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Surdiagnostic du TDAH: la pression de l'école confirmée par une étude

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Photo d'archives, Jean-François Desgagnés

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Le surdiagnostic entourant le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les enfants québécois s’explique en partie par la pression exercée par l’école à ce chapitre, selon une étude qui permet pour la toute première fois de documenter ce phénomène au Québec.  

La sociologue Marie-Christine Brault, professeure à l’Université du Québec à Chicoutimi, mène un projet de recherche permettant d’étudier le contexte scolaire entourant les diagnostics reliés au TDAH, alors que la consommation de psychostimulants comme le Ritalin est trois fois plus élevée au Québec que dans le reste du Canada.   

 «C’est sûr que l’école contribue au problème, même si elle n’est pas la seule. Mais il y a très certainement un lien», affirme Mme Brault.   

Pression pour un diagnostic  

Ce projet de recherche, auquel ont participé près de 1800 élèves québécois, est notamment basé sur une vingtaine d’entrevues réalisées avec des intervenants du réseau scolaire, dont plusieurs enseignantes.   

Ses résultats préliminaires permettent de documenter la pression exercée par l’école pour l’obtention d’un diagnostic de TDAH chez des élèves turbulents et en difficulté, perçu comme une solution médicale permettant à l’enfant de mieux réussir.   

«On savait qu’il y avait une médicalisation des difficultés scolaires, mais on ne voyait pas l’ampleur de la situation, affirme Mme Brault. Ce travail permet de voir que c’est ancré dans les pratiques.»   

La sociologue a par ailleurs été étonnée de constater à quel point les enseignants sont impliqués dans le processus menant à un diagnostic: certains recommandent ouvertement aux parents de consulter pour un TDAH, leur parlent des bienfaits de la médication, contribuent à l’ajustement de la dose et administrent le médicament en cas d’oubli.   

Ce type de pratique n’est aucunement toléré en Belgique, qui a fait l’objet d’une étude comparative avec le Québec dans le cadre de ce projet de recherche, souligne Mme Brault.   

Pour le bien de l’élève  

La pression exercée par l’école pour obtenir un diagnostic de TDAH «n’est pas faite de façon négative» puisque tous les intervenants rencontrés ont à cœur la réussite de leurs élèves, tient toutefois à préciser Mme Brault.   

Faute de moyens pour aider les élèves en difficulté, des enseignants «à qui on exige beaucoup» se tournent vers l’obtention d’un diagnostic, explique-t-elle.   

La faute doit être rejetée sur le réseau scolaire, et non pas directement sur les enseignants, même si certains y contribuent, ajoute la professeure de l’UQAC.   

Devant un parent qui refuse de faire évaluer son enfant pour un TDAH, des enseignantes lui ont raconté qu’elles allaient «travailler» le parent pour l’amener à réaliser que son enfant a bel et bien besoin de médication.   

Stratégie concertée  

Pour enrayer la progression fulgurante du nombre de jeunes Québécois diagnostiqués avec un TDAH depuis 20 ans, la sociologue recommande notamment de limiter le rôle des enseignants impliqués dans le processus et de mieux les former concernant les inconvénients reliés au phénomène du surdiagnostic.   

Le plus important reste toutefois de développer une stratégie concertée entre l’école, la famille et le réseau de la santé afin de réduire la consommation de psychostimulants chez les enfants québécois, précise Mme Brault.   

Les résultats préliminaires de cette étude seront présentés mercredi lors du début des audiences de la commission parlementaire sur la consommation de médicaments pour traiter le TDAH.   

En février, une soixantaine de pédiatres avaient sonné l’alarme, dénonçant le recours trop facile aux médicaments pour traiter un TDAH chez les jeunes Québécois.   

Selon l’étude de Mme Brault, 17,5% des élèves du début du primaire ont un diagnostic de TDAH et 90% d’entre eux consomment des médicaments qui y sont associés. En Belgique, seulement 2,5% des élèves flamands ont reçu ce diagnostic et parmi eux, la moitié sont médicamentés.