promettant des économies très modestes quand on sait que le rebrassage de structure se traduit toujours par des dépenses plus élevées que prévu!   

Nuages à l’horizon. Et le gouvernement caquiste ferait erreur de ne pas penser plus loin que cette obsession à réaliser ses promesses. Tout est loin d’être rose après un an de gouvernance.