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Fin de lune de miel, cocktail caquiste

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Photo Agence QMI Dans son livre, en 2018, Simon Jolin-Barrette écrivait : « Le rôle de l’élu est plutôt ingrat. Pour chaque décision qu’il prend, il crée des satisfaits. et des insatisfaits. »

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Comme une cerise sur le gâteau de l’humiliation (un recul ostentatoire sur une politique clé), la CAQ a trébuché en début de soirée, hier. 

Elle a perdu un vote sur une motion de l’opposition libérale par laquelle l’Assemblée nationale exigeait « du gouvernement caquiste qu’il annule dès maintenant les modifications récentes apportées » au Programme de l’expérience québécoise ! 

Une poignée seulement des 75 élus caquistes se trouvaient encore en chambre à ce moment. Certains participaient à un cocktail de financement du parti dans le cadre de la campagne électorale dans Jean-Talon ! 

En 2013, la CAQ avait réussi exactement le même type de coup au gouvernement Marois. Elle plaidait alors qu’une motion était un ordre, mais Jacques Chagnon, président à l’époque, s’appuyant sur la jurisprudence, avait statué qu’il s’agit d’une « contrainte d’ordre politique ou moral » ; que l’Assemblée émet donc « un souhait plutôt qu’un ordre ». 

N’empêche, la situation sembla, hier, conforter l’impression de désorganisation du gouvernement Legault, son caractère « brouillon ». 

Journée détestable 

François Legault confiait, hier matin, n’avoir pas aimé sa journée de mardi. Il avait eu l’air d’un vrai « sans-cœur » devant des étudiants étrangers en larmes, dans les tribunes du Salon bleu, en raison des effets de la politique d’immigration caquiste. 

On imagine que le premier ministre a encore plus détesté son mercredi. 

Un ministre clé, Simon Jolin-Barrette, contraint de faire marche arrière ; et qui affirme en plus avoir « averti » le premier ministre de sa décision. Ce que M. Legault a tenu subtilement à réfuter : « On a pris la décision ensemble. » 

« Rôle ingrat » 

Lorsque j’ai interviewé Simon Jolin-Barrette pour Qub, hier, un passage de son livre intitulé J’ai confiance (Québec/Amérique), publié en 2018, m’est revenu (p. 97) : « Le rôle de l’élu est plutôt ingrat. Pour chaque décision qu’il prend, il crée des satisfaits et des insatisfaits. Et la nature humaine est ainsi faite que les seconds ont tendance à se montrer plus expressifs que les premiers. Le politicien vit souvent dans une grande solitude, même au milieu de l’action. » 

Je lui ai demandé s’il se sentait seul. Évidemment, comme toujours, sa réponse semblait toute prête : « Non, je ne me sens pas seul du tout, parce que, voyez-vous, on est une équipe au gouvernement avec les députés, les ministres et le premier ministre. Et on fait le travail en équipe. » 

Le pire des deux mondes 

Oui, la politique est ingrate. Un jour, vous vous montrez ferme, car vous vous dites que c’est ce que les citoyens réclament. Le lendemain, devant l’évidence que votre politique aurait des conséquences néfastes, vous l’« ajustez ». Et à ce moment, vous passez pour un être désorganisé, cédant aux pressions, qui aurait dû y penser avant. 

Et c’est ainsi, dans le difficile exercice du pouvoir qui tient du funambulisme, que les nouveaux gouvernements voient leur lune de miel avec la population s’achever. 

C’est sans doute ce qui est en train d’arriver à la CAQ.