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La vente de nos entreprises: l’exemple de la France

Drapeau français
Photo Archives / AFP

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Des élus colonisés  

Dans le cas de la vente de la québécoise RONA à la multinationale américaine Lowe’s pour 3,2 milliards de dollars en 2016, nos élus et le patronat, au lieu de faire comme partout ailleurs en Occident en s’opposant à la transaction, au nom du bien-être de l’ensemble des Québécois – et non seulement des actionnaires et du marché –, ont vivement applaudi. Enfin quelque chose qui va enrichir les Québécois, que clamaient les libéraux, les caquistes et le patronat.    

Pour moi, cela dépassait l’entendement et la raison, d’entendre les propos suivants, empreints de minimalisme et d’ignorance, énoncés par des élus libéraux et caquistes. Il y a l’ex-ministre libérale de l’Économie, Dominique Anglade, qui a dit cette énormité: «Vente de RONA, une transaction bénéfique pour le Québec».    

Et ne voulant pas rester sur le carreau, le très «érudit» Philippe Couillard a lancé ces missiles: «RONA. Couillard prône une économie ouverte aux marchés étrangers» et «RONA: Nous ne construirons pas un mur autour du Québec».    

Et en plus, il y a les chambres de commerce qui ont applaudi à ce délestage, de même que l’ex-vice-président de la Caisse de dépôt et placement, devenu ministre caquiste: «La vente de RONA était justifiée, croit Christian Dubé».    

Ça ne se peut pas, dites-moi que je rêve. On vient donc de trouver la façon d’enrichir le Québec: vendre plus de nos entreprises comme Metro, Desjardins, et pourquoi pas Québecor à des étrangers? Être locataire dans son pays, c’est mieux que d’en être propriétaire, n’est-ce pas?    

Pas de souveraineté politique sans souveraineté économique  

Soyons sérieux. On demande juste à nos politiciens de faire le strict minimum, comme ailleurs en Occident, de la France à l’Italie, en passant par la Grande-Bretagne et les États-Unis. Oui, les États-Unis, dont les élus se sont opposés à la vente de raffineries, de ports, etc. à des étrangers, au nom de la sécurité nationale et des valeurs patriotiques. Seuls les dirigeants de pays sous-développés se comportent comme nos représentants politiques.     

Dans la décision de vendre une entreprise stratégique à des étrangers, on doit privilégier le mieux-être de l’ensemble de la population avant celui des patrons, des actionnaires et des professionnels (banquiers, avocats, comptables, relationnistes, etc.). Il faut avoir une vue d’ensemble, ce que certains n’ont pas, ne se croyant redevables qu’à certains. Mais tout le monde sait ça, qu’il ne peut y avoir de souveraineté politique et sociale, et qu'on ne peut être vraiment maîtres chez nous sans une bonne dose de souveraineté économique. Pourtant, certains ont de la difficulté à comprendre cette élémentaire évidence.     

Il n’y a pas meilleur moyen de s’appauvrir collectivement que de céder le contrôle de notre économie à des étrangers. Pire que la dette publique, cela représente une dette permanente qui fera que l’argent sortira du pays chaque année. Et en plus, ces gros actionnaires étrangers exercent toujours une influence marquée sur nos élus et sur l’élaboration de nos propres politiques sociales et fiscales. Ils embauchent même des élus après leur fructueuse carrière politique.     

Prenons le cas de la France: Renault et Peugeot  

En France, les gouvernements, tant de gauche que de droite, sont tout le contraire des nôtres. Pas plus tard qu’au mois de mai 2019, la firme italo-américaine Fiat Chrysler a voulu acquérir la française Renault, dans laquelle le gouvernement français est actionnaire à 15%. Le gouvernement français, au nom de l’intérêt supérieur de la collectivité, n’était pas satisfait des engagements et des garanties: «Fiat s’impatiente et retire son offre de fusion».    

Autre pays, autres mœurs politiques. Je suppose qu’en France, ce sont des communistes qui construisent des murs autour de la France et qui sont fermés à l’investissement étranger? Non, ils ne font que se comporter en véritables commis d’État.     

Ayant été écartée par Renault, Fiat Chrysler tente maintenant sa chance avec la française Peugeot, dans laquelle l’État français est actionnaire à hauteur de 12%: «Mariage en vue pour Fiat Chrysler et Peugeot».    

Mais, avant de convoler en justes noces, elles devront offrir au gouvernement français, en termes de maintien des emplois, du siège social, des usines et des investissements en France, des engagements fermes et écrits – et non volatifs, temporaires et à géométrie variable comme au Québec. J’ai bien dit des engagements écrits, expurgés de plein d’échappatoires, contrairement à ce qui se fait ici au Québec, avec de simples promesses, «sincères» mais verbales.    

Et encore en France: Alstom  

En 2014, l’État français, encore à juste raison, a rejeté l’offre de l’allemand Siemens au profit de l’américain General Electric: «Alstom: Paris préfère l’américain GE à l’allemand Siemens».    

Faisant valoir sa «vigilance patriotique», le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg a alors posé nombre de conditions et l’État français a fait son entrée au capital-actions du groupe industriel à hauteur de 20%. Ici, nos élus ne veulent pas formuler de véritables conditions, pour ne pas irriter l’acheteur, brimer la «liberté» du marché ou «polluer» l’environnement économique. Le laisser-faire et l’autoréglementation, c’est mieux que l’interventionnisme, n’est-ce pas?    

Suez et Gaz de France (GDF)  

Février 2006, afin de contrer une offre hostile de l’italienne Enel sur la française Suez, deux géants de l’énergie, il se trouve que le gouvernement français a «précipité» la fusion de Suez avec Gaz de France, dans laquelle l’État français détenait 80% du contrôle, afin d’éviter la chute de ce fleuron dans des mains étrangères. À la suite de l’achat de Suez par Gaz de France, le gouvernement français s’est assuré que sa participation ne soit en aucun cas inférieure à la minorité de blocage, soit 34%: «La France met au point la fusion entre GDF et Suez».    

GDF Suez est devenu le plus grand acheteur de gaz naturel d’Europe, se spécialisant aussi dans l’énergie nucléaire. Et en se portant acquéreur, en 2010, de l’anglaise International Power, GDF Suez, maintenant appelé Engie, est devenu le numéro 2 de l’électricité au monde, derrière Électricité de France (EDF), que l’État français contrôle à 84,5%.    

En France, le gouvernement incite EDF à s’étendre à l’étranger et dans l’éolien, alors qu’ici, au Québec, nos gouvernements ont ordonné à Hydro-Québec de vendre ses lucratifs placements étrangers et de ne point entrer dans le domaine de l’éolien. Ça fait qu’au Québec même, la société d’État française EDF est devenue un acteur majeur dans l’éolien. La française EDF est capable d’opérer dans l’éolien, mais pas notre instrument collectif Hydro-Québec. Comprenez-vous quelque chose à ça?    

Et enfin, dans le cas des géants Danone et Aventis  

Afin de contrer une autre offre étrangère sur la pharmaceutique française Aventis, le gouvernement français est encore intervenu et a orchestré sa fusion avec une autre française: «La création du troisième groupe mondial Aventis dit oui à Sanofi» (Le Journal de Montréal, 26 avril 2004). Ici, au Québec, nos gouvernements se sont empressés de vendre notre joyau collectif IAF-Biochem Pharma à l’anglaise Shire. Et il ne reste plus rien de notre ex-société d’État. Et en 2005, Pepsi avait des visées sur le géant français de l’agroalimentaire Danone, et le gouvernement français s’y est opposé: «Jacques Chirac se porte à la rescousse de Danone».    

En somme, la France fait simplement ce que les autres font, sauf au Québec. Pourquoi?