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Recours collectif : pactole des avocats!

Recours collectif : pactole des avocats!
Joël Lemay / Agence QMI

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À ses origines, la loi sur les recours collectifs avait pour but d’accroître l’accès à la justice. Plutôt à caractère social, on comprenait qu’elle permettait aux gagne-petit de pouvoir intenter une action collective contre les grandes corporations afin de faire valoir leurs droits. Les années passant, elle s’est transformée en mine d’or pour les firmes d’avocats, le comble du ridicule étant atteint avec les actions collectives contre le Mouvement Desjardins pour des réclamations de l’ordre de 8 milliards de dollars.

C’est un fait avéré maintenant, l’ensemble des particuliers chez Desjardins a fait l’objet d’un vol de données par un employé peu scrupuleux avec peut-être l’aide de quelques complices de l’intérieur. Selon les médias, ces données auraient été transmises à des courtiers véreux de la région de Québec et pourraient même se retrouver sur le dark web. Dans la turbulence ainsi créée, quelques firmes d’avocats, pressées d’être les premières sur la ligne de départ pour ramasser un hypothétique gros lot, n’ont pas tardé à déposer leur demande de recours collectifs avec l’inscription d’un épargnant bien complaisant comme représentant.

Je ne sais quel sort sera réservé à ces éventuels recours, mais quoi qu’il en soit, les seuls gagnants ne pourront être que les avocats. Différemment des banques avec leurs actionnaires qui empochent les profits, le Mouvement Desjardins est une coopérative d’épargnes où les membres, en plus de recevoir des intérêts sur leurs épargnes et placements, reçoivent des ristournes sur les profits. Un règlement hors-cours ou une décision de la cour qui statuerait sur une quelconque compensation ,sera en bout de course assumé par les membres eux-mêmes qui verraient leur ristourne amputée ou le rendement de leurs placements périclité. En outre, certaines initiatives locales soutenues par les caisses seraient mises en péril. Ultimement, il n’y aurait que les avocats pour retirer un bénéfice net qui s’ajouterait à nos pertes sur le rendement de nos épargnes.

Pour les naïfs qui pourraient croire que ce n’est pas le capital des membres qui seraient affectés mais celui des administrateurs, ils déchanteront rapidement sur le gain espéré, encore qu’il faudrait démontrer la négligence grossière de ceux-ci. Les experts toutes catégories, y compris les chroniqueurs réputés, conviennent que tous les Canadiens ont probablement été victimes de vol de leurs données personnelles et dans certains cas plus d’une fois ces dernières années. Même nos gouvernements semblent dépasser par l’ampleur du problème et n’ont pas encore la solution pour contrer le phénomène. On parle de plus en plus de la nécessité de créer une nouvelle identité numérique plus sécuritaire, mais nous sommes loin de la concertation et de la mobilisation, des gouvernements et des agences concernées, nécessaires à cette révolution numérique.

Depuis la connaissance des faits, le Mouvement Desjardins a pris les mesures utiles et il a réaffirmé qu’aucun membre ne serait abandonné à lui-même. C’est là une attitude responsable qui s’inscrit dans la tradition de solidarité des caisses populaires créées par Alphonse Desjardins et osons croire que cette valeur trouvera tout son sens chez les membres. En attendant, il n’y a qu’à espérer qu’aucun juge n’accèdera aux demandes d’actions collectives contre Desjardins, car cela ne ferait qu’enrichir les avocats en perçant nous-même notre panier d’épargne.