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Une montée de lait de Radio-Canada

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Radio-Canada a terminé le mois d’octobre en faisant à mon endroit une montée de lait qu’elle a rendue publique, vendredi, sur son site de presse.

Société très égocentrique s’il en est, Radio-Canada entame son communiqué en déclarant que « je consacre une part importante de mes chroniques » à la critiquer. Sur plus de 100 chroniques par an, j’estime qu’environ une quinzaine concernent Radio-Canada. Certaines sont élogieuses et j’ose croire que les autres sont constructives ou qu’elles sont utiles pour comprendre les problèmes complexes d’une télé publique.

J’ai toujours clamé l’extrême importance de Radio-Canada. Son existence est même vitale pour les francophones hors Québec. Sans la CBC, la fragile cohésion du Canada anglais pourrait éclater. C’est pour ces graves raisons que je suis aussi critique à l’égard du diffuseur public.

DES EXIGENCES NORMALES

Il faudrait être imbécile pour ne pas être exigeant envers une télévision qui reçoit, bon an mal an, plus de 1,2 milliard $ du trésor public, plus de 315 millions $ en publicité, plus de 100 millions $ du Fonds des médias, sans compter quelques centaines de millions en redevances pour ses chaînes spécialisées et les abonnements à tou.tv Extra et CBC Gem Premium.

Le communiqué de la SRC me trouve injuste d’avoir qualifié tou.tv de « plateforme cheap ». Si j’ai utilisé ce qualificatif, c’est pour différencier tou.tv et CBC Gem qui ne coûtent rien, de tou.tv Extra et de Gem Premium qui coûtent respectivement 6,99 $ et 4,99 $ par mois, plus taxes.

À deux ou trois reprises depuis sa création en 2014, je me suis indigné de l’existence de tou.tv Extra dans notre paysage audiovisuel. C’est inconcevable que le diffuseur public crée ainsi deux classes de téléspectateurs : ceux qui ont les moyens de regarder une série en rafale et sans publicité et les « pauvres », qui doivent attendre qu’elle soit diffusée plus tard, à la petite semaine, et entrecoupée de publicité, sur la chaîne principale.

Avec tou.tv Extra et CBC Gem Premium, CBC/Radio-Canada­­­ agit exactement comme s’il était un diffuseur privé au même titre que TVA et CTV, à qui appartiennent illico et Crave. Pour paraphraser un vieux slogan de CKAC, c’est comme si Radio-Canada avait conclu que si les diffuseurs privés le font, le diffuseur public peut le faire aussi.

DE LA COHÉRENCE, S.V.P.

Comble de l’insulte, tout.tv Extra se permet même de diffuser des émissions d’autres chaînes, généralistes et spécialisées, comme si Radio-Canada pouvait à son gré devenir télédistributeur au même titre que Bell, Vidéotron ou Telus. Il est plus que temps qu’Ottawa révise la loi sur la radiodiffusion et mette de l’ordre et de la cohérence dans notre paysage audiovisuel.

Les Canadiens ont déjà fait une importante concession en acceptant de payer un abonnement mensuel pour avoir plus de nouvelles sur les chaînes d’information continue RDI et CBC News. À peu près au même moment, ils ont vu les sports les plus populaires disparaître des chaînes généralistes du service public pour se retrouver sur des chaînes auxquelles ils doivent maintenant s’abonner.

Permettez-moi de ne pas revenir sur la création des chaînes ARTV et Explora qui ont permis à Radio-Canada de se délester d’une partie de son mandat « culturel » tout en obligeant les spectateurs à payer pour ce qu’ils avaient l’habitude de voir gratuitement.

Merci, Radio-Canada. Votre communiqué me permet de revenir sur toutes ces questions.