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Un mandat difficile

Le maire de Québec, Régis Labeaume, lors du conseil municipal d’hier.
Photo Stevens Leblanc Le maire de Québec, Régis Labeaume, lors du conseil municipal d’hier.

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La moitié du quatrième mandat de Régis Labeaume à la tête de la Ville de Québec s’est écoulée, et jamais le maire et son équipe n’ont paru aussi peu en possession de leurs moyens.

Après sa réélection en novembre 2017, le maire réussit son meilleur coup. Il négocie en secret avec le gouvernement du Québec pour dénouer l’impasse dans laquelle se trouve le projet de transport structurant. Largué par la Ville de Lévis, le projet de SRB n’est plus.

En mars 2018, M. Labeaume et le premier ministre d’alors, Philippe Couillard, présentent un projet structurant de 3,3 milliards incluant tramway, trambus et nouvelles lignes de Métrobus.

Régis Labeaume parviendra ensuite à obtenir l’engagement de tous les partis à l’Assemblée nationale pour le financement du projet. La contribution du fédéral a été confirmée en 2019. Ce sera certainement son plus grand legs.

Essoufflement

Dans les mois qui suivent, le maire montre toutefois plusieurs signes d’essoufflement. Moins passionné, il se montre des plus impatients.

Il y va même d’une déclaration malheureuse à l’endroit de son bras droit Jonatan Julien, qui selon lui l’aurait « échappé » dans le dossier de la centrale de police.

Ce faux pas, qui mènera à la démission de M. Julien puis à son départ pour la CAQ, sera le signe annonciateur d’une année houleuse pour le maire.

Deux mois plus tard, un autre conseiller d’Équipe Labeaume, Raymond Dion, devient indépendant « pour pouvoir s’exprimer plus librement ».

Mais plus encore, le départ de M. Julien mène à une élection partielle dans Neufchatel-Lebourgneuf. Un an plus tôt, Équipe Labeaume l’avait emporté avec une importante avance. Le maire aurait-il tenu les électeurs pour acquis ?

Néanmoins, avec un taux de participation anémique et un résultat très serré, le conseiller Patrick Paquet, de Québec 21, est élu. Signe des temps, pour la première fois depuis 12 ans, Régis Labeaume doit faire face à six conseillers d’opposition.

« One man show »

Comble de malheur, M. Labeaume annonce en mars dernier qu’il combat un cancer de la prostate. La maladie l’a mis hors circuit pour plusieurs mois.

En plus de l’épreuve sur le plan humain, il s’agit d’un défi considérable pour une équipe forgée sur le modèle du one man show.

L’absence du maire aurait dû contribuer à mettre à l’avant-plan des personnalités plus fortes de son équipe.

Le plus en vue, Rémy Normand, se montre plus maladroit qu’efficace. Il est d’ailleurs surprenant de voir que personne, dans l’entourage du maire, ne lui a encore expliqué qu’il ne gagnerait jamais rien à se mettre à dos les journalistes.

On aurait avantage à donner plus de place à Marie-Josée Savard, également vice-présidente du comité exécutif, qui s’exprime mieux et paraît plus diplomate.

Moins d’engouement

Puis, autre signe des temps, le cocktail de financement d’Équipe Labeaume, qui attire toujours bon nombre de supporteurs de l’administration en place, ne s’est pas avéré aussi rassembleur cette année. Les gens ne se sont pas déplacés en aussi grand nombre.

À mi-chemin de ce quatrième mandat, les vents contraires soufflent, et de grands efforts devront être déployés pour ramener le navire dans la bonne direction.

La tâche est immense, d’autant plus qu’on sent que, depuis son retour à la fin du printemps, M. Labeaume lutte pour tenter de retrouver son énergie.

Bons coups :

► Régis Labeaume est parvenu à boucler le financement fédéral et provincial pour le tramway-trambus, ce qui permettra d’aller de l’avant avec la réalisation du plus grand projet d’infrastructure de l’histoire de Québec, au coût de 3,3 milliards $.

► Très critiquée, l’idée de déménager le Marché du Vieux-Port a abouti avec l’ouverture du Grand Marché de Québec cette année. Installé à deux pas du Centre de foires, du Centre Vidéotron et de la Place Jean-Béliveau, le Grand Marché est non seulement magnifique, mais s’avère un succès de foule, et les commerçants n’ont eu que de bons commentaires.

► Le maire est parvenu à obtenir une aide du gouvernement du Québec de 50 millions pour son projet de zone d’innovation du littoral Est. Identifié comme « le prochain projet de société » par Régis Labeaume, le tout prévoit des aménagements sur huit kilomètres, entre le Domaine Maizerets et la chute Montmorency, dans l’optique de redonner l’accès au fleuve.

► Le très attendu plan de sécurité routière dévoilé le mois dernier par la Ville de Québec a reçu un accueil très favorable. Il prévoit la diminution des limites de vitesse sur plusieurs artères, l’ajout de radars photo mobiles, et des investissements de 60 M$ sur cinq ans pour diverses mesures.

Mauvais coups :

► Au printemps, le maire y va d’une sortie inédite contre l’un de ses bras droits, Jonatan Julien, qui l’aurait échappé selon lui dans le dossier de la centrale de police de Québec. Depuis, l’administration Labeaume multiplie les cafouillages dans ce dossier, qui traîne en longueur et souffre d’un manque de transparence.

► Le maire et son équipe offrent une bien mauvaise performance en termes de communications au sujet du projet de transport structurant de Québec, et ce faisant, laissent la place aux détracteurs.

► En l’absence du maire Régis Labeaume, son bras droit Rémy Normand tente de gérer une crise avec les commerçants de la route de l’Église. En raison de travaux très encombrants, ceux-ci désespèrent, et l’un d’eux est même contraint de fermer ses portes. M. Normand les invite alors à s’adapter, sortie pour le moins maladroite. Un mois plus tard, la Ville annonce qu’ils seront indemnisés.

► Le maire a souvent dû s’excuser ou reculer pour avoir prononcé des paroles désobligeantes à l’endroit d’autres élus. L’idée d’avoir comparé les élus de Québec 21 à des autistes était inappropriée et indigne d’un maire.