/sports/others
Navigation

Alyson Charles: dédiée à son sport et à Dieu

Croyante catholique, la patineuse Alyson Charles vit pleinement sa religion

Alyson Charles prend régulièrement la parole durant le culte dominical.
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Alyson Charles prend régulièrement la parole durant le culte dominical.

Coup d'oeil sur cet article

Dans le tourbillon de son sport et de la vie, Alyson Charles trouve un moyen pour se réfugier dans sa paix intérieure. Pour cette étoile montante du patinage de vitesse au Canada, le congé d’entraînement du dimanche lui permet de filer à l’église.

À l’Église Évangélique Galilée de l’arrondissement de Montréal-Nord, les fidèles ignorent peut-être qu’ils côtoient une patineuse aux portes d’une carrière florissante dans l’industrie mondiale de la courte piste.

Cette athlète qui a obtenu cinq podiums individuels dès sa première saison en Coupe du monde, dont une victoire au 1000 m à Salt Lake City il y a un an, se transforme en une jeune pratiquante âgée d’à peine 21 ans quand elle se fond parmi les habitués de la communauté haïtienne durant le culte dominical.

« C’est important pour moi parce que je suis chrétienne et que je suis croyante. Ma relation avec Dieu me ramène à la gratitude, comme juste le fait de dire merci, ne serait-ce que pour le privilège de respirer », explique-t-elle sagement.

Alyson Charles pose avec ses parents, Ralph Charles et Carole Théorêt, devant l’Église Évangélique Galilée, à Montréal-Nord, qu’elle fréquente tous les dimanches. « Alyson assume chacune de ses décisions comme elle le fait durant une course », la décrit son père.
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Alyson Charles pose avec ses parents, Ralph Charles et Carole Théorêt, devant l’Église Évangélique Galilée, à Montréal-Nord, qu’elle fréquente tous les dimanches. « Alyson assume chacune de ses décisions comme elle le fait durant une course », la décrit son père.

Un choix personnel

Toute petite, Alyson accompagnait chaque semaine ses parents – Ralph Charles et Carole Théorêt – à cette église du mouvement baptiste. Elle se souvient qu’autour de l’âge de 12 ans, les paroles de l’évangile l’ont interpellée. C’est maintenant sur une base personnelle qu’elle dit s’investir dans sa vie religieuse.

« Je n’ai pas eu à imposer un mode de vie à Alyson. J’ai toujours eu l’esprit ouvert avec elle, alors je veux qu’elle soit comme ça elle aussi. Quand elle fait quelque chose, c’est parce qu’elle le veut bien. Elle a une assez bonne assurance pour ne pas se laisser influencer », témoigne son père.

À chacun sa spiritualité

Une telle pratique de la foi détonne à notre époque, encore plus de la part d’une athlète de sa génération, surchargée par ses études en administration et six jours d’entraînement par semaine, incluant parfois deux séances quotidiennes sur la glace de l’aréna Maurice-Richard.

Il lui reste toujours du temps, semble-t-il, pour ajouter une action sociale à ses multiples obligations. Chaque dimanche à 10 h, elle partage le beau et le bien en animant l’école dominicale pour les enfants avant d’aller rejoindre les adultes, plus tard dans la journée, pour la célébration de la prière d’une durée de deux heures.

Des enfants écoutent la patineuse de l’équipe canadienne venue leur faire l’école dominicale. « Ils ne comprennent pas toujours quand je leur dis que je suis une patineuse de vitesse. L’autre jour, une petite fille croyait que je faisais du patinage artistique ! »
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Des enfants écoutent la patineuse de l’équipe canadienne venue leur faire l’école dominicale. « Ils ne comprennent pas toujours quand je leur dis que je suis une patineuse de vitesse. L’autre jour, une petite fille croyait que je faisais du patinage artistique ! »

« Je suis l’une des rares de mon âge à l’église, il y en a peut-être une dizaine, mais ça me permet de réaliser que chaque personne a sa propre spiritualité. Il y en a qui n’en ont pas, mais c’est tout aussi correct. Chaque personne est différente. Que je sois la seule ou qu’il y en ait d’autres, ce n’est pas important. Moi, je veux projeter l’image d’une personne authentique, pas seulement dans le patin, mais aussi à l’extérieur. Je veux démontrer comment je suis et d’où je viens », affirme la patineuse qui a contribué à la médaille de bronze du relais féminin aux derniers championnats du monde.

Demeurer saine

Derrière la locomotive Kim Boutin, les wagons d’Alyson Charles et de Courtney Lee Sarault semblent bien agrippés pour envisager une progression de l’équipe canadienne féminine d’ici aux Jeux olympiques de 2022. Assurément, parmi ces trois meneuses de l’équipe, il s’en trouvera une, guidée par sa démarche spirituelle, pour influencer le groupe avec son éthique du travail bien fait.

« Parfois, il y a des moments plus difficiles de motivation après des résultats moins satisfaisants. Mais généralement, je demeure saine », dit-elle.

« J’essaie de me rappeler que j’ai le contrôle sur ce qui se passe maintenant. Pour le passé, je ne peux plus rien changer et, pour ce qui va arriver dans le futur, je n’ai pas le contrôle. Qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui et en ce moment sur la glace pour devenir meilleure ? Ça ne sert à rien de trop me projeter dans l’avenir. Cette façon de penser m’aide à garder le focus sur mes tâches. »

De la simplicité du sport, il s’échappe parfois quelqu’un avec quelque chose de noble...

Le destin de son grand-père a dicté celui d’Alyson

Promue dans l’équipe canadienne de développement à l’âge de 17 ans, Alyson Charles a ensuite progressé jusqu’à la Coupe du monde l’an dernier.
Photo Agence QMI, Dominick Gravel
Promue dans l’équipe canadienne de développement à l’âge de 17 ans, Alyson Charles a ensuite progressé jusqu’à la Coupe du monde l’an dernier.

« Alyson aurait eu beaucoup de plaisir avec son grand-père. C’était un homme tellement proche du monde. »

Ralph Charles ne peut simuler qu’en image la relation que son propre père aurait développée avec sa fille Alyson, devenue une fierté dans la communauté haïtienne de Montréal. La meneuse de l’équipe canadienne et son frère, Olivier, personnifient une nouvelle génération de la famille Charles qui n’existerait pas au Québec si un événement tragique n’avait pas dicté le destin.

Fierté créole

Ralph Charles vivait avec ses six frères et sœurs à Saint-Marc, à une centaine de kilomètres au nord de Port-au-Prince. Un jour, leur vie a basculé quand leur père a péri tragiquement dans un accident de voiture. Ralph avait 15 ans. Quelques années plus tard, sa sœur aînée a émigré à Montréal, une initiative qui allait ensuite inciter leur mère veuve et toute sa famille à choisir le Québec comme nouvelle demeure en 1987.

Odilon Charles ne l’aura jamais su, mais cette fatalité a procuré au Québec l’un des joyaux de la relève internationale du patinage de vitesse. Non seulement sa petite-fille Alyson perpétue notre tradition d’excellence dans ce sport, mais elle nourrit en même temps une fierté pour Haïti et la culture de ses ascendants.

« C’est quelque chose qui fait partie de moi et que je chéris », estime la patineuse qui a participé à quatre championnats mondiaux juniors avant sa promotion avec l’équipe de Coupe du monde la saison dernière.

« Si ça peut inspirer au moins un jeune de la communauté haïtienne, j’en serais heureuse », affirme l’athlète de 21 ans, qui parle le créole, même si « on détecte vite [qu’elle a] un accent ! »

Privilégiée

Quand les conditions politiques et économiques en Haïti le permettront, elle aimerait visiter pour la première fois le pays d’origine de son père. Entre-temps, elle s’imprègne de la culture en côtoyant ses oncles et tantes, cousins et cousines, et surtout sa grand-mère, « qui a été très forte pour prendre la charge de pourvoir à sa famille ».

Depuis son initiation au patin à l’âge de 5 ans, une activité méconnue auprès de sa communauté, Alyson Charles a trouvé son bonheur dans ce sport, depuis ses premières compétitions avec le club Montréal-St-Michel jusqu’à l’équipe canadienne.

« J’apprécie ce que j’ai et ce que j’ai fait. Il y en a qui n’auront jamais la chance que j’ai eue. J’ai des parents qui m’ont toujours supportée et j’ai une communauté derrière moi. Les gens que j’ai rencontrés depuis mes débuts au club Saint-Michel jusqu’à mes entraîneurs et mon entourage de maintenant, je réalise avoir toujours été privilégiée. »